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Philippe Bas, le président (LR) de la commission d'enquête du Sénat, pointe les "dysfonctionnements" de l'appareil d'Etat dans la gestion du dossier Benalla.

Affaire Benalla : la légèreté et la lourdeur

3 min
À retrouver dans l'émission

Le rapport de la commission d'enquête du Sénat, dévoilé hier, documente la désinvolture avec laquelle a été gérée ce dossier.

Philippe Bas, le président (LR) de la commission d'enquête du Sénat, pointe les "dysfonctionnements" de l'appareil d'Etat dans la gestion du dossier Benalla.
Philippe Bas, le président (LR) de la commission d'enquête du Sénat, pointe les "dysfonctionnements" de l'appareil d'Etat dans la gestion du dossier Benalla. Crédits : François Guillot - AFP

A mesure que s'égrainent les semaines, on ne peut qu'être pris de vertige. Vertige pour cet écart toujours plus grand entre la lourdeur des accusations contre l'ex-garde du corps d'Emmanuel Macron... et la légèreté avec laquelle son cas a été traité par l’Élysée.

Cet écart est documenté de manière implacable dans le rapport rendu hier par la commission d'enquête du Sénat.

Résumons : voici un homme accusé d'avoir frappé des manifestants, escamoté un coffre-fort, conservé et utilisé des passeports diplomatiques, négocié un contrat avec un oligarque russe - et l'on passe sur les divers attributs de pouvoir, badges et téléphones cryptés.

En face ? Une "mise à pied" de quinze jours, après les violences du 1er mai. Puis, au gré des révélations de la presse, un licenciement, tempéré par les propos du chef de l’État lui-même qui appelle à "l'indulgence" pour son ancien collaborateur.

Légèreté toujours, quand le gouvernement met plusieurs mois à désactiver les passeports diplomatiques, que l'homme utilise pour des voyages d'affaires.

Comme si personne n'avait su mettre le hola au sein de ces administrations pourtant peuplées de dévoués serviteurs de l’État. Comme si les cordes de rappel étaient en fait des élastiques. Que l'intéressé a pris soin de tendre au maximum. 

Une légèreté parachevée, hier, par cette déclaration du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux : 

"L’Élysée aura l'occasion d'apporter des réponses factuelles sur, manifestement, beaucoup de contrevérités qui se trouvent présentes dans le rapport". 

Un rapport que Benjamin Griveaux pourtant indiqué... ne pas avoir lu. Tout cela donne l'image d'un système prêt à toutes les absurdités pour éviter de reconnaître l'ampleur des manquements.

Une lettre du directeur de cabinet

Certes, il ne faut pas verser dans l'anachronisme. Ce qu'on découvre aujourd'hui (flux financiers avec des intermédiaires douteux) donne rétrospectivement des sueurs froides, mais jusqu'à preuve du contraire, cela n'était pas connu de l’Élysée au début de l'affaire.

Pour autant, même si l'on s'en tient aux seules violences du 1er mai, les sanctions semblent très tenues : Alexandre Benalla est simplement suspendu deux semaines et rétrogradé, selon une lettre que lui écrit le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron. Mais dans leur rapport, les sénateurs précisent qu'ils ne sont même pas sûrs qu'une sanction pécuniaire ait bien été appliquée. Autrement dit, cela ressemble à quinze jours de congés payés (voir le rapport, p.32). 

Quant à la rétrogradation, elle a été comme compensée par divers avantages, dont un appartement de service. 

Voici pour ce qu'on pourrait appeler "l'insoutenable légèreté de la lettre" du directeur de cabinet. 

La faiblesse des sanctions a-t-elle développé encore un peu plus le sentiment de toute-puissance d'Alexandre Benalla ? Il semble en tout cas s'être considéré comme un intouchable de la République.

La République justement sort plutôt renforcée de cet épisode... 

Oui, c'est l'une des bonnes nouvelles. Cette commission d'enquête vivifie notre démocratie. Bien sûr, chacun aura noté que le Sénat est dominé par l'opposition.

Mais ce travail, mené avec précision et minutie, permet d'identifier des faiblesses au sein de l’État. 

L'Exécutif français est l'un de ceux qui concentre le plus grand pouvoir de toutes les démocraties occidentales. Or, « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », comme l'a dit un célèbre philosophe cinématographique. Un grand pouvoir implique aussi de grands contre-pouvoirs, pourrait-on ajouter. Le Sénat a montré sa capacité à jouer ce rôle, quand l'Assemblée nationale, depuis le début, regarde ses chaussures.

Cette commission d'enquête revalorise le bicamérisme (l'existence de deux chambres parlementaires). Un concept qui était réputé ringard et contre-productif, à l'heure où la loi doit être votée toujours plus vite. 

Repassons-nous le film de cette commission d'enquête : elle s'ouvre avec un Alexandre Benalla qui qualifie les sénateurs de « petits marquis », à la veille de sa première audition publique. Elle s'achève par de la prison, après des accusations de parjure et de rupture du contrôle judiciaire. Comme si c'était là le premier rappel à l'ordre, concret, dans une affaire qui en a tant manqué.

Frédéric Says

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