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Une manifestation de motards, le 17 mai en Ardèche, contre la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central.

Le sparadrap des 80 km/h

4 min
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La droite dépose aujourd'hui une proposition de loi contre l'abaissement de la vitesse à 80km/h sur certaines routes. La mesure suscite le doute jusqu'au sein de l'Exécutif.

Une manifestation de motards, le 17 mai en Ardèche, contre la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central.
Une manifestation de motards, le 17 mai en Ardèche, contre la réduction de la vitesse à 80 km/h sur les routes à double sens sans séparateur central. Crédits : Christophe Estassy - AFP

Le quinquennat de François Hollande fut plombé par une courbe : celle du chômage. Le mandat d'Emmanuel Macron pourrait être plombé par une ligne droite : celle sur laquelle vous ne pourrez plus circuler à plus de 80 km/h à partir du 1er juillet.  L'abaissement de la vitesse sur les routes nationales n'en finit pas d'empoisonner l'Exécutif. 

Une proposition de loi pour modifier cette mesure sera d'ailleurs examinée cet après-midi à l'initiative de la droite. Le groupe Les Républicains à l'Assemblée nationale est fermement opposé aux 80 km/h. Il y voit une preuve de plus que le chef de l’État est avant tout le "président des villes". Sous-entendu : la baisse de la vitesse a été décidée par des technocrates dans un bureau parisien, qui ne connaissent pas la vie à l'extérieur du périphérique. 

Ce n'est pas une bataille anecdotique. Cette mesure fait partie des trois décisions gouvernementales les plus impopulaires, selon un sondage BVA. 76% des sondés y sont opposés. Seule la hausse de la CSG suscite davantage de rejet. 

Dans cette bataille, chaque camp va chercher ses références tutélaires. La droite convoque Georges Pompidou et sa célèbre citation :  

"'Arrêtez donc d'emmerder les Français !'" Georges Pompidou traduisait parfaitement le sentiment de la France de 2018 face à votre décision incompréhensible" (Arnaud Viala, député LR de l'Aveyron, à l'Assemblée nationale)

Le gouvernement, lui, fait appel à une autre figure de la République : Jacques Chirac. Voici ce qu'en disait le premier ministre Édouard Philippe, il y a quelques jours à l'Assemblée :

"Toutes les mesures prises en matière de sécurité routière ont été impopulaires. Je me souviens trop bien des réactions, lorsque sous le président Chirac, le développement des radars a été mis en place".

Au passage, dans cette guerre des références historiques, Édouard Philippe n'a sans doute pas creusé les prises de positions de Jacques Chirac sur le sujet. Sinon il serait tombé sur cette archive que nous avons retrouvée, elle date de 1981 : 

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Pompidou contre Chirac : tout ça ne fait pas trop "nouveau monde". Alors Édouard Philippe brandit aussi la promesse d'une "évaluation", dans deux ans, pour observer l'effet sur la mortalité routière. Sur les réseaux sociaux, le parti En Marche diffuse lui des coupures de la presse locale, qui démontre que le conducteur moyen ne perd que quelques minutes sur un trajet classique domicile-travail. Une communication qui n'a pour l'instant guère convaincu les mécontents. Et pas seulement eux. 

Même le chef de l’État a fait savoir qu'il n'était pas extrêmement favorable à cette mesure. Les confidences - opportunément parues dans la presse - laissent entendre que l’Élysée se serait bien passé de cette trouvaille, comme du reste Gérald Darmanin et Gérard Collomb. Le ministre de l'Intérieur, interrogé sur le sujet au cours d'une réunion publique a eu cette réponse : "joker".

Est-ce parce la mesure semble contradictoire avec l'éloge macroniste de la "responsabilité individuelle" ? 

En tout cas, c'est un cafouillage rare pour ce gouvernement, qui s'assure d'habitude de parler d'une seule voix. Comme si en voulant réduire la vitesse, il était lui-même allé un peu trop vite.

Frédéric Says

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