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Le 29 décembre sur France, Olivier Véran avait "assumé" et "revendiqué" le démarrage lent de cette campagne de vaccination.

Vaccins : le gouvernement sur la défensive

5 min
À retrouver dans l'émission

Emmanuel Macron fait part de sa "colère" quant à la lenteur de la campagne de vaccination.

Le 29 décembre sur France, Olivier Véran avait "assumé" et "revendiqué" le démarrage lent de cette campagne de vaccination.
Le 29 décembre sur France, Olivier Véran avait "assumé" et "revendiqué" le démarrage lent de cette campagne de vaccination. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Elle s'étale à la une du Journal du dimanche : la colère d'Emmanuel Macron contre la lenteur des vaccinations.  

En pages intérieures, le chef de l’État nous fait savoir, par son entourage, sa frustration devant les chiffres : « nous sommes sur un rythme de promenade de famille » s'agace-t-il, en allusion aux quelques centaines de vaccinés en France, contre 131 000 en Allemagne.  

« Moi je fais la guerre le matin, le midi, le soir et la nuit, tonne le président. J'attends de tous le même engagement. Ca va changer vite et fort » (Emmanuel Macron cité par le JDD).

Fini l'adagio, place au presto.  

Pourtant, la semaine dernière encore, le gouvernement revendiquait ce délai. Selon lui, "un gage" de recul et de confiance. Ecoutez le ministre de la Santé, Olivier Véran sur France 2, le 29 décembre :  

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Alors lenteur assumée ou conspuée ? Comment comprendre ces versions successives ? 

Bien entendu, ce coup de colère médiatique du chef de l’État vise à le dissocier des résultats poussifs enregistrés par son gouvernement.  

Ici, Emmanuel Macron ne se place pas à la tête du système de décision - ce qui est pourtant le cas -, mais plutôt comme un arbitre extérieur, comme un simple citoyen agacé des errances logistiques.  

Ce choix de communication est assez classique. Il vise aussi à remobiliser l'administration, à remettre la pression pour améliorer le dispositif. Emmanuel Macron avait déjà agi de la sorte, souvenez-vous, sur l'impôt à la source. Pas convaincu par la première mouture du projet, il l'avait fait savoir publiquement, et avait obligé Bercy à remettre l'ouvrage sur le métier.  

Sauf que cette fois, l'urgence est toute autre. 

Urgence sanitaire, d'abord. Comment ne pas craindre que ce retard au démarrage... ne soit jamais rattrapé, dans ce sprint contre l'épidémie ?  

Urgence politique, ensuite. Emmanuel Macron avait fait de la réactivité, de l'efficacité les piliers de son argumentaire personnel.  

Parmi les mots-clés du macronisme, il est régulièrement question de « rendre l’État plus agile », d' « impacter le quotidien des Français », de suivre les réformes « jusqu'au dernier kilomètre », un peu à la façon des livraisons Amazon.  

Or, pour l'instant, la livraison est loin du dernier kilomètre ; elle a plutôt calé dans les premiers hectomètres.  

Que traduit cette lenteur, comparée aux autres pays ?

Il y a la différence de stratégie, avec priorité aux EHPAD, c'est vrai. Il y a aussi, par endroits, la désorganisation, le manque de personnel au moment des fêtes...

Mais le facteur le plus important, me semble-t-il, tient en quatre lettres, c'est... la peur.  

Le gouvernement, assailli par les procès en autoritarisme, par les procédures judiciaires contre des ministres, par les accusations d'élitisme, d'arrogance, d'opacité.... tente de déminer chacun de ces reproches, au moment où plus la moitié de la population française ne souhaite pas se faire vacciner.

Autrement dit, si l'exécutif a jusqu'ici les deux pieds sur le frein, c'est parce qu'il craint l'embardée fatale. 

Voilà pourquoi il surréglemente la vaccination dans les EHPAD. Visite médicale préalable, consentement écrit de la personne âgée ou de sa famille, délai de rétractation de 5 jours... Bref : Ceinture, airbag, antipatinage. Tout sauf la sortie de route.

Même logique, selon vous, quand le gouvernement décide de tirer au sort 35 citoyens pour examiner la stratégie de vaccination...

Oui, ce collectif de 35 citoyens sera tiré au sort à partir d'aujourd'hui. Il suivra la campagne vaccinale, interrogera les responsables et donnera son avis. 

On comprend l'idée : depuis la révolte des gilets jaunes, il s'agit de résorber la cassure entre les décideurs et les électeurs. Mais là encore, l'initiative donne l'impression que le gouvernement se couvre. Comme s'il lui fallait l'imprimatur d'un panel de Français pour tracer la voie.  

Bien sûr, l'immense défiance contre les vaccins ne peut être ignorée. Elle commande minutie et doigté.  

Mais à trop vouloir désamorcer les sirènes des complotistes, les craintes des sceptiques, le gouvernement donne lui-même l'impression de douter. Ce qui attise les peurs au lieu de les éteindre. Un cercle vicieux dans un pays où la confiance commune devient une denrée rare.  

Si rare, d'ailleurs, que les bons choix passent complètement inaperçus. 

Par exemple, qui a noté par exemple que la France est l'un des seuls pays d'Europe à ne pas avoir acheté du Remdesivir ? Ce traitement des laboratoires Gilead s'est avéré inefficace. Pourtant, selon une enquête du journal Le Monde, la plupart de nos voisins ont dépensé 220 millions d'euros en tout pour se procurer des doses. Tandis que la France s'est abstenue, aiguillée par sa Haute autorité de Santé. C'est toujours cela d'économisé dans le budget de la sécurité sociale.

Une bonne décision bien vite oubliée, ensevelie par les polémiques et les déclarations contradictoires.  

Face à l'épidémie, Emmanuel Macron a filé la métaphore de la guerre. Mais au lieu de la grande offensive, pour l'heure, le gouvernement reste campé sur la défensive.

Frédéric Says

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