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Emmanuel Macron à Versailles, le 9 juillet 2018.

Emmanuel Macron a-t-il le droit à la déconnexion ?

4 min
À retrouver dans l'émission

"Le président n'entend pas les Français". Ce reproche rabâché par l'opposition semble trouver aussi des partisans dans le camp macroniste.

Emmanuel Macron à Versailles, le 9 juillet 2018.
Emmanuel Macron à Versailles, le 9 juillet 2018. Crédits : Charles Platiau - AFP

C'est une petite musique qui gagne jusqu'au sommet de l’État : le président serait déconnecté des Français. Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, le dit à mots couverts sur BFM TV. 

"Il y a une phrase qui dit 'Les Dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre', donc il ne faut pas que nous soyons dans la cécité. (...) Parce que très vite, dans les Palais de la République, on perd la capacité de lien avec la population". 

Le premier flic de France va plus loin, dans des confidences obtenues par la Dépêche du midi sous la plume de Christelle Bertrand. Gérard Collomb estime que ceux qui "peuvent encore" tenir un langage de vérité au chef de l’État ne sont "pas nombreux", "mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler". 

Plus étonnant, le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin dresse un constat similaire dans Le Monde (article réservé aux abonnés). Selon lui, au sein du gouvernement, seuls trois ministres sont connectés avec le terrain : "Collomb, Lecornu et moi", énumère Darmanin, qui rappelle dès qu'il le peut son statut d'élu local de Tourcoing. Il se décrit même comme étant... "à portée de baffe" des citoyens. 

Mépris contre "les ploucs de province"

Entre les lignes, Gérard Collomb et Gérald Darmanin disent deux choses : d'abord, le renouvellement affiché avec les fameux ministres-issus-de-la-société-civile, censés être plus en phase avec la réalité, ça ne marche pas.

Ensuite, ces deux ministres expliquent qu'Emmanuel Macron manque de capteurs, de relais entre la vraie vie et la vie du "Château". Forcément, l'opposition s'en saisit : Xavier Bertrand, à droite, dénonce le mépris du chef de l’État envers "les ploucs de province". 

Faux, répondent les proches d'Emmanuel Macron, qui vantent la proximité de ce président qui "lit les courriers adressés à l’Élysée". 

Hors micro, un ministre macroniste de la première heure balaie lui aussi ce procès en déconnexion avec un argument peu commun : selon lui, le président "regarde beaucoup les réseaux sociaux pour prendre le pouls de la société". Ce ministre nous confie avoir été "très surpris" que le chef de l’État fasse allusion à l'un de ses tweets posté de bon matin. 

Emmanuel Macron, scrutant incognito les réseaux sociaux, serait-il la version 2.0 du calife Haroun Al Rachid, qui se déguisait pour se mêler au peuple et entendre ses préoccupations ? Le mythe d'Al Rachid nous confirme en tout cas que cette question de la déconnexion du souverain n'est pas nouvelle. 

Attention à la tour d'ivoire ! En 2005, juste avant le référendum sur l'Europe, Jacques Chirac est à la télévision. Il a fait organiser une émission en direct de l’Élysée. Il doit dialoguer avec des jeunes, et montrer qu'il entend leurs préoccupations. Las, le résultat est décevant : "Je ne vous comprends pas", lance à plusieurs reprises le chef de l’État en direction de ses interlocuteurs. Nicolas Sarkozy, lui, se faisait remettre chaque semaine la liste des déplacements en province de ses ministres, pour les inciter à quitter leur bulle parisienne. 

L'écran des institutions

Convenons-en, dans ce procès en cécité, Emmanuel Macron cumule les chefs d'accusation. Il n'a jamais été élu localement ; il a grandi dans la technostructure de Bercy ; surtout, il a remporté l'élection présidentielle avec un tout petit groupe de fidèles, dévoués à la cause, qui le protègent autant qu'ils isolent. Mais l'éventuelle déconnexion du président français est en réalité une question systémique, qui dépasse l'actuel locataire de l’Élysée. 

La constitution en fait un être irresponsable devant les représentants des Français, à savoir les parlementaires. Par ailleurs, la caravane de policiers et journalistes qui l'accompagne partout rend peu propice les discussions à bâtons rompus. Le corps du roi est hermétiquement enfermé.

C'est la contradiction de nos institutions. Celle, aussi, de la psychologie politique française. On veut un monarque qui connaisse aussi bien les codes nucléaires que le prix de la baguette.

Frédéric Says

Chroniques
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