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Le ministère de l'Economie et des Finances concentre les critiques des proches d'Emmanuel Macron.

Le gouvernement a-t-il raison d'accuser la technocratie ?

4 min
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L'exécutif voit la main des technocrates dans les difficultés à appliquer les mesures sociales décidées par Emmanuel Macron.

Le ministère de l'Economie et des Finances concentre les critiques des proches d'Emmanuel Macron.
Le ministère de l'Economie et des Finances concentre les critiques des proches d'Emmanuel Macron. Crédits : Joël Saget - AFP

La "technocratie" a la réputation d'être sourde. Elle a en tout cas les oreilles qui sifflent, ces derniers jours. La Macronie n'a plus de mots assez durs contre les technocrates : "crâne d'oeufs" "qui n'ont jamais mis un pied sur le terrain" ; "nous avons un énorme problème à régler avec la haute fonction publique, qui ne met pas forcément en œuvre les décisions politiques". Citations relevées dans un article du Monde (abonnés) daté d'aujourd'hui. Sans oublier cette phrase du patron du parti La République en Marche Stanislas Guérini : "L'emprise de la technostructure nous a empêchés d'avancer suffisamment vite. Eh bien c'est fini".

Évidemment, il y a un peu d'ironie à entendre Emmanuel Macron et ses proches critiquer la technocratie. Eux-mêmes en sont des purs produits : le président de la République, ex-énarque et inspecteur des finances. Son plus proche collaborateur, Alexis Kohler, est diplômé de l'ENA et de l'ESSEC. La macronie qui critique la technostructure, c'est un peu comme Michel Houellebecq qui critiquerait la dépression : les deux en sortent. Passons.

Ainsi donc, le pouvoir politique prendrait les bonnes décisions qui seraient ensuite sabotées par des cohortes de hauts fonctionnaires. L'argument n'est pas nouveau. Écoutez Jacques Chirac, alors président, c'était en 1996 [extrait sonore] : 

"Il nous faut également [...] alléger le poids de la technocratie, réformer et moderniser les procédures de décisions, rendre le pouvoir aux autorités politiques"

Cela dit, tout n'est pas faux dans cette critique. Bercy concentre un pouvoir solide.

C'est en fait un double pouvoir : celui de l'expertise (l'administration du ministère de l’Économie et des Finances est sont très bien formée, très pointue, maîtrise le détail de sujets complexes ; elle peut donc en imposer au ministre). Et le pouvoir de la durée. Les cadres de Bercy restent dans la "maison" pendant des années, pour ne pas dire des décennies. Le ministre, lui, est par définition précaire. Ces vingt dernières années, le portefeuille de l’Économie a changé de mains en moyenne tous les 18 mois. D'où un surnom récurrent dans les couloirs de Bercy : "le ministre de passage". Autrement dit, si les ordres ne conviennent pas, il n'y a qu'à attendre, le bureau de ministre changera bientôt de locataire.

Ne pas se défausser

Cela dit, s'en prendre à la technostructure, aux bureaux de Bercy, c'est un reproche qui contredit l'esprit du Macronisme : celui de tout assumer, de ne jamais se défausser.  Souvenez-vous, au moment de l'affaire Benalla, Emmanuel Macron avait disserté sur les responsabilités au sein de l’État. "S'ils cherchent un responsable, c'est moi", disait-il : 

"La République, elle tient quand chacun assume ses responsabilités. J'assume les miennes de là où je suis, [tout comme] le Premier ministre et les ministres. Et c'est important pour toute la République. Quelle République serions-nous si au premier coup de vent celui qui la préside disait "ce n'est pas moi ; c'est ce collaborateur : sortons-le ! Je n'étais pas au courant, c'est le troisième bureau !" [...] Ce qu'attendent de nous nos fonctionnaires, c'est que chacun soit là où il doit être. Nous avons une constitution, elle fixe les responsabilités". 

Or, ce qui vaut pour la faute grave d'un collaborateur ne vaudrait pas pour la mise en œuvre de mesures sociales, annoncées par le président devant 20 millions de téléspectateurs ?

Frédéric Says

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