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Après un début de mandat sur les chapeaux de roues, l'exécutif veut maintenant ralentir l'allure.

Réformes : le gouvernement limite sa vitesse

3 min
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Inquiet d'une résurgence des "gilets jaunes" et d'une défaite aux municipales, l'Exécutif veut prendre son temps.

Après un début de mandat sur les chapeaux de roues, l'exécutif veut maintenant ralentir l'allure.
Après un début de mandat sur les chapeaux de roues, l'exécutif veut maintenant ralentir l'allure. Crédits : Fadel Senna - AFP

A l'heure qu'il est, vous êtes peut-être en voiture, ou vous vous apprêtez à la prendre. Sur sa route, Emmanuel Macron a deux dos-d'ânes devant lui. Deux obstacles qui l'incitent à la prudence : 

- Le 17 novembre : jour anniversaire de la révolte des "gilets jaunes". Nul doute qu'une partie des manifestants de l'an dernier, bercé entre la nostalgie et la colère, est prête à re-investir les ronds-points. 

- Les élections municipales, en mars prochain. Un scrutin toujours difficile pour le pouvoir en place (en 2014, François Hollande avait subi la "vague bleue"). 

Voilà pourquoi Emmanuel Macron lève le pied. Pour la réforme des retraites, dit-il, rien n'est encore décidé. Et la question de l'âge-pivot n'est pas tranchée (c'est une ouverture vers la CFDT). Mieux, le gouvernement a promis en fin de semaine dernière une concertation de près d'un an. 

Quel contraste avec les réformes-formule 1 du début de quinquennat ! 

Souvenez-vous de la refonte du code du travail : un conseil des ministres, des ordonnances, vote express du Parlement, signature finale et voici la loi gravée dans le marbre... Sans qu'aucun des opposants n'ait eu le temps de riposter. 

Cette fois, l'exécutif sait qu'il ne peut donner l'impression de forcer le barrage. 

La crise des gilets jaunes a commencé avec la baisse de la vitesse décidée par le gouvernement... dorénavant, c'est lui qui se voit contraint de réduire son allure. 

Certes, le climat social est un peu plus calme, mais il reste éruptif. Ce week-end, par exemple, le stand de la République en marche à la braderie de Lille a été dégradé. 

Même avec prudence et dans la concertation, le gouvernement n'aura pas la partie facile....

La réforme des retraites est sans doute la plus difficile à mener. Car elle est la plus universelle. Elle concerne tout le monde, chacun dresse l'oreille dès qu'il en est question. Les retraités comme les actifs ; les uns pour se comparer, les autres pour se préparer : encore combien de trimestres à travailler ? 

Se pencher sur le dossier des retraites, c'est aussi évoquer la pénibilité, la santé, les budgets, la spécificité des métiers, des régimes, le chômage des seniors, l'égalité entre les femmes et les hommes, les pensions de réversion. 

Bref, une réforme-monstre, qui d'ailleurs souvent dévoré ses géniteurs. On pense bien sûr à Alain Juppé, embourbé à l'hiver 95. Une France bloquée, et d'anciens alliés politiques qui vous lâchent, comme Charles Pasqua ("Ce n'est pas en restant chacun dans son coin qu'on en sortira. Il faut se mettre autour d'une table").

Charles Pasqua qui a, certes, toujours eu des relations difficiles avec Alain Juppé. Mais ce dernier n'est pas le seul à avoir dû capituler. 

En 1953 déjà, le gouvernement est obligé d'abandonner face à la grève. L'épisode est raconté quelques années plus tard sur l'ORTF, par le journaliste Roger Priouret. [extrait sonore]

En réalité, depuis cette époque, les contraintes pour les gouvernants n'ont pas changé. 

Pour toute réforme des retraites, il existe trois impératifs, qui semblent former ensemble le triangle des Bermudes. Il faut que la réforme soit perçue comme juste, simple et efficace. Oubliez l'un de ces trois objectifs, et c'est le naufrage assuré. 

Alors le doigté de Jean-Paul Delevoye ne sera pas de trop. Le haut-commissaire aux retraites est appelé à devenir ministre pour mener la réforme. 

Prudence, tempérance, décence dans les mots et dans les actes. Cela pour éviter les manifestations fleuves. Car si la foule bat le pavé, le gouvernement lui devra battre en retraite.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
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