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Le président de la République dans un TGV, le jour de l'inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes, en juillet 2017.

Accélération !

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C'est l'un des mots-clés du macronisme : "accélérer". Mais jusqu'où ?

Le président de la République dans un TGV, le jour de l'inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes, en juillet 2017.
Le président de la République dans un TGV, le jour de l'inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse entre Paris et Rennes, en juillet 2017. Crédits : Fred Tanneau - AFP

C'est l'un des mots les plus usités chez les macronistes. Accélérer les réformes, accélérer le changement, accélérer les transformations. 

Pas étonnant, comme vocabulaire, pour un parti dénommé En Marche, qui affiche donc dès l'origine sa volonté de mouvement. 

Mais le souhait d'accélérer semble parfois tenir lieu de politique ; comme si le fond de l'action importait moins que le rythme auquel on l'accomplit. Comme si la bonne politique était moins une politique juste qu'une politique rapide. 

Revigoré par le résultat des élections européennes, Édouard Philippe a prévenu ses troupes : "nous avons neuf mois devant nous, là où il en faudrait quinze". Neuf mois, jusqu'aux élections municipales, sous-entendu. Or, la liste des textes à examiner est substantielle : réforme de l'assurance-chômage, des retraites, loi bio-éthique, révision constitutionnelle, texte climat-énergie, économie circulaire, budget 2020, décentralisation, fonction publique, dépendance... Voici pourquoi le chef du gouvernement veut encore aller plus vite.

Dans cette course de vitesse, il ne fait pas bon être perçu comme un frein... 

C'est pour cela qu'Emmanuel Macron compte provoquer une vague de départs dans la haute administration. Les directeurs d'administration centrales qui seraient trop tiède dans la mise en œuvre des réformes seront remplacés par des cadres plus véloces. Afin que les réformes soient... "accélérées", a dit le chef de l'Etat hier en conseil des ministres.  

C'est le fameux "spoil system" à l'américaine, qui veut que la haute hiérarchie administrative change avec l'arrivée d'un nouveau pouvoir. En creux, cette décision d'Emmanuel Macron met ainsi la responsabilité des ratés politiques sur des administrations qui ne seraient pas assez volontaires (au mieux) ou pas assez loyales (au pire). 

Parmi ceux qui, dans cette course effrénée du macronisme, sont perçus comme des ralentisseurs on trouve aussi les oppositions au parlement.

Voilà pourquoi le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand s'est lancé dans une réforme des débats parlementaires qui vise à les raccourcir, ou du moins à en limiter les longueurs. Les oppositions dénoncent un "déni de démocratie", voire le début d'une "dictature", selon les mots du député LR Patrick Hetzel. Les groupes d'opposition ont d'ailleurs refusé de siéger mardi soir, pour protester contre le "rouleau compresseur de la majorité".

L'exécutif a-t-il tort, quand il cherche à aller plus vite ?

Sur le principe non, il n'est d'ailleurs pas le premier ! Tous les présidents ont eu à se plaindre de ce décalage irritant. Décalage entre l'annonce d'une mesure, sa mise en œuvre et le ressenti du changement par le citoyen, qui sont trois moments très différents. 

Dans ces conditions, le chef de l'état peut avoir l'impression d'appuyer sur des boutons factices. De prendre des décisions sans aucun effet immédiat. François Hollande lui même se lamentait régulièrement, en privé, de cette inertie. 

Mais ce décalage est encore moins compatible avec la philosophie macroniste, qui emprunte volontiers aux références de l'entreprise, voire de la start-up. C'est à dire aux valeurs d'innovation, d'efficience et surtout de réactivité. 

Je me souviens avoir entendu Benjamin Griveaux comparer les réformes du gouvernement avec les livraisons de l'entreprise Amazon ; en prenant celle-ci pour modèle. 

De la même manière, à propos du prélèvement à la source, Emmanuel Macron avait fait part de ses craintes ; et avait demandé des simulations de l'expérience utilisateur... C'est-à-dire ce que vivrait le contribuable ; ce vocabulaire cadre parfaitement avec l'idée d'une accélération. 

Le problème, c'est que le temps démocratique ne peut être compressé à l'infini. Pas plus que le temps politique d'ailleurs. 

Le gouvernement a dû l'admettre hier : il a officiellement repoussé l'inauguration du Charles de Gaulle Express. Cette ligne de transport ultra-rapide entre Paris et l'aéroport de Roissy  devait initialement être achevée avant les Jeux Olympiques de Paris en 2024. Devant l'évidence, la ministre des Transports a accepté de la différer à fin 2025. C'est un paradoxe au moment où l'exécutif parle d’"accélérer". 

Se produira-t-il la même chose pour le chantier de Notre-Dame de Paris, dont le président voulait qu'il soit achevé d'ici 5 ans ? C'est fort possible, disent déjà une nuée d'experts. 

Voilà donc la politique confrontée à un dilemme : faut-il accélérer, réduire les délais, quitte ensuite à se dédire et à décevoir ? 

Ou bien garder un rythme réaliste dès le début, au risque d'être accusé de mener un train de sénateur ? Ce qui, dans la République "En Marche", n'est pas précisément un compliment....

Frédéric Says

Chroniques

8H19
48 min

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