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Emmanuel Macron et Alain Juppé, en juin 2016.

La revanche de l'"ancien monde"

3 min
À retrouver dans l'émission

Il fut raillé, dénigré, méprisé par le candidat Macron. L'ancien monde est de retour et il savoure cette revanche.

Emmanuel Macron et Alain Juppé, en juin 2016.
Emmanuel Macron et Alain Juppé, en juin 2016. Crédits : Patrick Kovarick - AFP

« Pourquoi on traite aussi mal nos aînés ». La question s'affiche en couverture du magazine Le Point qui sort aujourd'hui. Nul doute que quelques responsables politiques - disons un peu chenûs - ont pu le prendre pour eux. 

Souvenez-vous, à l'abord de sa campagne présidentielle victorieuse : Emmanuel Macron avait brandi l'"ancien monde" en contre-exemple, en repoussoir, en boussole qui indique le sud. Il dénonçait même « un cursus de l'ancien temps ». Nous sommes fin 2015 :

"Il faudrait que la vie politique continue de fonctionner comme dans les années 50 ? Beaucoup de gens disent cela : "pour être dans la vie politique, pour être ministre ou président de la République... il faut se faire élire député". Mais ça c'est le cursus honorum d'un ancien temps !" (Emmanuel Macron, dialogue avec Arnaud Leparmentier du journal Le Monde)

Quelques années plus tard, voici désormais Emmanuel Macron qui salue les élus locaux dans sa dernière allocution télévisée. Le voici qui met sur pied, dans sa nouvelle équipe, pas moins de trois ministres pour s'occuper des relations avec les territoires et avec leurs représentants, autrefois classés dans l'"ancien temps". 

Certes, pendant sa campagne, Emmanuel Macron n'a jamais dénigré directement les fonctions électives locales en tant que telles. Mais il les a présentées, en creux, comme des places bien au chaud. Où les intéressés lorgnent sur le mandat du dessus, facilement emmitouflés dans le clientélisme et la démagogie. Et voici que l'ancien monde se venge. 

Au moment où  le mandat macroniste patine, les ringards, les ralliés, les moqués d'hier, se prennent à sourire des atermoiements du jeune président. 

Cet ancien monde, Gérard Collomb en était l'une des incarnations. Souvenez-vous de ses derniers mots - presque un règlement de compte - avant de claquer la porte : il a mis en garde publiquement "contre la déconnexion" d'avec les territoires. 

Mais si l'ancien monde avait un visage, ce serait sans doute celui d'Alain Juppé. Non pas par son âge, mais par ses états de service. Lui aussi est passé par presque tous les postes de la République. Lui aussi est désormais élu dans les "territoires", comme on appelle laidement et bêtement tout ce qui se trouve hors de Paris. Et même s'il se dit favorable aux réformes engagées, Alain Juppé ne peut s'empêcher d'envoyer quelques remarques soupesées et acides. C'était hier soir sur France 5 : 

"Cette idée qu'on peut de la politique en arrivant comme ça, de la société civile ou de je ne sais où - ça ne s'adresse pas d'ailleurs particulièrement au président Macron mais aussi à quelques ministres qui ont disparu - est une idée fondamentalement fausse. La politique ne s'improvise pas. Il y a tout un apprentissage à faire, des réseaux, des comportements à adopter. Bref, il faut avoir fait ses classes, d'une certaine manière. Le président est en train de les faire..."

"La politique ça ne s'improvise pas". Et le récent remaniement l'illustre (Alain Juppé y fait allusion). Pour le ministère de la Culture. Françoise Nyssen, éditrice de métier, n'a pas été conservée. Son successeur, Franck Riester, est lui un professionnel de la politique - sans que ce soit péjoratif. Élu de Seine-et-Marne, il est passé par toutes les étapes de ce cursus de l'ancien temps, jadis décrié par son nouveau patron. 

La fin de l'exercice solitaire ?

L'ancien monde, difficile de faire avec, mais impossible de faire sans ? Emmanuel Macron, tout à son bonheur d'avoir balayé en 2017 une classe politique affaiblie et rejetée, a cru pouvoir gouverner sans relais et sans réseaux. « Seul, on va plus vite ; à plusieurs on va plus loin », dit l'adage, qui convient parfaitement à un fond d'écran Windows un peu niais. Illustration avec ce quinquennat. 

L'exercice solitaire du pouvoir, secondé par quelques cadors de la technostructure et une poignée de ministres alignés et palots : ça ne marche pas, ou ça ne marche plus. Et derrière l'apparente stabilité du cap politique, c'est peut-être cela qui a changé avec le remaniement. Cette prise de conscience que l'ancien monde... a de l'avenir.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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