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Le Premier ministre entame ce jeudi une série de consultations.

Manifestations : va-t-on vers un "hiver jaune" ?

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Sous le gilet phosphorescent, des colères diverses sont en train de s'agréger. Et l'exécutif reste inflexible.

Le Premier ministre entame ce jeudi une série de consultations.
Le Premier ministre entame ce jeudi une série de consultations. Crédits : Christophe Archambault - AFP

La contestation est partie pour durer. Le mouvement des gilets jaunes avait déjà réussi sa mue, du virtuel au réel. Cette semaine a montré qu'il est, en plus, passé de l'écume à la vague de fond. Qu'on en juge : non seulement le discours d'Emmanuel Macron, ce mardi, n'a pas fait diminuer la pression, mais le soutien de l'opinion publique à cette colère jaune n'a cessé de progresser. La semaine dernière, 3 sondés sur 4 disaient approuver le mouvement, ils sont désormais plus de 4 sur 5. Les images de violences, les dérapages ça et là, et les contrariétés sur la route n'ont donc pas effrité le soutien.

Monologues

Le mouvement agrège désormais bien au-delà des mécontents de la facture de la carburant. Du reste, plusieurs groupes ont prévu de prendre part aux manifestations de ce samedi : des infirmiers et infirmières en colère, des étudiants fâchés par l'augmentation des frais de scolarité pour leurs homologues étrangers, des collectifs qui dénoncent les violences policières. Bref, on évoquait ici il y a quelques jours la revanche des humiliés ; tout ça ne fait pas une grande convergence, les effectifs restent modestes, mais l'on voit que le mouvement aspire au-delà de ses protagonistes initiaux. Tout semble réuni pour que les cortèges grossissent, pour que les insatisfactions s'additionnent dans ce qu'on pourrait appeler un "hiver jaune" de la colère. 

Bien sûr, le gouvernement a raison de dire que cette fureur, ce désespoir, ce dépit ne sont pas nés avec le macronisme, et qu'il ne saurait en endosser toute la responsabilité. Il n'en demeure pas moins que l'exécutif et les gilets jaunes semblent plus éloignés que jamais. Comme si les deux camps ressassaient chacun leur tirade, sans que les monologues se rencontrent. Ce n'est pas qu'ils ne sont pas d'accord, c'est qu'ils ne parlent plus de la même chose. 

Au théâtre classique, on dirait que les trois unités sont rompues : 

Unité de lieu. D'un côté, les manifestants veulent converger vers Paris pour se faire entendre. De l'autre, le gouvernement souhaite au contraire décentraliser les discussions avec des concertations régionales. 

Unité de temps. D'un côté, les gilets jaunes crient l'urgence de leur situation par une mobilisation quotidienne. De l'autre, l'exécutif lance une discussion qui aboutira - au mieux - dans trois mois. 

Unité d'action. D'un côté, les protestataires dénoncent la déconnexion, le mépris, l'oubli des classes moyennes et populaires, au-delà désormais de la seule question du carburant. De l'autre, le pouvoir répète les mots d'"accompagnement dans la transition énergétique". 

D'ailleurs, la rupture est aussi sémantique. Emmanuel Macron avait parlé il y a quelques jours de la "base" et du "sommet". Et pour calmer la base - d'autres disaient "la France d'en bas" -, il installe un « Haut conseil » pour le climat. Pourquoi pas demain un "Très haut comité", ou une "Ultra haute commission" ? Le symbole se niche aussi dans les termes choisis. 

Comment expliquer cette maladresse (ou cet aplomb, selon les points de vue) ? Est-ce uniquement parce qu'Emmanuel Macron est devenu "président sans expérience politique", sans s'être "frotté aux réalités populaires", comme le suggère l'historien Gérard Noiriel ? Certes, le président a concédé un changement de méthode, mais pour mieux ne rien lâcher sur le fond. Jusqu'où ? 

Samedi dernier, les forces de l'ordre ont contenu avec difficulté les manifestants autour des Champs-Élysées. Le gouvernement a parlé, contre l'évidence, d'une mobilisation de l'ultra-droite. Qu'en sera-t-il ce samedi ? L'exécutif joue la montre et compte sur l'arrivée de l'hiver pour refroidir la contestation. Le climat météo pour apaiser le climat social. C'est un pari sans doute un peu optimiste. Au mieux, l'hiver gèlera cette colère, qui renaîtra au printemps. Car pour l'heure ses racines restent vivaces.

Frédéric Says

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