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Paris désert by night. Voici ce qui attend la capitale et huit autres métropoles françaises après vendredi soir.

Couvre-feu : le défi et la défiance

4 min
À retrouver dans l'émission

Quelle acceptation collective de cette mesure, au moment où l'épidémie progresse encore ?

Paris désert by night. Voici ce qui attend la capitale et huit autres métropoles françaises après vendredi soir.
Paris désert by night. Voici ce qui attend la capitale et huit autres métropoles françaises après vendredi soir. Crédits : Alain Jocard - AFP

Dans quelques mois, dans quelques années, les chercheurs en sciences politiques se pencheront avec intérêt sur la période que nous vivons.

Bouleversée dans ses cadres, dans ses repères, inédite par bien des points, elle donne à réfléchir sur le consentement démocratique, sur l'acceptation de mesures très restrictives pour les libertés individuelles et collectives.

Non pas que le couvre-feu sanitaire soit par essence mal venu, inutile ou disproportionné, cela fait partie des choses qu'il est à notre niveau bien difficile de juger.

Mais lorsqu'on prend un peu de distance, voilà une décision lourde, que seul un contexte très anxiogène permet aux uns de prendre, aux autres de l'accepter.

Mais justement, la société l'acceptera-t-elle ?

Egoïsme

Hier soir dans son interview télévisée, Emmanuel Macron a semblé conscient de jouer avec de la nitroglycérine.

S'attaquer à la sphère privée, aux moments de détente, de plaisir, de convivialité, ce n'est pas comme imposer le port du masque dans le bus. Cela touche maintenant la vie intime des citoyens.

Alors, toujours précautionneux, le chef de l'Etat a tenté de convaincre, non pas en implorant le civisme collectif. Cela, Jean Castex le fait depuis des semaines sans grand résultat.

Non, Emmanuel Macron a d'abord voulu parler à l'égoïsme, qui sommeille plus ou moins profondément en chacun de nous. Ecoutez :

"Même si je ne veux pas être altruiste, freiner le virus c'est aussi protéger ma santé. Parce que si je ne le freine pas, demain si j'ai autre chose - ou si ma mère, mon père a autre chose, il n'y aura plus de place pour le soigner. Je protège mon emploi en faisant ça". 

Autrement dit, si vous ne le faites pas pour les autres, faites-le au moins pour votre pomme.

Il faut noter que le couvre-feu commence après la soirée de vendredi, comme si le gouvernement accordait une dernière permission de sortie à tous, et notamment aux étudiants, aux jeunes.

Ce vendredi, dans les grandes villes, aura des airs de dernière soirée avant l'apocalypse. Des dernières libations collectives. Comme une soupape, acceptée par l'Elysée, pour soulager la cocotte-minute de la contestation.

Chouette

C'est aussi dans ce but de ne pas trop secouer la nitroglycérine que le chef de l'Etat a exclu toute restriction des déplacements, à l'occasion des vacances de la Toussaint.

Dans ses mots, Emmanuel Macron a aussi pris soin de ne pas paraître favoriser telle ou telle catégorie de la population.

Là encore, pour aider l'acceptabilité des mesures. Ecoutez par exemple sa réaction très réticente sur le télétravail :

"Vous savez, le télétravail, quand on a une résidence secondaire, tout à fait sympathique, c'est chouette. Quand a un appartement, que les enfants sont à la maison, qu'on a de la promiscuité, ça devient vite très dur !"

En d'autres termes, attention à ce que le télétravail n'accentue pas la cassure entre le bourgeois et l'ouvrier, entre le possesseur d'une résidence secondaire et l'assigné à résidence principale.

Une position très prudente sur le télétravail qui peut surprendre chez le chantre de la start-up nation... Mais dans le huis-clos des réunions à l'Elysée, Emmanuel Macron n'oublie jamais de paraphraser Tocqueville sur la passion française pour l'égalité.

C'est une ministre qui nous le raconte : le chef de l'Etat estime que ces restrictions ont plus de chances d'être acceptées si elles sont générales. Tandis que des exceptions, des dérogations, ouvriraient la voie à d'autres exceptions, d'autres dérogations... et mineraient peu à peu le contrat social.

Pour autant, cette idée d'égalité devant le couvre-feu est incomplète. Bien sûr, cette mesure concerne tout le monde entre 21h et 6h, le riche comme le pauvre.

Mais à l'évidence, elle ne touchera pas de la même manière ceux qui travaillent en centre-ville, mais en vivent loin. 

Qu'il s'agisse des habitants de la grande banlieue ou des zones rurales, le temps de trajet oblige à penser différemment le compte à rebours jusqu'à 21 heures.

Pour maintenir ce couvre-feu de six semaines, Emmanuel Macron mise sur le "bon sens" et l'amende de 135 euros. Hier soir, il a imploré le premier et brandi la seconde. Cela suffira-t-il ?

Frédéric Says

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