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Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron à Bercy le 27 août 2014

Montebourg, l'anti-Macron

4 min
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Arnaud Montebourg multiplie les apparitions médiatiques depuis quelques semaines. Il y dénonce les ravages de la mondialisation et le fait qu'Emmanuel Macron a été l'un des artisans de la délocalisation d'une partie de l'appareil productif français.

Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron à Bercy le 27 août 2014
Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron à Bercy le 27 août 2014 Crédits : Eric Piermont - AFP

Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron ont quelques points communs.

Ils ont tous deux été ministre de l’économie, tous deux sous l’autorité du même président, François Hollande, et ils l’ont également tous deux trahis. Emmanuel Macron en se présentant à sa place à l’élection présidentielle, en 2017. Arnaud Montebourg en essayant, trois ans plus tôt, de lui faire avaler l’amer breuvage de la "cuvée du redressement". C’est d’ailleurs ce qui lui a coûté sa place à Bercy.

Mais en dehors de ces fugaces éléments de parcours, rien ne les rapproche. Au contraire, ils ont emprunté des trajectoires inverses. L’un a été banquier d’affaires avant de s’intéresser à la politique. L’autre a fait trente ans de politique avant de tout lâcher pour aller faire des affaires et devenir chef d’entreprise.

Et aujourd’hui, tout concourt à en faire des adversaires, en particulier la crise sanitaire déclenchée par l’épidémie de Covid-19.

C’est à la faveur de cette crise qu’Arnaud Montebourg a resurgi médiatiquement

Parce qu’il y voit à la fois une validation des thèses qu’il défend depuis plus de dix ans, à savoir le patriotisme économique, et une invalidation de ce qu’incarne et promeut Emmanuel Macron, c’est-à-dire l’acceptation et l’adaptation à la mondialisation.

Arnaud Montebourg donne une première interview au journal Le Figaro, fin mars. Cela fait alors deux semaines, à peine, que la France expérimente le confinement.

L’ex-ministre du Redressement productif y dénonce les conséquences de la mondialisation de l’économie et notamment la pénurie de masques, de tests, de respirateurs, résultat du fait que la France a délocalisé une grande partie de ses productions industrielles.

Et il rappelle qu’Emmanuel Macron a été l’un des artisans de ces délocalisations.

Il affirme avoir laissé, quand il a quitté Bercy, 34 plans industriels destinés à maintenir des activités dans le pays qui auraient été, sous la tutelle de son successeur (l’actuel président), "discrètement abandonnés".

Il rappelle également la vente, orchestrée à l’époque par Emmanuel Macron, de plusieurs fleurons de l’industrie française à des groupes étrangers, Alstom Energie, Technip, Alcatel, Latécoère.

Et Arnaud Montebourg a multiplié, ces dernières semaines, les apparitions médiatiques. Dans Libération, dans le Journal de La Saône et Loire, sur France Info, on a aussi parlé de lui dans les journaux Le Monde et L’Opinion.

Et partout il a raconté qu’il a toujours défendu le "made in France", les nationalisations quand c’est nécessaire, la nécessité de reconstruire un Etat fort et souverain tandis qu’Emmanuel Macron, lui, a promu et mis en œuvre des politiques qui sont à l’opposé de tout cela. 

Montebourg souligne aussi que l’actuel président tente opportunément  de se glisser dans un costume qui n’est pas le sien en annonçant que la crise que nous vivons va nous conduire à relocaliser et à changer de modèle.

Arnaud Montebourg refait de la politique

Après avoir passé deux ans à fabriquer des glaces biologiques et à produire du miel et des amandes, il se remet à faire de la politique et son créneau est "l’anti-mondialisation" et "l’anti-Macron".

On peut aussi imaginer dans sa démarche une concurrence avec Jean-Luc Mélenchon en ce sens que Montebourg pourrait aspirer à rassembler la gauche en lieu et place du leader de la France Insoumise. Mais quand il est questionné sur cette hypothèse dans le journal Libération, il affirme qu’après 30 ans de socialisme, il ne sait plus ce qu’est la gauche, qu’elle a mené des politiques de droite, qu’elle a enfanté Emmanuel Macon et qu’elle essaie de revêtir aujourd’hui une couche de peinture écologique.

Bref, il estime s’être acheté une sorte de virginité en ayant quitté la vie politique et semble vouloir revenir sur un créneau non-partisan.

On imagine aussi qu’il pourrait entrer en concurrence avec Marine Le Pen sur le créneau du souverainisme et du patriotisme économique. Et ça, ce serait peut-être une difficulté pour lui car le souverainisme est aujourd’hui puissamment représenté par le Rassemblement National.

En tous cas, à 57 ans, il apparaît comme un homme relativement neuf, n’étant pas comptable de la politique mise en œuvre par François Hollande, étant donné qu’il a quitté le gouvernement en 2014 en manifestant son désaccord de façon tonitruante. Il a malgré tout été ministre et donc peut se prévaloir d’une certaine crédibilité.

Et aujourd’hui, l’épidémie de coronavirus le propulse dans le paysage politique illustrant ce qu’il théorisait il y a 10 ans dans un ouvrage qu’il avait intitulé votez pour la démondialisation !

Dans l’interview au Figaro, fin mars, il emploie une formule qui y ressemble beaucoup : "La mondialisation est terminée !" assure-t-il, tout comme l’Union européenne sur laquelle il considère que les Etats membres n’ont jamais pu compter.

Alors évidemment, il n’a pas de troupes, il renvoie l’image d’un trublion, fort en gueule et un peu inconstant. 

Mais Arnaud Montebourg a manifestement senti que la crise sanitaire a fait naître un créneau politique porteur qu’il est en mesure d’enfourcher. Emmanuel Macron avait peut-être pressenti quelque chose d’approchant en 2015, il y a 5 ans. 

Chroniques

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