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Le Premier ministre a annoncé le recours à l'article 49 alinéa 3 pour faire adopter la réforme des retraites.

Une démocratie prévisible

3 min
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L'utilisation du 49.3 par l'exécutif, les motions de censure déposées par l'opposition... Tout semble déjà réglé comme du papier à musique.

Le Premier ministre a annoncé le recours à l'article 49 alinéa 3 pour faire adopter la réforme des retraites.
Le Premier ministre a annoncé le recours à l'article 49 alinéa 3 pour faire adopter la réforme des retraites. Crédits : Gérard Julien - AFP

Qui peut se prétendre authentiquement surpris par ce qui arrive ? Choqué, déçu :  pourquoi pas. Ou bien satisfait, conforté : d'accord. Mais surpris ? 

La conduite de cette réforme des retraites ressemble à un mauvais roman à suspense, dont l'épilogue semble cousu du fil blanc depuis la première page. 

De fil blanc ou plutôt de ficelle parlementaire, tant il était écrit que l'opposition multiplierait les amendements et que le gouvernement utiliserait l'article 49.3 pour mettre en terme au débat. 

L'exécutif avait d'ailleurs préparé les esprits, ces derniers jours, à coup de petites phrases signées de « l'entourage », ou de « proche du Premier ministre » dans les pages politiques des gazettes. 

Et maintenant ? 

Pour la suite, tout semble là aussi "réglé comme du papier à musique", selon l'expression consacrée. Comment ne pas avoir l'impression que la partition de la semaine qui s'ouvre est déjà composée, qu'il suffit d'actionner la boîte à musique et de tourner la manivelle ? 

Même l'opposition en convient. Le député de la France Insoumise François Ruffin, un brin désespéré, anticipe de manière assez convaincante les jours qui viennent. Extrait d'un texte publié hier sur son site : 

« Nous ferons, à coup sûr, de belles diatribes à la tribune, nous dénoncerons le « passage en force », le « LBD parlementaire », et d’autres formules mieux léchées encore, ironiques et véhémentes. Le Premier ministre donnera la réplique, et la majorité applaudira en cadence, puis se lèvera pour une standing ovation, avant de voter le rejet [des motions de censure]. »

François Ruffin en appelle lui à la dissolution de l'Assemblée nationale. 

Tout est donc déjà écrit... 

Et c'est cette prévisibilité qui est dangereuse pour la démocratie, car tout semble inamovible et froid. 

Au fond, dans ce scénario écrit d'avance, dans cet océan de certitudes, Edouard Philippe a tout juste ajouté une goutte de surprise, en décidant d'annoncer le 49.3 ce samedi. Le jour où les rangs de l'opposition étaient dégarnis dans l'hémicycle - ces derniers pensaient le Premier ministre occupé à faire campagne municipale au Havre. 

Mais pour le reste, tout cela donne l'impression d'une pièce de théâtre, où les rôles sont joués sans imagination, par l'opposition comme par la majorité, pièce de théâtre au texte sans créativité ni éclat. Les uns et les autres ont glosé sur la "démocratie sociale", sur la "démocratie parlementaire"... Voici surtout la "démocratie mécanique" ; où la machinerie semble avoir écrasé l'humain. 

Certes, la Vème République fut justement bâtie pour réduire l'aspect imprévisible de la IVème... Cette IVème République qu'une tractation de couloirs entre deux partis minoritaires pouvait suffire à déstabiliser ; cette époque où les gouvernements duraient parfois à peine le temps d'une saison. 

Mais ne sommes-nous pas allés trop loin dans l'excès inverse ? 

Ce caractère mécanique et prévisible éloigne toujours plus les citoyens d'un système dont plus une tête ne semble devoir dépasser. 

Sans doute est-ce d'ailleurs ce qui a contribué à la popularité des gilets jaunes. 

Ils furent ce grain de sable inattendu qui bloquait la machine, qui coinçait l'engrenage de la surtaxe des carburants - et plus globalement de ces décisions myopes et appliquées à l'aveugle, que par confort de langage on appelle "technocratiques." 

Alors il faut bien sûr préserver le parlement de la tyrannie du moment, ou du diktat de l'émotion. Mais on se prend à rêver d'une démocratie dont le cœur batte au même rythme que celui de la société.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
26 min

L'Invité(e) des Matins (2ème partie)

Réforme des retraites : 49.3, et après ?
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