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La santé a-t-elle un prix ?

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Jusqu'à il y a quelques jours, les considérations sanitaires semblaient être la seule boussole du gouvernement dans la lutte contre l'épidémie de Covid-19. Mais il y a du changement.

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lingots d'argent Crédits : Joël Saget - AFP

La lutte contre la Covid-19, oui mais à quel prix ?

Faut-il ériger la santé de chaque français comme étant l'unique priorité au mépris de toute autre considération ?

Le débat, qui s’installe depuis quelques jours, a commencé à émerger le 13 avril dernier à l’occasion de la quatrième prise de parole d’Emmanuel Macron depuis le début de l’épidémie. Depuis, en fait, que le chef de l’Etat a laissé entrevoir une sortie de crise sanitaire en fixant le début du dé-confinement le 11 mai prochain.

Jusque-là, il n’y avait qu’une priorité : la santé.

Il fallait à tout prix empêcher l’épidémie de progresser et les malades de saturer les services de réanimation dans les hôpitaux.

Et c’est au nom de cette priorité qu’on a confiné les français chez eux et stoppé l’économie du pays.

Emmanuel Macron avait alors illustré le fait qu’il faisait de la lutte contre la maladie son unique objectif avec cette formule employée à plusieurs reprises lors de sa première prise de parole, le 12 mars : "Quoiqu’il en coûte".

La prise de parole du chef de l’Etat le 13 avril et l’annonce du début du dé-confinement a tout changé

Parce qu’elle a fait resurgir d’autres priorités dans les considérations présidant aux choix du pouvoir exécutif.

L’éducation tout d’abord.

Il n’est pas question de laisser un certain nombre d’élèves, notamment issus des milieux défavorisés, éloignés trop longtemps du système éducatif a justifié le président de la République pour étayer son souhait de voir rouvrir les écoles à compter du 11 mai.

Ce qui a aussitôt déclenché le courroux de certains enseignants.

Ce n’est "pas sérieux" a notamment réagit le SNUIPP, "il y a une vraie mise en danger".

La fédération des médecins de France a évoqué un "risque inutile". 

Le secrétaire de la FSU, Benoît Teste, a fait part de son sentiment qu’il y aurait, chez nos dirigeants, "la volonté de très vite faire rentrer les élèves qui ne peuvent pas être gardés pour permettre" aux parents de retourner travailler et donc à l’économie de repartir.

Le redémarrage de l’économie, c’est précisément l’une des autres priorités de l’exécutif réapparues à l’occasion de l’annonce du début du dé-confinement.

Emmanuel Macron doit d’ailleurs s’entretenir, demain, avec les représentants des hôteliers-restaurateurs afin de déterminer dans quelles conditions ils pourraient éventuellement reprendre leur activité.

Mais, là encore, cette perspective suscite des doutes et des oppositions, de la part de la CGT notamment selon laquelle "les salariés ne sont pas prêts" du fait que leur "santé doit primée".

Deux autres exemples de l’évolution de l’échelle des priorités chez le chef de l’Etat sont, d’une part, cette décision finalement prise d’autoriser les visites dans les EHPAD.

Il convient de scrupuleusement respecter les conditions de sécurité sanitaire, cela s’entend, mais jusqu’ici, c’était interdit. Beaucoup de familles en souffraient et en souffrent encore.

Et puis il y a cette autre décision d’Emmanuel Macron : les personnes âgées ne seront finalement pas contraintes de rester confiner après le 11 mai.

Le chef de l’Etat a fait cette mise au point le 17 avril, désavouant le président du Conseil Scientifique qu’il avait lui-même nommé, Jean-François Delfraissy, lequel avait, deux jours plus tôt, indiqué que les personnes âgées de plus 65 ou 70 ans n’auraient sans doute pas le droit de sortir après le 11 mai jusqu’à nouvel ordre.

Ces évolutions sont les révélateurs de véritables inflexions de la part d’Emmanuel Macron dans la gestion de cette crise

D’abord, il y a la considération que la santé comme unique priorité, autrement dit la vie à tout prix, ce n’est pas tenable.  

Et encore moins, peut-être, pour ceux qui, à la toute fin de leur vie, ont besoin, plus que tout, d’entretenir un lien avec leur famille.

Ensuite, il y a cette idée que tout faire pour éviter une catastrophe, en l’occurrence une surmortalité due à l’épidémie, ne doit pas conduire à préparer, pour l’avenir, des catastrophes peut être plus grandes encore : un désastre en matière d’éducation ou un effondrement de l’économie du pays.

Enfin, on constate à travers les décisions du chef de l’Etat un retour du politique, de la fonction politique dans ce qu’elle a d’essentiel, à savoir qu’il fait des choix, qu’il rend des arbitrages. 

Jusqu’à il y a quelques jours, ce n’était pas le cas. 

Tout semblait être dicté, décidé, par les médecins, par les scientifiques.

Et sur ce point, le désaveu du professeur Jean-François Delfraissy par Emmanuel Macron marque un véritable changement de pied.

La fonction politique, qui est de faire des choix, reprend ses droits. Ce qui en soi est plutôt une bonne nouvelle.

Il faut quand même y ajouter ce bémol : 

La parole politique, aujourd’hui, est tellement discréditée qu’on peut se demander jusqu’à quel point il est permis aux responsables publics de faire des choix.

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