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Edouard Philippe peut-il incarner les "décisions de rupture" qu'Emmanuel Macron a promises pour la suite du quinquennat ?

Edouard Philippe est-il indéboulonnable ?

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Relativement populaire et respecté par la majorité parlementaire, le Premier ministre semble intouchable. Mais Emmanuel Macron a besoin d'incarner un nouveau temps du quinquennat. Difficile avec le même visage.

Edouard Philippe peut-il incarner les "décisions de rupture" qu'Emmanuel Macron a promises pour la suite du quinquennat ?
Edouard Philippe peut-il incarner les "décisions de rupture" qu'Emmanuel Macron a promises pour la suite du quinquennat ? Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Sourire aux lèvres, tenue détendue, flânant dans les rues du Havre. Il faut voir Edouard Philippe à la une de Paris Match sorti aujourd'hui.  

Sans doute ce sourire précède-t-il le moment où le Premier ministre va découvrir le titre de l'hebdomadaire : « Edouard Philippe, l'inconnu qui gouverne la France ».  

Allons bon. Il est vrai qu'avant sa nomination à Matignon en 2017, il n'avait jamais eu d'expérience ministérielle.

Mais l'homme aux deux prénoms s'est fait un nom. Edouard Philippe est devenu relativement populaire, plus que le chef de l’État, bien plus que tous ses ministres, et même - ce n'est pas anodin - plus que les chefs de l'opposition.  

Voilà qui complique l'équation pour Emmanuel Macron.  

En temps normal, un président qui souhaiterait redonner du souffle à son quinquennat n'hésiterait pas une seconde : il couperait la tête de son premier ministre, et la présenterait à la foule.  

C'est ce qu'on appelait pudiquement la « stratégie du fusible » dans la Vème république. Pierre Mauroy et Jean-Pierre Raffarin ont payé pour le savoir.  

Mais envisager un tel scénario avec Edouard Philippe se heurte à plusieurs difficultés...

D'abord, il est estimé par la majorité parlementaire. Depuis le début du mandat, les erreurs de casting n'ont pas manqué au gouvernement. Mais le Premier ministre, lui, n'a pas déçu les députés de la République en Marche, qui apprécient sa détermination et ses contrastes personnels.  

Résumons-les, ces contrastes, en quelques mots :  

Voilà un énarque qui sait dire « je ne sais pas » ; voilà un placide qui sait rudoyer ses adversaires ; voilà un ancien haut fonctionnaire qui pratique l'humour.  

C'est sans doute ce dernier trait qui l'empêche de tomber dans les tourments qui avaient emporté son mentor, Alain Juppé, réputé cassant et froid.  

Edouard Philippe donne une image de rigueur et de sérieux, mais pas d'arrogance.  

Il a une chance supplémentaire : ses erreurs ont été oubliées, comme l'entêtement à maintenir la taxe carbone et les 80 kilomètres/heure.  

Ces deux décisions venaient de Matignon, mais sur les ronds-points, c'est Emmanuel Macron qui fut conspué par les gilets jaunes.  

Un autre atout d'Edouard Philippe : pour le remplacer, il n'y a pas foule...

Quand on réfléchit aux « premiers-ministrables » (affreux néologisme), on peine à distinguer des profils qui incarneraient une nouvelle dynamique pour ce quinquennat.  

Pendant ce temps, le chef du gouvernement soigne son assise. Il est en campagne pour le deuxième tour des municipales au Havre.  

Face aux électeurs, il rappelle son choix de ne pas avoir pris de carte à La République en Marche, manière de suggérer qu'il est libre.  

Il n'oublie toutefois jamais d'être loyal, avec Emmanuel Macron. Dans l'article de Paris Match, justement, signé par Hervé Gattegno et Bruno Jeudy, Edouard Philippe ne mégote pas sa reconnaissance au chef de l’État. Je vous cite ses propos :  

« Emmanuel Macron ne me connaissait pas avant de me nommer à Matignon. Sans lui, jamais je n’aurais pu espérer une telle chance. Si Juppé avait été Président, j’aurais eu un petit ministère. Macron m’a donné cette chance. Jamais je ne ferai quoi que ce soit contre lui. »

Mais l'inverse est-elle vraie ?  

Emmanuel Macron ne fera-t-il rien contre Edouard Philippe ?  

Après avoir promis, sur tous les tons, « un nouveau chemin »... peut-il l'emprunter avec celui qui représente l'"ancien" ? 

Frédéric Says

Chroniques

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