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Laurent Wauquiez a annoncé son "retrait" de la présidence du parti Les Républicains, dimanche soir sur TF1.

Au revoir, président !

3 min
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La démission de Laurent Wauquiez s'explique (aussi) par l'OPA des macronistes sur la droite modérée, dans l'optique des municipales de l'an prochain.

Laurent Wauquiez a annoncé son "retrait" de la présidence du parti Les Républicains, dimanche soir sur TF1.
Laurent Wauquiez a annoncé son "retrait" de la présidence du parti Les Républicains, dimanche soir sur TF1. Crédits : Jean-Pierre Clatot - AFP

Si "l'Europe, c'est la paix", comme on l'entend souvent, alors l'après-européennes, c'est la guerre. 

La démission-surprise de Laurent Wauquiez hier soir l'illustre parfaitement. Elle démontre un conflit sans pitié, après les résultats du scrutin européen la semaine dernière et avant les municipales, dans neuf mois. 

Il faut lire le Journal du dimanche d'hier pour le constater : la droite et le centre sont désormais le théâtre d'un grand champ de bataille. Le vocabulaire employé est à l'avenant. 

Dans un article, les macronistes sont comparés à l'armée romaine qui écrase Carthage - Carthage étant bien sûr le parti Les Républicains. 

Plus loin dans le journal, un membre de l'Elysée, cité anonymement, compare LR et le PS aux "deux tours jumelles". Et affirme qu'elles sont désormais complètement "effondrées". La métaphore du 11 septembre, il fallait l'oser... 

Vocabulaire guerrier toujours : écoutez le mot employé par Gilles Boyer, un très proche du Premier ministre Édouard Philippe.

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"Ennemis". Ce ne sont pas des "adversaires", pas des "compétiteurs", ce sont des "ennemis" ! Peu après cet interview sur Europe 1, Gilles Boyer a retiré le mot "ennemis", mais il montrait assez bien une certaine disposition d'esprit. 

Que la politique soit violente, rien de nouveau, me direz-vous. Mais la République en Marche a éclos sur une double promesse : celle de bienveillance et celle de renouvellement des pratiques. Une double promesse qui semble ici doublement oubliée. 

De quoi s'agit-il au fond ? De la recomposition politique. La République En Marche espère bien attirer dans ses filets, pour les municipales, des maires de la droite modérée. 

Les élections européennes ont donné de la force à ce scénario, puisque les sympathisants de droite ont souvent préféré LREM à LR. Y compris à Versailles (la ville de François-Xavier Bellamy), pourtant en général acquise à la droite traditionnelle. 

Dès lors, En Marche laisse planer la menace. Les candidats de droite qui restent encartés chez Les Républicains auront un candidat macroniste face à eux. Ceux qui déchirent leur carte LR pourront compter sur l'indulgence de LREM. 

La République en Marche fonctionne donc non pas comme une force mais comme une marque ; non pas comme un produit, mais comme un label. 

Les alliés bénéficieront de ce label. Les adversaires, ou les ennemis, en seront privés. Avec le risque de perdre l'élection municipale. 

Un système de récompense et de disgrâce dont certains font déjà les frais. Le maire de Reims, le républicain Arnaud Robinet, pourtant réputé Macron-compatible, aura un candidat En Marche face à lui. Son seul tort ? Avoir soutenu publiquement la liste de droite aux européennes. 

C'est la logique du « Vous êtes avec nous ou contre nous »... 

Oui, et dans les jours à venir, vont s'égrainer des annonces de défection dans le camp des Républicains. Les maires de Quimper, de Saint-Cloud, de Chaville en région parisienne ont déjà franchi le pas. 

C'est aussi ce supplice chinois que veut éviter Laurent Wauquiez en démissionnant. 

Est-ce à cause de cette bataille pour les électeurs de droite, que certaines promesses de campagne d'Emmanuel Macron tardent à se concrétiser ? 

La PMA pour toutes par exemple. La procréation médicalement assistée ouverte aux couples lesbiens et aux femmes seules. 

C'est un thème qui ébouriffe une bonne partie de cet électorat. Le gouvernement est tenté d'en repousser l'échéance pour ne pas redonner des forces au parti des Républicains. 

On se croirait revenu au temps de l'UDF et du RPR ; quand les deux droites menaient un conflit larvé. La droite pro-européenne, libérale économiquement et ouverte sur les questions de mœurs... contre une droite volontiers plus régalienne, conservatrice avec un soupçon de souverainisme. 

Bien sûr, les macronistes ne le présentent pas comme cela. Officiellement, le mouvement reste « et de droite et de gauche ». Le ministre Sébastien Lecornu résume l'idée d'une formule : « nous rassemblons ceux qui pensent à la France avant de penser à leur parti ». 

Traduisons ensemble cette formule : ce que vise Emmanuel Macron, c'est en fait une hégémonie sur le "camp de la raison" (ou présenté comme tel) face au Rassemblement national. 

Et tous ceux qui résisteront à cette hégémonie seront voués aux gémonies.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
17 min

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