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Un second avion de rapatriement d'Européens en provenance de Wuhan a atterri hier à Istres, près de Marseille.

Affolement politico-médiatique face au coronavirus : l'Histoire se répète-t-elle ?

4 min
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Les précédents devraient nous mettre en garde contre toute panique générale.

Un second avion de rapatriement d'Européens en provenance de Wuhan a atterri hier à Istres, près de Marseille.
Un second avion de rapatriement d'Européens en provenance de Wuhan a atterri hier à Istres, près de Marseille. Crédits : Clément Mahoudeau - AFP

Pas moins d'une demi-douzaine de ministres convoqués à Matignon hier. Début de la réunion sous l’œil des caméras. La ministre de la Santé côtoie celle des Armées. Le ministre de l'Intérieur voisine avec celui des Affaires étrangères, assis non loin de son collègue chargé des Transports. 

Bref, il s'agit de montrer que le gouvernement est actif, même un dimanche, contre le coronavirus. De rassurer par l'image, au moment où un deuxième avion de rapatriés en provenance de Chine a atterri hier après-midi près de Marseille.

Bien sûr, en pareil cas, il est du devoir du gouvernement de montrer qu'il est mobilisé. Mais comment ne pas percevoir ces derniers jours, un certain emballement politico-médiatique ?

Certes, à première vue, les chiffres sont impressionnants : 17 000 cas de personnes contaminées à ce jour par le coronavirus. Déjà plus de 300 décès recensés.

Certes... mais chaque année, la gastro-entérite tue 220 000 personnes dans le monde.

A l'échelle de la France, le décalage entre la panique et les faits est encore plus saisissant. Jusqu'ici, six cas ont été identifiés, dont aucun mortel. Pendant ce temps, la grippe saisonnière, silencieusement, a déjà tué plusieurs dizaines de personnes cet hiver. 

Jurisprudence

Un petit tour par les archives devrait nous amener à relativiser, à tempérer la crainte générale.

Souvenez-vous par exemple du SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère), en 2003. Un virus là aussi venu du continent asiatique. Pendant plusieurs semaines, les journaux télévisés ont multiplié les micro-trottoirs affolés dans les rues parisiennes, les politiques ont enchaîné les déclarations alarmistes. Bilan final : 774 morts, soit 0,00001% de la population mondiale. Autrement dit : rien, en proportion de la panique globale. 

Et que dire de l'épisode du virus H1N1 ? La psychose ambiante avait conduit la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, a annoncer la commande de dizaines de millions de dose de vaccins. C'était en 2009 [extrait sonore]. Des stocks de vaccin, dont une bonne partie est restée, aux dernières nouvelles, entassée dans des cartons.

Cette jurisprudence devrait nous inciter à la prudence.

Bien sûr, il n'est pas question d'affirmer que l'inquiétude est sans fondement - de même que les conséquences économiques et diplomatiques de l'épidémie sont intéressantes à discerner. Mais rien qui justifie une panique générale, et encore moins le climat de suspicion - voire de haine - à l'égard des ressortissants asiatiques ou leurs enfants.

Pourquoi ce catastrophisme ambiant ? 

Premier facteur, le plus évident : le principe de précaution politique. Un membre du gouvernement prend moins de risques, politiquement, s'il surréagit que s'il sous-réagit. 

Chacun garde en mémoire l'image d'un ministre de la santé en polo dans son jardin pendant que la canicule de 2003 emportait des milliers de personnes âgées. 

Deuxième facteur : la presse, qui n'est pas exempte de responsabilités. La peur fait vendre, la crainte arrime le téléspectateur et dope l'audimat. 

Il est vrai que les images qui viennent de Chine sont fortes : des masques sur les visages, des quartiers confinés et des drones du gouvernement qui morigènent les passants trop insouciants. 

Mais il y a des causes plus profondes et plus enfouies. 

D'abord, la hantise de ce monde ouvert, où les épidémies semblent circuler aussi facilement que les marchandises. 

Ensuite, la préférence humaine pour la mauvaise nouvelle. Dans ces phases d'inquiétude, il y a une prédilection pour le scénario du pire. Cela a été documenté : le cerveau humain, quand il est soumis à l'incertitude, privilégie l'hypothèse la plus angoissante. 

C'est un peu le "syndrome du joueur de loto" version pessimiste : vous êtes sûr que l'épidémie vous tomber dessus, même si c'est statistiquement improbable. C'est la version extrême du vieux proverbe « prudence est mère de sûreté ». 

Paradoxe : l'époque est au scepticisme envers les vaccins et la science... mais face au coronavirus, on exige qu'un vaccin soit mis au point dans les 24 heures !

Ce n'est peut-être pas si paradoxal, d'ailleurs : la peur et l'ignorance se donnent la main, se contaminent l'une l'autre. 

Voici sans doute la contagion qui doit le plus nous préoccuper. Et contre laquelle il n'existe, hélas, pas de vaccin.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
42 min

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Coronavirus : une pandémie du XXIe siècle ?
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