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Jean Castex le 19 mai 2020 à l'Elysée

Jean Castex et l'ardoise magique

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La feuille de route qu'a présentée le Premier ministre, avec son discours de politique générale, semble lancer un nouveau chantier de transformation du pays sous la tutelle d'Emmanuel Macron. C'est comme si le pouvoir exécutif proposait aux Français de tout effacer pour mieux recommencer.

Jean Castex le 19 mai 2020 à l'Elysée
Jean Castex le 19 mai 2020 à l'Elysée Crédits : Gonzalo Fuentes - AFP

Il n'y a pas eu de surprise, hier soir, à l'Assemblée Nationale. La quasi-totalité des députés de la majorité ont voté la confiance au Premier ministre. Les groupes MODEM et AGIR ont rejoint la République En Marche pour offrir à Jean Castex une confortable majorité de 345 voix sur 577. 

On verra s'il conserve cette majorité quand il sera question de voter les projets de loi. En attendant, sa feuille de route est validée jusqu'à la fin du quinquennat. 

Auparavant, il avait pour mission d'indiquer la manière dont il a l'intention de mettre en musique les ambitions exposées la veille par Emmanuel Macron, de nous en dire un peu plus sur le "nouveau chemin" en direction duquel le président de la République a l'intention d'emmener les Français. 

Son discours de politique générale a duré une heure très exactement. Et il a été l'occasion, pour le Premier ministre, de livrer un diagnostic sans concession de l'état du pays :  

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Jean Castex : "la crise a mis en lumière nos difficultés et nos défaillances..."

On s'est aperçu, avec la crise, que rien ne va, ou presque, dans la France de 2020, a semblé constater Jean Castex. C'est comme s'il entérinait que rien n'a changé depuis 2017 et l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. Et ça fait écho au mea-culpa du chef de l'Etat, mardi, qui a reconnu un échec à redonner au pays confiance en l'avenir. 

Et il a poursuivi : la France est en "plein doute", "divisée", "crispée", en proie au "désespoir", gagnée pour une part d'entre elle par la "peur du déclassement". Il y a d'ailleurs plusieurs France a-t-il encore abondé, reprenant à son compte le concept d'archipellisation du pays développé par le politologue Jérôme Fourquet

Et beaucoup de ces "morceaux" de France se sentent abandonnés, laissés pour compte, a-t-il diagnostiqué, la France des campagnes, la France des banlieues, la France périphérique, la France des Outre-mer. Et il s'est donné pour mission de réconcilier toutes ces France là, de les ressouder, de leur redonner confiance précisément.  

L'ambition affichée est de résoudre les problèmes endémiques du pays

Jean Castex a semblé expliquer qu'il avait l'intention de profiter de la période singulière que nous vivons pour résoudre les problèmes endémiques du pays.

Exemple avec les jeunes. 700 000 jeunes vont arriver sur le marché du travail à la rentrée. Des mesures seront prises pour qu'ils soient embauchés. Mais on va aussi, pour ceux qui ont décroché, mettre en place 300 000 contrats d'insertion. 100 000 places de plus seront aussi ouvertes pour leur offrir la possibilité de faire un service civique.  

Autre urgence, l'Etat va débourser 100 milliards d'euros pour mettre en oeuvre un plan de relance économique. Ce sont 100 milliards qui vont, aux dires du Premier ministre, permettre de transformer l'appareil productif, de relocaliser un certain nombre de productions, de décarboner l'économie...etc... 

Il a aussi pour ambition d'accélérer la numérisation des entreprises et de l'administration. 

Jean Castex a dit également vouloir soutenir l'investissement dans les Territoires qui ont été abandonnés, délaissés. Il veut leur donner les moyens de se redynamiser.  Et pour ça, a-t-il encore promis, il va moderniser les réseaux d'adduction d'eau, d'assainissement, faire revenir des médecins dans les campagnes et, au passage, les décharger des trop nombreuses tâches administratives qui leur pourrissent la feuille de soins. 

Il n'a pas oublié la rénovation thermique des bâtiments. Il veut y consacrer 20 milliards. 

Bref, il a donné l'impression de vouloir faire en 600 jours (période qui le sépare de la fin du quinquennat) tout ce qui n'a pas été fait pendant 30 ou 40 ans.  

On efface tout et on recommence  

Le Premier ministre a donné le sentiment qu'Emmanuel Macron lui avait confié une "ardoise magique" (cette ardoise pour enfants qui permet de tout effacer avant de réécrire autre chose).  

En 2017, Emmanuel Macron s'est fait élire sur un projet de réformes et de transformation du pays. Ca n'a pas, ou pas vraiment, fonctionné. L'épidémie de Covid-19 est arrivée, annihilant tous les signaux d'un rebond de l'économie. Qu'à cela ne tienne, il efface tout et il recommence. 

Emmanuel Macron et son nouveau Premier ministre nous présentent un nouveau projet de transformation de la société française. On repart de zéro avec la même ambition qui est de débloquer, de déverrouiller, de redonner confiance mais on va faire différemment.  

On va profiter de la crise sanitaire et de la crise économique qui ont fait disparaître les carcans budgétaires européens et on va engager une politique d'investissements massifs.  Politique qui est censée porter ses fruits dans une dizaine d'années. C'est l'échéance qu'a fixée le président mardi. "Il est possible de transformer le pays d'ici à 10 ans" a-t-il pronostiqué. 

Evidemment, en 2022, nous n'en serons encore qu'au démarrage de ce grand chantier et de cette grande ambition.  Emmanuel Macron aura, dès lors, tout loisir de demander aux français l'autorisation d'y consacrer quelques années supplémentaires.

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