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La polémique sur la fermeture des librairies le montre : l'heure n'est plus à la docilité, comme lors du premier confinement.

Confinement, le retour : la deuxième saison fait moins peur

3 min
À retrouver dans l'émission

Les gouvernements se heurtent à une moins grande acceptation des mesures sanitaires.

La polémique sur la fermeture des librairies le montre : l'heure n'est plus à la docilité, comme lors du premier confinement.
La polémique sur la fermeture des librairies le montre : l'heure n'est plus à la docilité, comme lors du premier confinement. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Hier soir à 20 heures, vous n'avez pas entendu d'applaudissements pour les soignants. Cette coutume n'est, semble-t-il, déjà plus au goût du jour. Il n'y a plus de monde au balcon.

A 20 heures, tout juste pouviez-vous entendre Jean Castex, si vous étiez devant la télé. Le Premier ministre, invité de TF1, a tenté de démêler les règles du nouveau confinement pour les commerces. "Qui peut vendre quoi", après un week-end de récrimination des uns et des autres.  

Que nous montre ce double constat : silence sur les balcons, pagaille dans les rayons ?  

Contrairement au confinement "saison 1", qui avait saisi tout le monde d'effroi... Désormais, chacun semble avoir retrouvé ses petits réflexes.  

Visiblement, l'heure n'est plus à l'unité nationale, qui était symbolisée par ces applaudissements en commun.  

Manifestement, l'heure n'est plus au respect absolu des règles. 

Par rapport au printemps, l'agacement a remplacé la peur ; la négociation s'est substituée à l'obéissance ; la contestation a pris le pas sur le civisme. En tout cas, de manière plus visible.  

Le deuxième confinement ne ressemble pas au premier...

L'enchaînement des deux rappelle cette remarque de Marx (dans Le 18 brumaire) :

"Tous les grands faits (...) de l’histoire universelle adviennent pour ainsi dire deux fois. (...) la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce". 

Nous y sommes.  

Farce, quand certains maires contredisent le gouvernement. Et autorisent, par arrêté municipal, les commerces de leur villes à ouvrir. Des arrêtés illégaux, écrits avec l'encre de l'empathie mais aussi de la démagogie.  

Farce, quand les grandes enseignes commercialisent des produits que les petites échoppes ne peuvent plus vendre.

Farce, quand les mêmes supermarchés refusent de retirer ces produits dits « non-essentiels » de leur rayons.  

Et nous voici à ergoter sur ce qu'est ou pas un "produit essentiel". Qu'est-ce l'essence de la consommation ? Mélange de philosophie, de bureaucratie et de business.  

Bref, les dialogues de ce qui se joue sous nos yeux semblent écrits pour une comédie, mais ils racontent en fait une tragédie pour les gouvernements : le consentement au confinement se fissure.  

Olivier Véran dans le JDD le dit avec d'autres termes. Le ministre de la Santé relève qu'il n'est pas possible en France d'appliquer des mesures aussi sévères qu'en Corée du Sud ou qu'en Nouvelle-Zélande...  

Car, je le cite : "l'acceptabilité sociale" n'est pas la même. Traduit en langage courant, ça donne : "les Français sont bien plus turbulents".  

Mais la France n'est pas la plus rétive...  

En Espagne, en Italie, des manifestations nocturnes ont rassemblé des milliers de personnes et suscité des débuts d'émeutes.  

Comment s'en étonner ? Si le confinement est exceptionnel, il est supportable. S'il devient semestriel, l'acceptabilité n'est pas garantie, comme dirait Olivier Véran.  

Les dirigeants de tous les pays sont donc placés face à une équation insoluble.  

Pour la population, plus le confinement dure, plus il est dur.  Plus le confinement se répète, moins il se respecte.  

D'autant que cette solution extrême - "chacun chez soi" -, n'a pas anéanti l'épidémie, mais l'a retardé un peu.  

Entre temps, la peur s'est diluée, l'imaginaire collectif s'est habitué à la litanie des chiffres morbides et au choc des images mortuaires. Comme sur les paquets de cigarette, les photos de poumons encrassés auxquelles s'était accoutumé la rétine des fumeurs.  

Les errements, les erreurs des gouvernements ont aussi fourni du carburant à la mutinerie.  

Voilà qui cause des états d'âme, au sein de populations inquiètes de voir les libertés diminuer plus vite que la courbe de mortalité.  

Frédéric Says

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