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Quel rôle aujourd'hui pour les militants ? Ici à l'université d'été du parti Les Républicains à La Baule, le 31 août 2019.

Faut-il changer les partis politiques ?

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Dans le vocabulaire politique, c'est presque un gros mot : « le parti politique ». Et pourtant, il faut sans doute le réhabiliter pour répondre à la crise démocratique.

Quel rôle aujourd'hui pour les militants ? Ici à l'université d'été du parti Les Républicains à La Baule, le 31 août 2019.
Quel rôle aujourd'hui pour les militants ? Ici à l'université d'été du parti Les Républicains à La Baule, le 31 août 2019. Crédits : Sebastien Salom-Gomis - AFP

Oui, les partis sont sûrement l'institution la plus décriée, aujourd'hui. Cela se mesure dans le champ lexical qu'on entend à leur propos : des partis « sclérosés », « renfermés », « fantômes ».  

Cette méfiance se lit aussi dans les études d'opinion sur la longue durée : les partis sont toujours l'institution la moins appréciée des Français, en dessous des 15% de bonnes opinions.  

Cette dépréciation se constate enfin dans la pratique des candidats. Désormais, ils font tout pour ne pas être associés à une formation politique.  

Les grands ténors s'écartent des appareils, comme François Baroin, Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon, qui laissent à d'autres (Christian Jacob, Julien Bayou, Adrien Quatennens) le soin de "gérer la boutique".

Naguère, la présidentielle passait forcément par la conquête d'un parti ; aujourd'hui, elle se fait sans elle.  

Sur le terrain, les candidats aux municipales prennent soin d'effacer toute étiquette partisane.  

Pourtant, les partis ont un rôle essentiel en démocratie, garanti d'ailleurs par l'article 4 de la constitution. Et les enterrer revient à ensevelir un peu de la République. 

"Petite soupe"

C'est ce que rappelle une note de la Fondation Jean Jaurès parue ces dernières jours.  

Elle est signée par Chloé Morin et Daniel Perron, qui sont respectivement spécialiste de communication et juriste. Tous deux passés par des cabinets ministériels à partir de 2012.

Bien sûr, ce rejet des formations politiques n'est pas nouveau, loin de là.   

Les auteurs citent la philosophe Simone Weil, pour qui « la suppression des partis serait du bien presque pur », qui n'entraînerait « pratiquement que de bons effets ».  

Et comment ne pas penser aux philippiques du général De Gaulle contre "le régime des partis", qui « cuisent leur petite soupe, à petit feu, dans leur petit coin ». Une métaphore culinaire lancée lors du discours de Vincennes en 1947.

Il faut bien dire que le diagnostic ne s'est pas amélioré depuis...  

La fin de la IVème république n'a pas régénéré les partis. L'éclosion de think tank et de primaires ouvertes leur ont par ailleurs enlevé la production des idées  et celle des candidats, comme le note le politiste Frédéric Sawicki.  

Quelles prérogatives leur reste-t-il ?  

Sans doute celle de la représentation du peuple. Mais là encore, difficile de considérer que les différents groupes politiques à l'Assemblée et au Sénat donnent à voir la France dans sa diversité sociologique.  

Les partis ont échoué à restituer cette réalité.  

C'est avec cette faillite en tête qu'il faut lire des événements qui nous semblent incongrus...

Comme cette agitation autour de Jean-Marie Bigard, qui envisage de se présenter en 2022.

L'irruption de l'humoriste n'est-elle pas à mettre en regard avec ces carences, avec ces absences du système partisan - lui qui devrait en principe absorber les colères, les ressentis, les opinions les plus divers ?  

Voilà pourquoi recoudre le tissu des partis n'est pas une tâche inutile.

Et les auteurs de cette note, Chloé Morin et David Perron, proposent quelques pistes...

Un président élu pour 7 ans, et une prééminence des élections législatives, c'est à dire du parlement.  

Les candidats à la présidentielle seraient automatiquement les chefs de partis, ce qui limiterait les perpétuelles batailles de présidentiables.

Autres propositions :  

La revalorisation du rôle de militant, trop souvent cantonné au collage des affiches. Les adhérents seraient tirés au sort et siégeraient dans les instances des partis.  

Et puis des aides publiques plus importantes pour les formations politiques, des indemnités renforcées pour les élus locaux.  

Davantage d'argent public pour la politique, voilà une idée qui n'est pas simple à assumer, en ces temps de crise de confiance. Raison de plus pour la trouver intéressante. 

Frédéric Says

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