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La candidate LREM à Paris, Agnès Buzyn, promet "la bienveillance" et l'"apaisement".

Pourquoi le mot "bienveillance" est partout

3 min
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Que révèle cette tendance à revendiquer la bienveillance en politique ?

La candidate LREM à Paris, Agnès Buzyn, promet "la bienveillance" et l'"apaisement".
La candidate LREM à Paris, Agnès Buzyn, promet "la bienveillance" et l'"apaisement". Crédits : Christophe Archambault - AFP

"Bienveillance" : c'est quasiment le premier mot qu'a prononcé Agnès Buzyn, la candidate LREM dépêchée à Paris pour suppléer Benjamin Griveaux. Extrait de son premier discours : 

"Paris a besoin d'apaisement... Paris a besoin de bienveillance !"

Ici l'usage de ce terme par Agnès Buzyn vise d'abord à se singulariser, à se distinguer de Benjamin Griveaux. L'ex-candidat avait été épinglé pour avoir insulté ses concurrents au sein de la République en Marche, qualifiés en privé « d'abrutis » et d'autres joyeusetés qu'on ne peut guère dire dans le poste à cette heure-ci. 

La bienveillance comme contraste avec son prédécesseur donc. Mais la bienveillance est aussi affichée comme un marqueur politique. Comme un élément du programme.

Dans une ville (Paris), réputée pour sa dureté, sa rudesse, son âpreté... la bienveillance fait déjà office de proposition détonante.

C'est une manière de dire aux électeurs : « je vous ai compris, la vie est déjà assez compliquée. Dans cette campagne, vous n'avez pas besoin qu'on vous houspille. Vous n'avez pas besoin que je vous parle comme un garçon de café parisien parle à ses clients ». (Mon analogie est un peu fausse, d'ailleurs, la situation s'est améliorée ces dernières années, de l'avis général : les cafetiers ont compris, eux aussi, qu'ils gagnaient des clients en proposant un havre de paix face à l'extérieur hostile, plutôt que d'en être la continuation). 

"Don't boo !"

Cette bienveillance fut brandie aux Etats-Unis par Barack Obama. Le leader démocrate, sous le flot des insinuations ordurières des Républicains, a ainsi joué la contre-programmation. Dans ses discours, il a interdit au public de huer ses adversaires. "Don't  boo, vote ! (ne huez pas, votez !)" :

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La méthode a eu son décalque en France. Chez un jeune candidat, nommé Emmanuel Macron. C'était à Lyon, le 4 février 2017 : 

"On nous disait que la vie politique allait continuer avec ses règles [huées]. Non... Ne sifflez pas... jamais. On ne se rassemble pas sur des sifflets." 

Il faut rappeler le contexte : dans cette campagne, François Fillon agonisait et agonissait de reproches les journalistes, les magistrats. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon échangeaient des injures sans relâche. Le Parti socialiste frôlait l'explosion après sa primaire tendue. 

Au milieu de ce cloaque, la bienveillance affichée par le camp Macron donnait l'impression d'une bouffée d'air frais. Le côté simili-christique du candidat qui "préfère tendre l'autre joue". 

Le problème, c'est quand cette bienveillance ne survit pas à la campagne. Comme le reconnaît un député de la majorité dans le journal Le Monde : « Le pays est à feu et à sang, alors que nous avions joué sur la bienveillance en 2017. C’est un échec ». 

Bienveillance oubliée également, l'autre soir à l'Assemblée nationale, quand le député LREM Nicolas Turquois s'est adressé ainsi au groupe parlementaire de La France insoumise :

"Certains parmi vous ont déclaré 'La République, c'est moi'.... Eh bien moi je vous dis que la République, c'est nous [les députés LREM]... et vous, vous n'êtes rien !"

Nicolas Turquois, qui est rapporteur de la loi sur les retraites, s'est excusé quelques minutes après. 

Voilà qui personnifiait en tout cas le malaise de la majorité, prise en étau sur sa droite et sur la gauche. 

Quand vous prenez des baffes des deux côtés, comment faire pour tendre l'autre joue ? 

Politesse de l'impuissance

Mais ce mot de "bienveillance" est repris désormais dans tous les partis politiques. Et cette dissémination n'est pas neutre. Comment l'expliquer ?

Formulons ici une hypothèse. Trop souvent, la politique a renoncé. Elle a touché ses limites, elle s'est aperçue qu'elle ne pouvait pas changer le monde. 

Alors à défaut de le changer, elle tente de le peindre en rose. Impuissante, oui, mais avec le sourire. 

Faute d'une perspective enthousiasmante, elle propose des personnalités bienveillantes. 

Plutôt que de changer la vie, elle promet de changer de méthode. 

A défaut d'un changement de fond, voici un changement de ton.

Merci pour ce billet politique, Frédéric Says... Un petit bonus ? 

Oui, une archive. Il arrive aussi que la bienveillance soit brandie comme un bouclier, pour écarter les questions gênantes. Ici Jacques Chirac, interrogé par un journaliste sur une affaire judiciaire, l'affaire "Carrefour du développement", en 1987 : 

Alors « respectez votre prochain ! » Bonne journée.

Frédéric Says

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