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40°C relevés à Lille en juillet 2018. Les épisodes de forte chaleur sont-ils amenés à se multiplier ?

La République des parasols

3 min
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Par crainte de revivre un scandale comme celui qui a suivi la canicule de 2003, le gouvernement multiplie les messages de prévention. Au risque d'infantiliser les citoyens. Et de limiter l'action à la communication.

40°C relevés à Lille en juillet 2018. Les épisodes de forte chaleur sont-ils amenés à se multiplier ?
40°C relevés à Lille en juillet 2018. Les épisodes de forte chaleur sont-ils amenés à se multiplier ? Crédits : Denis Charlet - AFP

Journée-type par temps de canicule en 2019 en France :

- 7h du matin. J'allume la télévision, une ministre conseille de boire de l'eau régulièrement pour faire face à la canicule. 

Je change de chaîne, un spot me recommande de manger 5 fruits et légumes et de consulter le site mangerbouger.fr  

- 8h. Je descends dans le métro. Une annonce m'exhorte à faire attention à l'écart entre le quai et la marche. 

A l'intérieur de la rame, une affiche me suggère de ne pas glisser mes doigts dans les portes, au cas où ça m'ait traversé l'esprit. En arrivant au travail, j'allume la radio. Un secrétaire d’État préconise de ne pas laisser les fenêtres ouvertes quand le soleil est au plus haut. 

- 13 heures : pause-déjeuner. Sur la bouteille de vin, un logo m'indique que la boisson est déconseillée aux femmes enceintes. 

- 15h : SMS de ma grand-mère, malicieusement outrée que je n'ai pas pris de ses nouvelles. A la télé, elle a entendu dire qu'en période de canicule, il fallait appeler nos aînés tous les jours. Bonjour Louisette.

- 18h30 : retour par le train. Une annonce me demande de "ne pas essayer d'ouvrir les portes et de ne pas descendre sur les voies lorsque le train est en marche". 

Je m'évente avec le journal défraîchi du matin. En deuxième page, un membre du gouvernement formule le conseil de ne pas rester en plein soleil par temps de canicule. 

Voilà donc à quoi ressemble notre quotidien ces temps-ci. La chaleur nous accable presque autant que ces messages infantilisants à répétition. 

Certes, chacun en comprend la logique et l'origine. Les ministres sont traumatisés depuis la canicule de 2003 – et ils ne veulent pas paraître passifs. Il ne sera pas dit qu'ils ont été dépassés.

Une manière de se dédouaner par avance. Au sein de l’État, chacun se met à l'abri, c'est ce qu'on appelle la République des parapluies, ou plutôt en l'occurrence la République des parasols. Phénomène lunaire face aux dangers de soleil. 

Une surréaction qui n'arrive d'ailleurs seulement l'été. Même excès en hiver, dès qu'il tombe plus de trois centimètres de neige. 

Ce n'est pas l’État "Big Brother", c'est l’État "Big Mother", qui se veut maternel vis-à-vis du citoyen ici considéré comme un mineur. 

Evidemment, la prévention est utile. Et personne ne souhaite revenir à l'incurie des années 70, où la télévision publique conseillait de boire de l'alcool face à la chaleur. Voici un reportage en août 1975 sur FR3 Nord-Pas de Calais :

Autre époque. Mais la prévention tous azimuts, aujourd'hui, finit par se diluer sous le torrent des messages assénés. 

Cette pratique est d'ailleurs contradictoire avec la notion de responsabilité individuelle mise en avant par Emmanuel Macron. Si l'individu est maître de son destin, éclairé dans ses choix et responsables de ceux-ci, alors il faut cesser de lui tenir la main en permanence. 

Par ailleurs, la prévention tourne à l'écran de fumée quand elle se limite à déplorer les conséquences mais à ignorer les causes. 

Que font les pouvoirs publics pour végétaliser davantage les écoles ou les hôpitaux ? Que fait l'Etat pour réduire la bétonnisation des espaces, qui accentue la fournaise ? 

Face au dérèglement climatique, inciter à uriner sous la douche c'est bien ; empêcher la fermeture d'une ligne de train remplacée par 20 000 camions, c'est mieux. 

Le Haut-conseil pour le climat vient d'ailleurs de pointer des manquements dans les politiques publiques. Il y a urgence à changer. 

D'autant que ces vagues de chaleur sont amenées à s'accroître dans les prochaines années. C'est d'ailleurs tout le sel de cette situation à vrai dire un peu tragi-comique. 

Comique par la répétition lénifiante de conseils de bon sens. 

Tragique par le sentiment diffus que ces épisodes exceptionnels sont l’avant-goût d'une routine à venir.

Frédéric Says

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