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Une manifestation de "gilets jaunes", le 1er décembre 2018 à Bordeaux.

Cap ou pas cap ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Coincé entre sa "fermeté" affichée et la pression grandissante des gilets jaunes, que peut faire l'exécutif ?

Une manifestation de "gilets jaunes", le 1er décembre 2018 à Bordeaux.
Une manifestation de "gilets jaunes", le 1er décembre 2018 à Bordeaux. Crédits : Nicolas Tucat - AFP

La question n'est plus de savoir si Emmanuel Macron tiendra le cap, mais s'il sera en situation de le faire. Chaque jour semble éloigner un peu plus une solution politique apaisée et acceptée. La manifestation de ce week-end dit beaucoup du climat qui s'est installé, révélé en seulement trois semaines, au cours de ce qu'on pourrait appeler les "samedis jaunes" de la colère. Situation inédite à laquelle des solutions classiques ne répondront pas. Exemple de solution classique face à une crise politique : Alain Juppé évacué du gouvernement en 1997. Le Premier ministre de Jacques Chirac avait cristallisé le mécontentement lors des grandes grèves de 1995. Mais cette fois-ci, ce n'est pas Edouard Philippe qui est visé, c'est bien Emmanuel Macron dont le nom est scandé, tagué, conspué. La méthode du fusible ne calmerait pas grand-monde. 

Des réformes à l'arrêt ? 

Autre conséquence : un certain nombre de réformes à venir sont déjà à mettre à la poubelle - ou à réécrire entièrement. Celle de l'assurance-chômage, par exemple. Le moindre alinéa qui diminuerait les droits du chômeurs provoquerait une nouvelle flambée de contestation. Ce texte, la majorité ne pourra l'écrire qu'avec la main qui tremble et l'encre du compromis. Même chose pour la réforme des retraites. Et celle des institutions. Qui peut imaginer le retour tel quel de ce texte, examiné en juillet puis interrompu par l'affaire Benalla ? Il prévoyait, entre autres, le renforcement du pouvoir de l'exécutif. Au moment où Emmanuel Macron semble isolé avec ses fidèles, le retour de cette réforme aurait des allures de provocation. Le texte est dores et déjà déchiré. Tout au plus, le gouvernement peut-il tenter d'en sauver quelques morceaux qui correspondent à la fronde anti-élites : la réduction du nombre de parlementaires, par exemple. Mais il faudrait ensuite convaincre une partie de l'opposition de voter le texte, cela semble peu probable. Reste la ratification par référendum populaire. En pareille situation de désamour, cela revient à demander à la dinde de ratifier le repas de Noël. 

La position difficile des oppositions politiques 

Mais ce week-end, il s'est passé bien davantage. Entendez-vous les oppositions parlementaires ? Elles crient beaucoup, mais personne ne semble les écouter. En tout cas, pas les gilets jaunes. Il fallait voir hier soir, sur France 2, les représentants de l'opposition (Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan) se solidariser avec le mouvement. Sauf que... voici la réponse, sèche, de la représentante des gilets jaunes présente sur le plateau [extrait sonore] : 

"Notre mouvement à nous, il est apolitique. On ne veut plus voir ce genre de débat de sourds, parce que ça n'amène à rien !"

Où l'on voit que les dégagistes peuvent être dégagés à leur tour. 

Mais ce qui est advenu ce samedi est plus grave que les bisbilles classiques. « En tant que député, ma personne est sacrée », disait Jean-Luc Mélenchon il y a quelques semaines. Eh bien c'est justement une forme de sacralité de la république (ou disons des institutions), qui a volé en éclat. Faisons-en une recension à froid :  la préfecture de Haute-Loire, au Puy-en-Velay, incendiée. Le préfet du Tarn blessé par un jet de bouteille. L'arc de triomphe tagué, son musée saccagé, et des pavés qui volent au dessus de la tombe du soldat inconnu. A Narbonne, c'est un peloton de gendarmerie qui est attaqué ; quelques jours après l'envahissement du domicile d'une député En Marche dans l'Aude. 

Ces incidents sont assez minoritaires pour ne pas en accabler tout le mouvement, mais ils sont assez réguliers, assez disséminés et assez révélateurs pour ne pas être simplement rangés au rayon des anecdotes. 

Au delà des divisions au sein des gilets jaunes, l'on voit désormais que la simple question des taxes sur le carburant n'est plus unique, n'est plus centrale. Il convient, pour sortir de la crise, de prendre la mesure de celle-ci...

Frédéric Says

Chroniques
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