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La cour de l'Elysée, le 5 juillet 2019.

L'Etat a-t-il le dos trop large ?

4 min
À retrouver dans l'émission

"C'est la faute à l'Etat !" : ce cri, qui rassemble des militants de tout bord et des chroniqueurs de chaîne info en mal d'inspiration, répond à un imaginaire très français.

La cour de l'Elysée, le 5 juillet 2019.
La cour de l'Elysée, le 5 juillet 2019. Crédits : Régis Duvignau - AFP

C'est l'histoire d'un camion de 50 tonnes qui emprunte un pont limité à 19 tonnes. Dramatique et meurtrier accident, il y a quelques jours en Haute-Garonne. Et que croyez-vous qu'il arriva ? 

Immédiatement, il s'est trouvé des voix pour accuser les pouvoirs publics. Des polémistes télévisuels et des responsables de l'opposition ont placé l’État sur le banc des prévenus. Un pont s'effondre ? Macron coupable ! 

On se pince, mais non... telle est bien la tonalité du débat public en France. Si l'infrastructure a cédé sous une charge plus de deux fois supérieure à la limite autorisée, ce n'est pas donc pas la faute du camionneur qui enfreint la règle, mais celle des "milieux autorisés", comme disait Coluche. 

A vrai dire, au-delà de cet exemple caricatural, cette rhétorique est devenue assez habituelle.

Par exemple, quand un industriel commercialise des produits contaminés par la salmonelle, la première réaction n'est pas : "pourquoi les contrôles internes à cette entreprise ont-ils failli ? A-t-elle trop réduit les coûts au point sacrifier la sécurité de ses aliments ?" Non. La première question est plutôt : "mais que fait donc la puissance publique ?" Comme si les fonctionnaires avaient pour vocation de percer chaque brique de lait mise sur le marché pour en analyser la teneur. 

C'est la version moderne du fameux « mais que fait la police ? »

A chaque polémique, le gouvernement est responsable, sinon coupable. Bien sûr, personne n'ignore les insuffisances de certains services publics : les manquements ne manquent pas.

Mais tout de même, Pavlov n'est pas loin. Souvenez-vous des réactions quasi-automatiques quand Emmanuel Macron a appelé à une « société de vigilance (et non du soupçon) » pour détecter la radicalisation.

Qu'a-t-on entendu à ce moment-là ? « Voilà un État incapable de nous protéger, et qui en plus nous demande de faire son travail de renseignement ! » 

Curieuse indignation. Comme si la société n'avait pas un devoir de solidarité, de civisme ; comme si elle n'était composée que d'une masse indifférente d'individus, de consommateurs qui paient un prestataire de service - en l'occurrence l’État - pour prévenir le danger. 

Ce discours est d'ailleurs contradictoire, car ce sont souvent les mêmes voix qui dénoncent la hausse des crédits et des effectifs pour les forces de l'ordre. L'on veut un Etat qui fait tout, mais qui n'en fait pas trop. Allez comprendre... 

Certes, il faut se méfier du "Léviathan", comme dirait Hobbes : une puissance publique omniprésente, omnipotente, qui rappelle de sinistres souvenirs aux Européens. 

Mais n'est-on pas passé d'un extrême à l'autre, d'une époque où l’État avait toujours raison à une époque où il a toujours tort ? 

Il est d'ailleurs frappant de constater que porter plainte contre les institutions est devenue une action militante comme une autre... 

C'est vrai. Bien sûr, aucune institution ne doit se croire intouchable (comment ne pas penser aux soupçons de violences policières ?). Mais ce qui était un dernier recours semble devenu un premier réflexe. 

Si vous tapez « plainte contre l'Etat » sur un moteur de recherche, les exemples pleuvent. Cela va de la pollution de l'air à l'absence récurrente de professeurs dans les salles de classes. 

Autant de causes légitimes, mais qui montrent aussi une méfiance durable à l'égard du système démocratique. 

Que nous dit cet activisme judiciaire ? 

On n'espère plus faire modifier les choses de l'intérieur, en changeant nos représentants politiques... alors on tente la pression extérieure, celle de la justice.  

« C'est la faute à l'Etat ! ». Ce mantra, qui rassemble des militants de tout bord et des chroniqueurs de chaîne info en mal d'inspiration, répond à un imaginaire très français. 

Historiquement, l'Etat jacobin, centralisateur, producteur de normes, s'est occupé de tout. Il a façonné le pays bien plus fermement que chez la plupart de nos voisins. 

Peut-être y a-t-il également un petit fond de poujadisme, sur le mode : « puisque mes impôts sont élevés, j'ai le droit d'être exigeant avec la puissance publique ». Y compris à l'excès. 

C'est le comportement de "consommateur de la République" que nous évoquions il y a un instant. Des citoyens à deux doigts d'attribuer une étoile sur 5 aux pouvoirs publics sur une application smartphone. 

A vrai dire, cette application existe déjà. Elle est même disponible sur support physique et gratuitement. Elle s'appelle : les élections. 

Frédéric Says

Chroniques
8H19
42 min
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