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Débat entre les "spitzenkandidaten" au Parlement Européen à Bruxelles. 15/05/2019

Le très incertain "spitzenkandidat"

5 min
À retrouver dans l'émission

"Spitzenkandidat(en)", c'est le terme allemand pour désigner les têtes de listes des différents partis européens en vue des élections du 26 mai prochain.

Débat entre les "spitzenkandidaten" au Parlement Européen à Bruxelles. 15/05/2019
Débat entre les "spitzenkandidaten" au Parlement Européen à Bruxelles. 15/05/2019 Crédits : Aris Oikonomou - AFP

Ce n'est pas comme nos têtes de listes à nous, Nathalie Loiseau, Manon Aubry ou François Xavier Bellam, qui simplement conduisent leurs listes respectives pour décrocher un certain nombre de postes de députés. 

Non. Eux, les "spitzenkandidaten", ont été désignés par les différentes formations politiques qui siègent au parlement européen pour devenir, au cas où leur parti arriverait en tête à l'issue du scrutin, président de la Commission Européenne, l'une des trois institutions majeures de l'Europe. 

Et si je vous en parle ce matin, c'est parce qu'ils se sont retrouvés, hier soir, au Parlement Européen, à Bruxelles, pour débattre, entre eux, des différentes questions qui agitent l'Europe : le climat, les frontières, la taxation des multinationales, entre autres... 

Ce débat a sans doute été assez peu suivi par nos concitoyens puisqu'il était retransmis uniquement sur les chaînes de télévision "France Info" et "Public Sénat". Mais il y avait quand même eu plusieurs centaines de milliers de téléspectateurs à le regarder en direct hier soir. 

Et il a mis face à face six "spitzenkandidaten". 

Il y avait pour les Verts Européens l'allemande Ska Keller :  

Le tchèque Jan Zahradil pour les conservateurs européens. La danoise Margrethe Vestager représentait les libéraux. L'allemand Manfred Weber était le candidat du Parti Populaire Européen. L'espagnol Nico Cué défendait les couleurs de la gauche radicale. Le néerlandais Frans Timmermans représentait les sociaux démocrates.

On avait beaucoup parlé des "spitzenkandidaten" il y a cinq ans, en 2014

Parce qu'à ce moment là, le parlement européen s'était dit : "Bon. Face au désintérêt des citoyens pour l'Europe et à leur désaffection pour les élections européennes, on va faire quelque chose. On va faire en sorte que l'Europe soit incarnée, à travers une personne, qu'à travers les élections on élise un représentant de l'Europe". 

Et les différentes formations politiques européennes (hormis les eurosceptiques) s'étaient mises d'accord : "Voilà ce qu'on va faire. On va désigner une tête de liste, un "spitzenkandidat". Et le parti qui arrivera en tête des élections décrochera la timbale. Son candidat deviendra président de la Commission !". (La commission ayant un rôle très important puisque c'est elle qui a le pouvoir d'intiative. Elle décide des régles et des lois qui sont discutées au parlement européen)  

Il y a cinq ans, les "spitzenkandidaten" avaient véritablement été mis en avant.

José Bové était candidat pour les Verts aux côtés, déjà, de l'allemande Ska Keller. Il y avait Martin Schulz, Jean Claude Juncker, le grec Alexis Tsipras pour la gauche radicale... 

De nombreux débats avaient été organisés dans un grand nombre de pays, en France notamment, et au bout du compte, il s'est passé ce qui avait été prévu : le candidat du parti arrivé en tête, Jean Claude Juncker pour le PPE (Parti Populaire Européen) était devenu président de la Commission. 

C'était important parce que, pour la première fois, le Parlement Européen (et les partis politiques qui le composent) avait réussi à faire plier les chefs d'Etat et le Conseil Européen. Le parlement avait imposé ses règles, en quelque sorte, et on avait eu l'impression que la démocratie, le fonctionnnement démocratique de l'Union, en avait été renforcé.  

En 2019, il semble qu'il y ait un net recul du processus  

En 2019, on parle beaucoup moins des "spitzenkandidaten". Et il apparait très incertain (et même peu probable) que le futur président de la Commission soit choisi parmi ceux qui ont été préalablement désignés. 

Et pour cause, les chefs d'Etat n'en veulent plus, en particulier Angela Merkel et Emmanuel Macron. 

Pour la chancelière allemande, il y a un problème avec le candidat qui fait figure de favori, celui qui est censé être "son" candidat, l'allemand Manfred Weber (désigné par le Parti Populaire Européen). 

Il n'est pratiquement pas connu. Même en Allemagne, sa notoriété a du mal à franchir les frontières de la Bavière, sa région d'origine. 

Il n'a jamais été ministre, n'a effectué aucun mandat exécutif majeur. Il souffre donc d'un gros problème de crédibilité. 

Or Angela Merkel (et les autres chefs d'Etat) estiment qu'il faut désigner quelqu'un qui est à leur "hauteur".  C'est la raison pour laquelle on voit beaucoup le français Michel Barnier, actuel négociateur de l'Europe pour le Brexit, en campagne alors qu'il n'est pas "spitzenkandidat". Il apparaît beaucoup plus crédible.  

Ensuite, Emmanuel Macron n'en veut pas non plus, pour d'autres raisons. 

La raison essentielle étant qu'il n'a actuellement aucun représentant au parlement européen (il n'y a pas de député En Marche !"). Or, ce système des "spitzenkandidaten" consacre, conforte, la place et le rôle des partis européens existants. Ce qui ne convient pas du tout au chef de l'Etat français puisque lui a besoin de tout faire exploser pour pouvoir s'imposer. 

Il faut donc pour Emmanuel Macron affaiblir les deux grands partis qui structuraient la vie politique européenne jusqu'ici, le PPE et le Parti Social Démocrate. 

C'est la raison pour laquelle il ne veut à aucun prix des "spitzenkandidaten".  (C'est aussi la raison pour laquelle les candidats la république En Marche, en France, ne disent pas avec quelle formation politique ils vont siéger). 

Parce qu'Emmanuel Macronn espère une recomposition. 

Le danger, pour lui, est que plus qu'à une recomposition, on assiste à une décomposition des formations politiques pro-européennes au profit des populistes et des formations eurosceptiques.

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