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Selon l'Exécutif, ce système permettrait de lutter contre l'abstention.

Comme un lundi au bureau de vote

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Le gouvernement souhaite permettre le vote jusqu'à une semaine avant la date du scrutin.

Selon l'Exécutif, ce système permettrait de lutter contre l'abstention.
Selon l'Exécutif, ce système permettrait de lutter contre l'abstention. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Etes-vous prêts à voter le lundi ? Ou le mardi ? Ou tout autre jour de la semaine ?  

C'est en tout cas le projet du gouvernement. Il souhaite ouvrir le scrutin présidentiel, une semaine à l'avance.  

On appelle cela le vote par anticipation.  

De quelle manière ? Grâce à des machines à voter installées dans certains bureaux de vote. Le nombre et la répartition de ces urnes électroniques reste encore à définir.  

Mais le projet est suffisamment avancé pour le gouvernement ait proposé de l'inscrire dans la loi.   

Les sénateurs doivent se prononcer cet après-midi sur cet amendement.  

Amendement-surprise, personne n'avait vraiment vu venir cette idée. Elle a d'ailleurs été rejetée une première fois hier en commission par le Sénat. 

Alors pourquoi cette innovation ?

Pour lutter contre l'abstention, répond l'exécutif. Il s'agit d'offrir davantage de possibilités aux électeurs qui ne peuvent pas se libérer le dimanche.  

Pour l'instant, l'ensemble des oppositions est totalement hostile à ce projet. « Bricolage », « magouille » et « gadget » sont les deux mots qui reviennent dans leurs rangs.  

Pourquoi cet amendement-surprise surgit-il maintenant ?  

Alors c'est le grand mystère. Certes, le Sénat examine en ce moment une loi qui organise les conditions de l'élection présidentielle, c'est classique : combien de temps de campagne officielle, quelles dates de scrutin, etc.  

Mais l'Assemblée nationale avait déjà examiné ce texte de loi il y a un mois, et à l'époque le gouvernement n'avait pas sorti de sa manche l'idée du vote anticipé.  

Cette fois, c'est fait, comme un coup de poker, au milieu de la procédure législative.  

Est-ce une manière d'éviter un débat qui s'enlise ? Est-ce un ballon d'essai ? Ou au contraire une manière pour le ministère de l'Intérieur de tuer une initiative à laquelle il ne croit pas vraiment ?  

Contacté hier, Matignon affirme qu'il y avait des vérifications techniques en cours. Voilà pourquoi le projet n'a pas été présenté plus tôt, nous dit l'entourage du Premier ministre.  

Il faut signaler qu'il existe déjà des machines électroniques pour voter. Mais à dose homéopathique : moins de 70 communes en tout en sont équipées. Cela représente moins de 3% du corps électoral.  

Non, la vraie nouveauté serait de pouvoir voter plusieurs jours avant le dimanche officiel du scrutin.   

Et à vrai dire, c'est cela qui pose le plus de questions.  

Pour vous, ce serait un changement regrettable ?

Alors ne soyons pas conservateurs d'entrée de jeu.  

Peut-être est-ce le destin moderne : une société où l'on travaille le dimanche et où l'on vote le lundi.  

Par ailleurs, les règles du vote, les modalités des scrutins n'ont pas arrêté de changer, au cours des décennies, des siècles qui viennent de s'écouler.  

Mais ce nouveau système porte en lui plusieurs risques.  

D'abord, celui de l'inégalité entre les citoyens. Imaginons un événement national le mercredi avant juste le scrutin. Un évènement qui vous donne envie de changer votre vote. Ceux qui auront voté le lundi sur les machines ne pourront plus modifier leur choix. Ceux qui se déplacent le dimanche pourront le faire.  

L'argument du gouvernement est de réduire l'abstention. Mais en France, l'élection présidentielle fait habituellement l'objet d'une participation forte : 8 électeurs inscrits sur 10 mettent un bulletin dans l'urne.  

Et puis le dernier risque, sans doute le plus important, tient à la confiance. Pas uniquement parce que tout système électronique est par définition piratable ou endommageable.  

Mais aussi et surtout parce que la défiance déjà grande s'en trouvera renforcée. Les complotistes, les sceptiques, les cyniques n'ont cessé de pousser leurs pions ces dernières années.  

On le sait déjà : ces machines à voter vont fournir un nouveau carburant au moteur à fantasmes.  

Bien sûr, on ne peut pas baser une décision politique sur le "qu'en dira-t-on". Mais il n'est pas superflu d'être attentif au contexte.  

En somme, voici une trouvaille électorale, dont on distingue bien les risques, mais pour tout dire assez peu l'utilité.  

Frédéric Says

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