LE DIRECT
Emmanuel Macron, le 9 février 2018 à l'Elysée.

Emmanuel Macron et l’école des fans

3 min
À retrouver dans l'émission

Le principal danger, pour le chef de l’État, ne vient pas de l'âpreté de l'opposition. Mais de la pâmoison de la majorité.

Emmanuel Macron, le 9 février 2018 à l'Elysée.
Emmanuel Macron, le 9 février 2018 à l'Elysée. Crédits : Ludovic Marin - AFP

S’il est un danger qui guette le chef de l’État, ce n’est pas le retour de l’opposition : elle est encore convalescente. Ce n’est pas la dislocation de sa majorité : elle est encore reconnaissante. C’est bien plutôt le syndrome de "l’école des fans". 

Au bout de neuf mois de pouvoir, il faut se rendre à l’évidence : Emmanuel Macron est entouré de ministres qui ressentent pour lui (comment le dire sobrement ?)... une certaine adulation. C’est ainsi que Christophe Castaner assume, je cite, « une dimension amoureuse » dans sa relation avec le président. "Tout en lui est fascinant : son parcours, son intelligence, sa vivacité, et même sa puissance physique", explique le ministre des relations avec le Parlement. Gérard Collomb renchérit : "Avec Emmanuel, on s'adore, on a une relation quasiment fusionnelle, filiale", affirme le ministre de l’Intérieur dans le Journal du Dimanche. 

Mais dans cette course à la flatterie  éhontée, tous deux sont dépassés d’une tête par Richard Ferrand. Voici ce que dit le président du groupe LREM  à l’Assemblée : 

"Comme de Gaulle, Emmanuel Macron a une vision. Comme Pompidou, c'est un homme de lettres. Comme Giscard, un inspecteur des finances, comme Mitterrand, un homme d'histoire. Comme Chirac, il a un vrai intérêt pour les gens. Mais comme Sarkozy, il est hyper énergique et comme Hollande, il a de l'humour". N'en jetez plus.

Cette pâmoison générale se retrouve aussi parmi les parlementaires. 

Dans la majorité, chacun en témoigne : quand le président reçoit les députés à l’Élysée par petit groupe, l’ambiance est davantage au fan club qu’au recul critique. « J’ai encore mal aux pieds » nous relate un député de la commission des affaires sociales, qui a vu ses collègues lui marcher dessus pour pouvoir prendre un selfie avec le Chef de l’État tout sourire. 

On en vient à se demander s’ils ont punaisé dans leur chambre des posters d’Emmanuel Macron ? Ou s'ils subtilisent parfois des décrets signés du président pour l’ajouter à leur collection d’autographes ? 

Plus sérieusement, comment expliquer ce phénomène ? Bien sûr, il y a l’effet de courtisanerie, propre à tout pouvoir, éternelle, dépeinte par Saint-Simon. Mais pas seulement. Le contraste est ici saisissant avec les quinquennats précédents. 

Auparavant, les ministres disaient plus de bien du président qu’ils n’en pensaient vraiment. Histoire de se faire bien voir. Désormais, c'est l'inverse. Hormis les quelques déclarations déjà citées, ils se refrènent en public. C’est en privé qu’ils parlent d’Emmanuel Macron des étoiles dans les yeux, le regard humide. « Il n’a pas peur de grand-chose », se pâmait une ministre pourtant expérimentée la semaine dernière devant nous. 

Légitimité charismatique

Comment en est-on arrivé là ? Comment se  fait-il que des ministres semblent réfléchir non comme des ministres mais comme des miroirs -  des miroirs avantageux forcément pour le chef de l’État ? Bien sûr, personne ne peut nier la capacité de conviction, voire le côté hypnotique d'Emmanuel Macron. La conquête de la présidence à 39 ans a charmé les plus cyniques. Encore plus fort, il est même celui qui a convaincu François Bayrou de ne pas se lancer pour la présidentielle, et ça c’est une performance historique. 

Les partisans d’Emmanuel Macron vous diront que cet envoûtement est aussi un gage d’efficacité politique. La cohésion, le courage, le travail du gouvernement supposent  bien sûr une part d’adhésion liée au charisme, que Max Weber recensait parmi les sources de légitimité. Mais cette adulation comporte une part de risque. Qui osera dire au chef de l’État qu’il fait fausse route ? Qui le mettra  en garde contre les excès de la concentration du pouvoir ? Qui le vaccinera contre ces phénomènes de cour, qui peuvent griser les esprits les plus rationnels ? Le danger est d’accréditer le mythe d’un président omniscient, infaillible, comme en a tant rêvé la 5ème République. Attention à ce que les yeux de Chimène ne débouchent sur une chimère. C’est le risque de l’école des fans en politique.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
25 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

Leïla Slimani : un nouvel horizon pour la francophonie ? (2ème partie)
L'équipe
Production
À venir dans ... secondes ...par......