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Emmanuel Macron participe à un débat à Greoux-les-Bains, le 7 mars 2019.

Emmanuel Macron et le paradoxe du printemps

3 min
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La République en marche aborde les élections européennes en position de favori.

Emmanuel Macron participe à un débat à Greoux-les-Bains, le 7 mars 2019.
Emmanuel Macron participe à un débat à Greoux-les-Bains, le 7 mars 2019. Crédits : Chirstophe Simon - AFP

Il vient de subir la plus grave crise sociale depuis des décennies en France... et pourtant son parti est en tête dans les sondages pour les élections européennes. 

Il a vu son nom insulté, sa légitimité contestée, son effigie pendue... et pourtant Emmanuel Macron est bien placé pour remporter le premier scrutin de ce mandat. 

Or, traditionnellement, les élections intermédiaires consistaient, pour le pouvoir en place, à prendre une rouste dans les urnes. 

Comment expliquer ce paradoxe ? 

Il y a d'abord la théorie que promouvront les partisans du président. "Il a su comprendre la colère et lui apporter des réponses". Les dix milliards d'euros de pouvoir d'achat auraient épanché la soif de justice fiscale, et le grand débat national aurait comblé la faim de démocratie. L'explication n'est pas entièrement fausse - il est vrai que le chef de l’État a su habilement reprendre la main - mais cette interprétation n'est pas suffisante. 

Si l'on regarde la moyenne des études d'opinion, depuis le début des gilets jaunes, il y a toujours eu au moins un tiers de la population hostile au mouvement. 

On l'a presque oublié, ce tiers de la population agacé par les gilets jaunes, devant le déferlement d'images, devant la fascination médiatique face à ce phénomène nouveau. Car évidemment, le silence lassé ne s'enregistre pas, la colère rentrée ne s'interviewe pas, l'exaspération intériorisée ne se filme pas. 

Quasi-invisibles, ces anti-gilets jaunes ont pu se rapprocher d'Emmanuel Macron, dans un réflexe obsidional (c'est-à-dire le sentiment d'être assiégés). Si les sondages disent vrai (et il faut rester très prudent), ces élections européennes seront l'équivalent, dans les urnes, du 30 mai 1968 : les gaullistes avaient battu le pavé après plusieurs semaines de "chienlit", comme aurait dit le président d'alors. En somme, un réflexe légitimiste suscité par la crainte du désordre.

La stratégie de sortie de crise d'Emmanuel Macron explique aussi ces bons sondages... 

Oui, car nous ne sommes pas encore entrés dans la campagne des européennes, et pour l'heure ces intentions de vote reviennent largement à exprimer sa préférence pour l'un ou l'autre des partis sur le plan national. Or, qu'a fait l'exécutif depuis le mois de janvier ? Il a méthodiquement soigné son électorat de centre-droit et de droite. 

- C'est la loi anti-casseurs, un clin d’œil à la valeur de l'ordre. 

- C'est l'interdiction de rétablir l'impôt sur la fortune, et plus généralement de changer la fiscalité du capital, un clin d’œil à la valeur de l'entreprise. 

Et cette OPA sur la droite se retrouve même dans le geste de 10 milliards d'euros consenti aux gilets jaunes, si l'on entre dans le détail : 

- Annulation de la hausse de la CSG pour une partie des retraités, une catégorie d'âge qui vote plus à droite que la moyenne (mais moins à l'extrême-droite). 

- Prime d'activité renforcée. Ce n'est pas une allocation qui a été augmentée, c'est une aide à ceux qui travaillent, comme son nom l'indique. Ce n'est pas un choix anodin. Il y a l'idée d'accentuer l'écart entre les revenus des actifs salariés et celui des inactifs. Clin d’œil à ceux qui dénoncent "l'assistanat". 

Tout cela dessine une politique qui plaît à cet électorat de cadres, de professions intermédiaires, de retraités, de commerçants, qui ont pu partager quelques revendications des gilets jaunes... mais qui sont finalement restés du côté de l'ordre et de la légitimité républicaine. 

Il faut ajouter à cette explication les partis d'opposition moribonds ou perdus... 

Et notamment Les Républicains. Le parti de Laurent Wauquiez fut partagé entre le soutien à un phénomène qui affaiblissait le président et une aversion pour la violence et le chaos. Ce qui a conduit Laurent Wauquiez a revêtir un gilet jaune, puis à dénoncer le "laxisme du gouvernement" contre ce mouvement. 

Les gilets jaunes ont passé l'hiver, c'est une victoire pour eux. La République en Marche peut penser au printemps électoral avec optimisme. 

Qu'est-ce que cela dit de la société française ? Cette schizophrénie marque la polarisation extrême du pays. Ce qui, au-delà d'une hypothétique victoire aux Européennes, devrait préoccuper Emmanuel Macron. 

La polarisation rend plus ardue que jamais l'une des tâches essentielles d'un président de la République : produire du commun.

Frédéric Says

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