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Le député Jean Lassalle a provoqué une suspension de séance en enfilant un gilet jaune à l'Assemblée nationale, le 21 novembre 2018.

Quel débouché politique pour le "giletjaunisme" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le mouvement se veut "apolitique". Jusqu'où ?

Le député Jean Lassalle a provoqué une suspension de séance en enfilant un gilet jaune à l'Assemblée nationale, le 21 novembre 2018.
Le député Jean Lassalle a provoqué une suspension de séance en enfilant un gilet jaune à l'Assemblée nationale, le 21 novembre 2018. Crédits : Handout / Assemblée nationale - AFP

C'est toute la limite d'un mouvement qui se proclame "apolitique" : il se défie ouvertement des partis et du gouvernement ; mais dans le même temps, il produit une série de revendications soumises... au gouvernement. Un pied dans la politique, un pied en dehors, les gilets jaunes sont confrontés à cette aporie. 

Dans les barrages dressés depuis cinq jours, les responsables politiques sont traités au mieux de menteurs, au pire d'escrocs et de "pantins du système". Alors faut-il s'asseoir à la table du "système" ? Qui peut négocier au nom de 300 000 volontaires auto-organisés  ? Et qui peut appeler à lever le mouvement, avec quelle légitimité ? Face à cette impasse, les partis d'opposition tentent d'amadouer la colère. De s'en faire les porte-voix, sinon les réceptacles. 

Cela donne d'ailleurs une course à l’échalote assez peu glorieuse. Hier, le gilet jaune a fait son entrée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale. Le député Jean Lassalle, ancien candidat à la présidentielle, l'a revêtu en pleine séance : 

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Finalement, Jean Lassalle n'a pas organisé de barrage à l'intérieur de l'hémicycle, il a accepté d'enlever sa chasuble phosphorescente. Le Canard enchaîné paru hier nous raconte une autre scène, ou plutôt une mise en scène. Laurent Wauquiez a participé à une manifestation samedi dernier dans sa terre d'élection en Haute-Loire. Mais comme il craignait d'être malmené par des sympathisants du Rassemblement national - nous raconte le journal - le patron de LR a demandé à ses propres militants de venir et d'enfiler un gilet jaune. Résultat : de belles images d'écoute et de dialogue avec des inconnus... qui ne l'étaient pas vraiment. 

Dans un genre moins théâtral mais pas moins calculé, François Hollande appelle le gouvernement "à écouter et à agir". L'ancien président tient toutefois à se démarquer de Jean-Luc Mélenchon, qu'il compare même à Paul Déroulède, l'écrivain nationaliste qui poussait le général Boulanger à prendre l’Élysée par la force : 

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Pour les leaders d'opposition, l'équation est compliquée. Certes, depuis des mois, ils protestent contre la politique macroniste. Et tous revendiquent donc leur part dans la maturation des esprits qui conduit à la colère. Mais depuis le début du mandat, malgré leurs piques enflammées contre Emmanuel Macron, ils n'ont jamais réussi à susciter un centième de la mobilisation des gilets jaunes. Il se fait sans eux. Ils n'ont pas enfanté ce mouvement, et ce dernier leur conteste d'ailleurs toute paternité. 

Les gilets jaunes disent d'ailleurs massivement leur rejet des responsables politiques, fussent-il d'opposition. Les slogans, multiples, hétéroclites, mêlent le prix du carburant et la dissolution de l'Assemblée nationale. Convoquent le souvenir de Pierre Poujade et de 1789. Mélangent les appels à bloquer le rond-point du secteur et à marcher sur l’Élysée. 

Pour l'heure, les chefs de l'opposition jouent à souffler sur les braises, à faire grandir l'incendie, sans savoir s'ils sauront demain le maîtriser. Ils nourrissent la bête anti-gouvernementale, parfois anti-parlementariste, sans être sûrs de pouvoir demain la dompter. Sans être certains que le mouvement ne se retournera pas, à terme, aussi contre eux.

Frédéric Says

Chroniques

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