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"J'ai décidé". Pendant une vingtaine de minutes, Emmanuel Macron a justifié le nouveau confinement.

La verticalité comme horizon

4 min
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Fini, les mesures différenciées décidées "au plus près des territoires". Dans son allocution, Emmanuel Macron a assumé une recentralisation de la décision politique.

"J'ai décidé". Pendant une vingtaine de minutes, Emmanuel Macron a justifié le nouveau confinement.
"J'ai décidé". Pendant une vingtaine de minutes, Emmanuel Macron a justifié le nouveau confinement. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Les détracteurs de la Vème république ont dû s'étrangler hier. Les inconditionnels de la Vème République ont dû prendre leur pied.  

Car dans le discours du chef de l’État, tout y était : la personnalisation du pouvoir, la concentration de la décision, la personnification de l'autorité... Bref, tous les attributs de la constitution actuelle et surtout son usage au fil du temps.  

Emmanuel Macron l'assume d'ailleurs sans fard. C'est à la première personne du singulier qu'il fait l'annonce la plus importante de la soirée : « J'ai décidé qu'il fallait retrouver à partir de vendredi le confinement qui a stoppé le virus. » Décision personnelle, martiale, donc, annoncée après deux "Conseils de défense", cet instance informelle devenue le cœur des décisions. 

Bien sûr, le chef de l’État prend soin de préciser que les partis d'opposition ont été écoutés, et qu'ils se prononceront aujourd'hui au parlement.   

Mais la consultation des forces politiques fut fantoche et le vote est sans enjeu. Dans le premier cas, l'opposition ne savait rien ; dans le deuxième cas, elle ne pourra rien. 

Il s'agit là de symboles vite expédiés, autant dans l'agenda gouvernemental que dans le discours du président.  

Hier soir, l'on a assisté à une recentralisation de la décision.  

Fini, les mesures différenciées selon les lieux. Les zones vertes, orange, rouge, écarlate, cramoisi, tout cela a vécu. Le virus est partout. Et les mesures hétéroclites, décidées localement, n'ont pas prouvé leur efficacité. Pourquoi ?  

Peut-être parce qu'elles furent trop disparates (fermetures des restaurants dans telle ville, et pas dans telle autre, couvre-feu dans telle agglomération, mais pas dans la voisine...). Ces mesures devenaient difficiles à suivre, floues et donc moins bien respectées.  

Peut-être aussi parce qu'une partie de la population s'est montrée trop laxiste. 

Peut-être, enfin, est-ce une question d'émetteur du message. L'annonce de nouvelles restrictions par un préfet ou par un maire a moins d'impact que le discours d'un président de la République.  

Et cela, même quand les hauts-fonctionnaires tentent d'adopter un langage compréhensible, imagé, percutant, comme ici le préfet du Centre-Val de Loire, la semaine dernière, sur France 3 : [extrait sonore] « On ne fait plus la fête : la bamboche, c'est terminé ».

Unité de commandement

Terminé aussi, donc, le pouvoir aux représentants locaux. Tout se décide désormais au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris, l'adresse de l’Élysée.   

Non pas d'ailleurs que ce soit forcément un mal. Certes, ces décisions peuvent être perçues comme brutales et solitaires.  

Cela dit, certains de nos voisins rêveraient peut-être de ce centralisme.  

En Belgique, par exemple, les éditoriaux sont plein de reproches contre la pagaille, l'amoncellement des différents décisionnaires.  

Il y a le gouvernement fédéral, mais aussi les régions : source de règles embrouillées et parfois contradictoires. Ordre, contre-ordre, désordre ? 

Mon confrère Bertrand Henne (qui présente l'équivalent du billet politique à la radio télé publique belge, la RTBF), se pose cette question : « La Belgique est-elle une poule sans tête face à l'épidémie ? ». Entre Bruxelles, la Wallonie, la Flandre, le journaliste déplore « l’impossible unité de commandement belgo-belge ».

En France, le commandement est clair, et même sabre au clair... Même si Emmanuel Macron a remisé, vous l'aurez noté, la métaphore guerrière.

Ca n'empêche pas quelques intonations presque monarchiques, un peu « l’État c'est moi », sauveur de la nation : « Je serai là, nous serons là ».

Il aime d'ailleurs utiliser ce qu'on appelle des déterminants possessifs : "nos" élus, "nos" maires, "nos" associations, "nos" forces de sécurité, etc.

Le "Nous" de l'unité, un mot qu'a répété Emmanuel Macron, pour montrer que la nation forme un tout. 

Fini donc, l'esprit de différenciation selon les "territoires", (ah, les fameux territoires...), ce qui devait pourtant être la spécificité de Jean Castex, sa plus-value.

Terminé, la politique du "cousu-main", place à l'uniforme. Tous à la même enseigne.

« Nous sommes la France », a lancé Emmanuel Macron. Sans qu'on sache si ce « nous » est le « nous de majesté », ou le « nous du collectif » ; peut-être un peu des deux ?

Frédéric Says

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