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Le premier ministre a confié ne jamais avoir été "convaincu" par les grandes régions, créées en 2015.

Les "grandes régions" sont-elles trop grandes ?

4 min
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Jean Castex a confié qu'il n'avait "jamais été convaincu" par la réforme de 2015, qui a fusionné plusieurs régions entre elles.

Le premier ministre a confié ne jamais avoir été "convaincu" par les grandes régions, créées en 2015.
Le premier ministre a confié ne jamais avoir été "convaincu" par les grandes régions, créées en 2015. Crédits : Ludovic Marin - AFP

L'histoire que nous vous racontons ce matin pourrait être un exercice pour les orthophonistes : à l'Est, Jean Castex lâche du lest.  

Mais plus que la diction, ce qui pose problème dans ce dossier, c'est le rapport de l’État aux régions.

Alors disons-le, ce qui se joue ici n'est pas extrêmement spectaculaire. Il est question de collectivités locales et de rapports entre les institutions. On a déjà vu plus croustillant.  

Et pourtant, hier après-midi au Sénat, la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault a suscité quelques exclamations dans l'assistance. Elle défendait ainsi les déclarations du Premier ministre :  

« Au fond, il a dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas ».

Alors de quoi s'agit-il ? Quelle est donc ce sujet assez technique sur lequel le Premier ministre a dit tout haut ce que tout le monde pensait tout bas ?

Eh bien il s'agit de la taille et de la cohérence des régions françaises. On a déjà évoqué ce thème sur France Culture.

En 2015, François Hollande a créé les "grandes régions". Cette réforme avait par exemple réunifié les deux Normandie (la haute et la basse), marié Rhône-Alpes et Auvergne. L'Alsace fut intégrée dans un vaste ensemble, qui comprend aussi Champagne-Ardenne et Lorraine.

Et voici donc ce qu'en a dit Jean Castex il y a quelques jours :

"Je voudrais vous faire une confidence personnelle: je n'ai jamais été convaincu par la création de ces immenses régions (en 2015), dont certaines ne répondent à aucune légitimité historique et surtout ne me paraissent pas répondre aux besoins grandissants de nos concitoyens pour une action publique de proximité"

Alors Jean Castex reprend ici une critique connue contre ces très grandes régions. Pas d'unité historique. Par exemple, quel sens y a-t-il à regrouper Limoges et Saint-Jean-de-Luz dans la même collectivité ? C'est pourtant le cas dans la région Nouvelle Aquitaine.  

Il y a quelques décennies Henri Kissinger, le chef de la diplomatie américaine, s'amusait à demander : "quel est le numéro de téléphone de l'Europe ?" ; une manière de souligner l'absence d'unité et de cohérence de ce grand ensemble européen.  

Ici, Jean Castex fait un peu la même chose avec la région Grand Est : Grand Est, quel numéro de téléphone ?  

Car le Premier ministre n'a pas parlé depuis n'importe où. Il l'a fait en Alsace, à Colmar. D'où les applaudissements nourris.  

Les élus locaux alsaciens n'ont jamais digéré d'être dilués dans la région Grand Est.  

Nombre d'entre eux l'ont vécu comme une provocation, une négation de l'identité alsacienne.  

Ils l'ont d'autant plus mal vécu, qu'à l'autre bout du pays, la Bretagne, elle, est restée intacte.  

Mais le cas est intéressant, car depuis, les Alsaciens ont contourné le problème : ils ont crée une nouvelle structure. Une "collectivité européenne d'Alsace". 

Démembrer

Cette collectivité, c'est une fusion entre les deux départements alsaciens, le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Plus précisément, une fusion entre les deux conseils départementaux, qui ont mis leurs compétences en commun.  

Elle a vu le jour tout récemment, le 1er janvier dernier. Disons le clairement : cette collectivité souhaite peu à peu obtenir les compétences qui sont du ressort de la région, comme la compétence économique. Le président de la toute nouvelle structure appelle même à « démembrer » la région Grand Est. Voici au moins une revendication imagée...

Alors quel constat en tirer ?  

D'abord, bien sûr, on peut s'interroger sur l'aspect électoral des déclarations de Jean Castex. Cherche-t-il, à quelques mois de la présidentielle, à se concilier le vote des électeurs de la droite modérée et Européenne, nombreux en Alsace ? Sans doute.  

Mais on peut aussi noter plus largement l'échec de cette réforme de 2015 des grandes régions. Si l'objectif était de limiter le sentiment identitaire alsacien, c'est l'inverse qui s'est produit.  

Si l'objectif était de diminuer le fameux millefeuille administratif, ça n'a pas marché non plus : il y a même une couche de plus, avec cette nouvelle collectivité.  

En somme, « le mille-feuille français n'en finit pas de s'étoffer ». 

Tiens, ce pourrait être un autre exercice de diction.  

Frédéric Says

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