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Le Premier ministre Edouard Philippe a présenté, mercredi 15 avril, les principales mesures du plan d'urgence économique, alors que la récession attendue pour 2020 atteindra au moins 8% en France.

Quand le gouvernement déconfine la dépense publique...

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Pour atténuer la crise économique liée à la pandémie, le plan d'urgence gouvernemental est passé hier à 110 milliards d'euros.

Le Premier ministre Edouard Philippe a présenté, mercredi 15 avril, les principales mesures du plan d'urgence économique, alors que la récession attendue pour 2020 atteindra au moins 8% en France.
Le Premier ministre Edouard Philippe a présenté, mercredi 15 avril, les principales mesures du plan d'urgence économique, alors que la récession attendue pour 2020 atteindra au moins 8% en France. Crédits : Michel Euler - AFP

Voilà un pan de la gestion gouvernementale pour l'instant épargné par la polémique : le plan d'urgence économique.  

Et en parlant d'"épargné", c'est bien la seule chose qui le soit, tant la dépense publique est massive.  

Le plan annoncé hier par le gouvernement est chiffré à 110 milliards d'euros. Pour vous donner une idée, ça représente plus d'un tiers du budget de l’État en temps normal.  

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, use de la métaphore de l'incendie pour justifier cette ouverture des vannes : "quand la maison brûle, dit-il, on ne compte pas le nombre de litre d'eau".  

Dans le détail, le gouvernement a rehaussé à 24 milliards d'euros les dépenses de chômage partiel. 

Il a relevé le plan d'aide aux très petites entreprises et indépendants à 7 milliards d'euros.  

Les soignants toucheront une prime de 500 à 1500 euros. Les ménages précaires obtiendront des aides supplémentaires, échelonnées selon la composition de leur famille. 

Quelle idéologie politique peut-on lire dans ce plan ?

Oh, s'il y a une idéologie, elle est simple : c'est sauve-qui-peut.  

Vous savez qu'en France, traditionnellement, il y a deux écoles de politique économique, pour schématiser.  

Les partisans de la "politique de l'offre", c'est-à-dire en gros l'aide aux entreprises. Et les tenants de la "politique de la demande", c'est-à-dire l'aide aux ménages.  

Eh bien voici ces deux écoles provisoirement réconciliées : l'on assiste à une politique à la fois de l'offre et de la demande.  

Le calcul est simple : tout faire pour maintenir le tissu économique et la consommation des ménages. 

Dans le malheur généralisé, il y a d'ailleurs un point positif : la fermeture des frontières entraîne une plus grande propension à consommer des produits made in France.  

Ce qui fait que cette relance peut avoir un effet positif sur l'économie française - et non pas s'évaporer dans les importations de marchandises produites à l'étranger. C'est ce qui était arrivé au Plan de relance Mitterrand en 1981-82 : pour faire simple, le surcroît de pouvoir d'achat avait servir à acheter des magnétoscopes japonais... Et n'avait donc pas vraiment profité à l'économie française.  

Le plan du gouvernement, substantiel et bien réparti semble donc propice, même s'il faut garder l'esprit critique.  

Par exemple, sur les sommes en direction des soignants : il s'agit de primes, versées donc une seule fois, tandis qu'Emmanuel Macron avait promis des "revalorisations de carrière", c'est-à-dire des augmentations pérennes. Mais ce sera peut-être pour l'après-crise.  

Pour l'après-crise aussi, deux visions politiques s'affronteront sur cette relance budgétaire...

L'une - à gauche - estime que ce plan de relance est nécessaire en raison du "sous-investissement chronique de l’État", ces dernières décennies. En somme, la relance se fait à cause de la rigueur.  

L'autre - à droite - considère que les économies publiques ont permis d'"avoir les reins solides" pour emprunter et pour financer ce plan exceptionnel. En somme, la relance se fait grâce à la rigueur.  

Voilà des différences de conception qui rendront difficile la fameuse union nationale que semble vouloir Emmanuel Macron.  

Politiquement, la question qui se posera aussi, c'est  :  qui va payer ?

Pour l'instant, la réponse est claire, c'est la dette. Il y a un mois, elle représentait 100% de la richesse nationale ; elle se monte maintenant à 115%. C'est le chiffre donné hier après-midi par Gérald Darmanin au Sénat.  

Un chiffre bien sûr très provisoire, car il reste de nombreuses inconnues : l'annulation de la dette des pays africains, promise par Emmanuel Macron : on ne sait pas combien et à quelle échéance.

Et puis surtout, le budget de l’État sera grevé par les recettes en moins. Le commerce quasiment à l'arrêt, cela veut dire moins d'impôt, moins de TVA. Ce sera aussi un coût qu'il faudra assumer.  

Néanmoins, concernant la dette publique, il faut se souvenir que les limites ont été enfoncées depuis bien longtemps.  

On parle souvent des règles européennes, et on se focalise sur le déficit, les fameux 3%.  

Mais on oublie toujours qu'il y a une deuxième règle : celle de l'endettement, qui ne doit pas, théoriquement, dépasser 60% de la richesse nationale. Cette règle n'est respectée presque nulle part et cela ne date pas d'hier. Il s'est toujours trouvé une bonne raison de la remettre à plus tard.

Alors sur cette tentation de l'endettement, nos dirigeants nous font parfois penser, dans un autre registre, à cette pensée coupable de Saint-Augustin :  

« Ô mon Dieu, accordez-moi la chasteté, mais pas encore maintenant. »

Frédéric Says

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