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A l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a tenté de convaincre les députés du bien-fondé des mesures "anti-casseurs".

Et les libertés publiques ?

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Jusqu'où peuvent aller les mesures pour lutter contre les violences ? Billet politique en présence de l'invité des Matins, le secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi.

A l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a tenté de convaincre les députés du bien-fondé des mesures "anti-casseurs".
A l'Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a tenté de convaincre les députés du bien-fondé des mesures "anti-casseurs". Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Jusqu'où aller pour rétablir l'ordre ? Tout à sa volonté d'en finir avec les casseurs, le gouvernement a proposé une série de dispositions, examinées ces derniers jours à l'Assemblée nationale. Parmi ces mesures, l'interdiction administrative de manifester. "Administrative" ? C'est-à-dire décidée non pas par un juge judiciaire, mais par le pouvoir exécutif et l'administration, en l'occurrence le préfet. 

Le gouvernement souhaite pouvoir interdire de cortège les individus qui se sont fait remarquer par des actes violents. 

Mais pour une décision aussi importante - qui prive quelqu'un du droit constitutionnel de manifester - n'est-il pas dangereux de mettre de côté le pouvoir judiciaire ? C'est un risque soulevé par l'opposition à l'Assemblée nationale. Ici la députée LFI Clémentine Autain :

Cette mesure de l'interdiction administrative de manifester suscite aussi le malaise au sein du groupe parlementaire de la République En Marche. La présidente de la commission des lois, Yaël Braun-Pivet, fait part de ses interrogations. 

Et demain ?

Alors disons-le tout net : ceux qui hurlent au régime totalitaire se déconsidèrent, et en réalité jouent les résistants d'opérette. Comme le rappelle Kamel Daoud dans le magazine Le Point, il faut avoir vécu en dictature pour se rendre compte que ce qualificatif est ridicule appliqué à la France d'aujourd'hui.

Une fois cela dit, qu'en sera-t-il pour la France de demain ? N'y a-t-il pas, avec ce tournant autoritaire, le risque d'installer des outils qui pourraient se révéler terribles s'ils étaient utilisés contre des opposants politiques, terribles si un parti extrémiste venait à prendre le pouvoir ? Depuis plusieurs années, en effet, les garde-fous démocratiques ont été progressivement rognés, en particulier sous la pression de la menace terroriste. Les perquisitions administratives - là encore sans décision du juge judiciaire - ont été facilitées. De même que les interceptions de données numériques et téléphoniques. 

Évidemment, toute argumentation interroge sur ces changements législatifs est difficilement audible. Ce discours est vite caricaturé en droit-de-l'hommisme un peu béat, voire en indulgence contre les casseurs ou les terroristes. 

Anonymat

Il y a une dernière proposition qui a été lancée, l'air de rien, par Emmanuel Macron. C'était au Grand débat avec les maires, à Souillac, la semaine dernière. Le président a dit ceci à propos de l'anonymat sur internet : 

"Ce que nous devons réussir à faire, c'est une forme d'hygiène démocratique du statut de l'information. On doit aller vers une levée progressive de toute forme d'anonymat. (...) on doit savoir d'où les gens parlent, et pourquoi ils disent des choses". 

Mounir Mahjoubi, vous êtes secrétaire d’État au numérique, vous avez été président du Conseil national du numérique. Sur cette levée d'anonymat sur internet, vous n'éprouvez aucune réserve ?

Frédéric Says

Chroniques

8H19
38 min

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