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Le professeur d'immunologie Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, lors d'une conférence de presse, le 3 décembre 2020.

Le rôle ambivalent des conseillers scientifiques du gouvernement

4 min
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"Conseil scientifique", "Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale"... Face à la pandémie, le gouvernement s'est entouré de groupes de scientifiques. Avec une répartition des rôles parfois brumeuse.

Le professeur d'immunologie Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, lors d'une conférence de presse, le 3 décembre 2020.
Le professeur d'immunologie Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, lors d'une conférence de presse, le 3 décembre 2020. Crédits : Benoît Tessier - AFP

Leurs noms, leur visage ont fait irruption dans nos vies. Ces experts, qui aiguillonnent le pouvoir politique à l'occasion de cette crise, nous sont désormais presque familiers.  

Pourtant, il y a dix-huit mois, qui, au sein du grand public connaissait Jean-François Delfraissy, aujourd'hui président du Conseil scientifique ? Qui, au sein du grand public, connaissait Alain Fischer, notre invité ce matin, le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale ?

Dorénavant, ils sont plus célèbres que certains secrétaires d’État, et en tout cas, leur parole est assurément davantage observée, scrutée, décortiquée.

Ce sont en quelques sorte des oracles, version moderne, avec la compétence en plus.

D'où la difficulté de l'exercice, pour ces scientifiques conseillers des pouvoirs publics.

A l'instant où ils s'expriment, ils se trouvent pris dans la machinerie politique.

Une machinerie où le moindre mot de trop provoque des polémiques. Vous l'avez vécu, Alain Fischer, il y a quelques mois.

Au cours d'une interview, vous aviez expliqué « ne pas être un spécialiste de la logistique ».

Ce constat, somme toute factuel, a tout de suite suscité des railleries et des questionnements.

Voici quelques uns des titres de presse les jours suivants : « Le mépris français pour la logistique », « Où est passé monsieur Vaccin ? » ou « encore à quoi sert Alain Fischer » ? Voilà qui donne le ton.  

Cela montre bien notre ambivalence collective vis-à-vis des scientifiques dans cette crise sanitaire...

Oui, on les voudrait à la fois pourvus du doute méthodique de la science... et en même temps perclus de certitudes rassurantes.

Omniscients, infaillibles, des démiurges antiviraux, on aimerait des réincarnations d'Esculape, le dieu de la médecine...

Au lieu de cela, nous n'avons que des informations précaires et changeantes.

C'est la redoutable contradiction, dans cette crise, entre le chercheur qui tâtonne et le politique qui décrète. Entre l'épidémiologiste qui tente d'éclairer l'itinéraire du virus, et le dirigeant qui doit trancher, lui, sur la direction à venir.

Les deux rôles s'entremêlent parfois. Le conseil scientifique et l'exécutif ont paru se renvoyer la responsabilité du maintien des élections régionales. Conflit en direct entre la légitimité démocratique et la légitimité de la connaissance.

"Alarmistes" contre "rassuristes"

Tous ces ingrédients mijotent dans le bouillon de l'info en continu. 24h sur 24. Nous n'avons jamais autant vu de blouses blanches sur les plateaux.

Des experts aux discours hétérogènes, bien vite rangés entre deux cases : les « rassuristes » et les « alarmistes ». Une binarité qui convient à l'air du temps.  

Et puis, dans cette épidémie qui a fatigué tout le monde (y compris votre serviteur ces dernières semaines), le débat public est souvent extrêmement crispé.  

Pour y remédier, il faut de la « transparence » et de la « confiance », selon les mots régulièrement employés par notre invité Alain Fischer...

Confiance et transparence nécessaires... au moment où le scepticisme anti-élite en vient à toucher aussi l'élite scientifique.  

Est-ce pour cela que le gouvernement a tiré au sort 35 citoyens, un panel qui doit se prononcer sur la stratégie vaccinale ?

Est-ce pour ne pas donner l'impression que la discussion se fait uniquement entre technocrates et scientifiques ; bref, entre surdiplômés ?

La science au pouvoir ?

On parle des scientifiques et des politiques comme de deux catégories distinctes, car peu de personnalités ont pratiqué dans les deux mondes.

Claudie Haigneré, Cédric Villani, ces dernières années. Irène Jolliot-Curie, chimiste, prix Nobel, dans le gouvernement du Front populaire.

Mais au sein du personnel politique, la part belle revient aux avocats, aux fonctionnaires, et désormais aux cadres du privés.

Néanmoins, à l'occasion de cette crise sanitaire, la visibilité de la science dans la décision publique marque peut-être un précédent. Un tournant.

Et si l'on continuait ? Après tout, d'autres grands périls, comme le changement climatique, appellent une expertise scientifique renforcée. Expertise dans les domaines de l'énergie, de la biodiversité, de l'atmosphère...

Face à ces grands défis... et si on pérennisait le conseil scientifique ?

Frédéric Says

Chroniques

8H19
44 min

L'Invité(e) des Matins

Calendrier, territorialisation, vaccination : la nouvelle stratégie sanitaire. Avec Alain Fischer
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