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L'écrivain Philippe Besson.

Emmanuel Macron et le chant des courtisans

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Selon Le Monde, l'écrivain Philippe Besson va être nommé consul de France à Los Angeles, un poste très convoité par les diplomates. Il avait écrit un livre louangeur sur la campagne d'Emmanuel Macron.

L'écrivain Philippe Besson.
L'écrivain Philippe Besson. Crédits : JOEL SAGET - AFP

Il a fait partie des invités de la Rotonde, cette brasserie parisienne où Emmanuel Macron a convié quelques proches au soir du premier tour. Philippe Besson venait de suivre de l'intérieur la campagne du candidat En Marche. De cette proximité, l'écrivain a tiré un livre, intitulé « Un personnage de roman », aux éditions Julliard. Un portrait sensible et - disons-le - louangeur d'Emmanuel Macron. En voici un extrait : « J'ai de l'admiration pour son intelligence, de l'affection pour lui, une grande tendresse pour son épouse, une curiosité pour le couple égalitaire qu'ils forment ». Voilà pour ce pamphlet, dont l'auteur va donc s'asseoir dans le fauteuil du consul de France à Los Angeles. 

Un poste extrêmement convoité chez les diplomates. Il y a le prestige, bien sûr, et même une part de mythe, car la fonction fut occupée à la fin des années 1950 par Romain Gary. Plus récemment et dans un tout autre registre, Nicolas Sarkozy y avait nommé son protégé David Martinon, après son échec à la mairie de Neuilly. 

Vous me rétorquerez : avoir dit du bien du président ne disqualifie pas pour autant un candidat. C'est vrai ; mais cette nomination pose une question. Où s'arrête la compétence, où commence la récompense ? 

Changement de règles

D'autant que le gouvernement vient de changer les règles de nomination. Jusqu'ici le poste de consul à Los Angeles ne pouvait être attribué qu'à un fonctionnaire. Mais un discret décret du 3 août dernier permet au gouvernement d'y nommer qui il veut. Il se trouve que ce jour-là, votre serviteur était à l’Élysée pour le compte-rendu du conseil des ministres. J'avais alors interrogé le porte-parole Benjamin Griveaux sur ce changement de règles. Le motif officiel était de pouvoir nommer des hommes et femmes d'entreprise pour développer la diplomatie économique. On voit peu le rapport avec Philippe Besson. Cela dit, peut-être que le secteur du cirage et de la brosse à reluire est un marché porteur du côté de Los Angeles...

Court-circuit

Au-delà des questions de personnes, cette nomination alimente un double soupçon déjà maintes fois éprouvé depuis le début du quinquennat. D'abord un attrait pour la courtisanerie. Cette nomination fait suite, par exemple, à celle de Bruno Roger-Petit, récompensé d'un poste de porte-parole après avoir loué les mérites du macronisme à longueur d'articles. Mais cette affaire dénote aussi un appétit pour le court-circuitage des règles afin de placer des fidèles. 

Si l'on prend du recul, ce fut au fond le même mécanisme pour Alexandre Benalla, jeune homme sans grande expérience, mais qui avait le mérite d'avoir fait partie du clan de la campagne. Au mépris des usages, il avait été choisi, préféré au traditionnel Service de protection des hautes personnalités, qui dépend du ministère de l'Intérieur. 

Certes, le macronisme s'est constitué en promettant de "traquer les rentes" et les "professions réglementées". Il est vrai, également, que ce n'est pas une première : François Mitterrand avait par exemple nommé l'homme de lettres François-Régis Bastide ambassadeur au Danemark. Et nul besoin de remonter au Duc de Saint-Simon pour entrevoir cette maladie du pouvoir : confondre les partisans et les courtisans. Le seul problème, c'est qu'il s'agit là du plus ancien... de l'ancien monde.

Frédéric Says

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