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Un chef de l'Etat doit-il souhaiter les fêtes religieuses aux fidèles ?

Au fait, le président a-t-il souhaité "joyeuses Pâques" ?

5 min
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Chaque année à cette période, c’est un rituel : on voit fleurir la question sur les réseaux sociaux, peu importe le chef de l’État en place. En creux, l'idée que certaines religions seraient privilégiées par rapport à d'autres.

Un chef de l'Etat doit-il souhaiter les fêtes religieuses aux fidèles ?
Un chef de l'Etat doit-il souhaiter les fêtes religieuses aux fidèles ? Crédits : Caisii Mao - AFP

« A-t-il souhaité de joyeuses pâques ? » La question est souvent posée par des comptes proches de la droite catholique ou de l’extrême droite. Des comparaisons sont même dressées avec d’autres fêtes religieuses. On trouve ainsi ce tweet, partagé près de 600 fois, de l’élu FN Olivier Monteil :

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Le site pro-Russe Sputnik en fait lui aussi un article : « Pourquoi Macron n’a-t-il pas adressé de message de joyeuses pâques ? ». Article partagé plusieurs centaines de fois. Mais cette question ne titille pas seulement les opposants notoires au chef de l’État ou les extrémistes. Le quotidien La Croix s’interrogeait, il y a quelques années, sur une éventuelle différence de traitement entre toutes les religions.

La première polémique du genre remonte à 2012. François Hollande avait publié un communiqué en août pour souhaiter une bonne fin de ramadan aux musulmans, mais pas de message pour Noël. L'oubli fut réparé en 2013 : 

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Derrière cette compétition, on distingue plusieurs sous-entendus pernicieux…

Oui, nombreux sont les non-dits qui sous-tendent ces polémiques. 

1/ La communauté musulmane serait choyée par les pouvoirs publics. Ce cas d’espèce fut aussi illustré par la rumeur, qui prêtait le surnom d’"Ali Juppé" au maire de Bordeaux, et de "Bilal Hamon" à Benoît Hamon.

2/ La religion catholique n’aurait plus droit de cité. Exemple : l’indignation autour du remplacement du terme "vacances de Pâques" par l’appellation « vacances de printemps ». Ce serait le signe d'une forme de "cathophobie linguistique", lisait-on. Or, vérification faite par nos confrères du Monde, ce changement s’est opéré en... 1974.  

3ème sous-entendu, plus large : il y aurait derrière tout ça une rupture avec l’héritage historique. Et cela rejoint le procès fait à Emmanuel Macron sur son hypothétique manque de fidélité à la "culture française" (reproche régulièrement formulé par Laurent Wauquiez). 

Cette interrogation sur les fêtes religieuses souhaitées par les politiques serait donc portée pour des raisons politiciennes ? 

Non, pas uniquement. Cette interrogation recouvre à la fois du fantasme absolu et de la critique raisonnée ;  à la fois l’identité menacée qui sue à grosses gouttes, mais aussi le questionnement du clientélisme communautaire. Lequel est par exemple très bien raconté - au niveau local - à Trappes, dans le livre d’Ariane Chemin et Raphaël Bacqué, qui s’intitule "La communauté".  

Ailleurs dans le monde, le problème est souvent moins aigu. Soit parce qu’il existe une religion d’État (au moins c’est simple) ; soit parce que le rapport politique aux communautés est plus décomplexé. Voici par exemple le message du premier ministre canadien Justin Trudeau, le 6 juillet 2016, à l'occasion de la fête musulmane de l'Aïd el Adha  : 

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L'an passé, même Donald Trump a souhaité aux "musulmans dans le monde entier" un joyeux ramadan

Et en France, pays de la laïcité, que faire ? « La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » mentionne la loi. Dès lors, doit-elle reconnaître ses fêtes, dans les discours publics ? Et si oui, faut-il souhaiter toutes les fêtes religieuses pour ne pas faire de jaloux ? Mais pour quelles religions ? Pourquoi souhaiter celles des chrétiens, des musulmans, des Juifs, et pas celles des bouddhistes ? Et si celles des bouddhistes, pourquoi pas celles des hindouistes ? Et ainsi de suite. L'intention est bonne, les limites sont floues...

Et si le plus simple, c'était que les responsables politiques ne célèbrent aucune fête religieuse ? Après tout, les athées, les incroyants, les agnostiques ne sont jamais célébrés par messages officiels.

Quant à ceux qui croient, ils n’ont pas besoin d’un tweet du chef de l’État pour profiter d'une journée de fête et de spiritualité. Ils préfèreront sans nul doute les signes divins aux 280 signes du président sur Twitter.  

Frédéric Says

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