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Emmanuel Macron, le 17 septembre 2017.

Pourquoi tout glisse sur Emmanuel Macron

4 min
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Réforme de l'université, de l'ISF, du code du travail... Les prédécesseurs d'Emmanuel Macron n'avaient pas osé toucher - ou si peu - à ces dossiers explosifs. Pourquoi le gouvernement actuel y réussit-il ?

Emmanuel Macron, le 17 septembre 2017.
Emmanuel Macron, le 17 septembre 2017. Crédits : Thibault Camus - AFP

C'est en quelque sorte le syndrome de la poêle Teflon : rien n'accroche, tout glisse sur ce gouvernement. 

Résumons-nous. En quelques mois, Emmanuel Macron a quasiment supprimé l’impôt sur la fortune (ISF), a introduit un système plus sélectif à l’université, a dynamité le code du travail, a supprimé le statut des cheminots. Autant de dossiers réputés "explosifs" pour tout gouvernement. Les prédécesseurs d'Emmanuel Macron s'en sont approchés sur la pointe des pieds, sans oser y toucher. 

A ces explosifs, s’ajoutent d’ailleurs quelques détonateurs, avec les excès langagiers du président - à propos des « fainéants » qui freinent les réformes, ou de ceux qui « foutent le bordel » en manifestant. Et pourtant, que l’on soit favorable ou non au gouvernement, il faut reconnaître que tout cela passe. Sans encombre majeure.

Il y a bien des manifestations, mais elles ne font pas le plein. Il y a bien des coups de chaud au parlement, mais ils n’entravent pas la majorité. Il y a bien des baisses dans les sondages, mais les courbes se maintiennent à des niveaux plus élevés que pour les précédents locataires de l’Élysée. Lesquels, justement, avaient essuyé toutes sortes de revers politiques en s'approchant de ces dossiers minés. Jacques Chirac avait dû dissoudre l'Assemblée en 1997, Dominique de Villepin avait dû retirer sa loi CPE en 2006, François Hollande avait subi une fronde interne à sa majorité. 

Pour l’instant, rien de tout cela n’arrive à Emmanuel Macron. Pourquoi ?

Il y a d’abord la réussite d’une méthode de communication. Les réformes ne sont pas présentées comme des sacrifices, mais comme des étapes d’une "reconquête française" - le terme est d’ailleurs utilisé par l’Élysée. D’où la mise en avant du mot « transformation » plutôt que « réforme ». D’où l’exaltation, par Emmanuel Macron, de "l'absolu" et du "romanesque", plutôt que des critères budgétaires de Maastricht. Le gouvernement préfère jouer profil bas pour aller au bout, plutôt que de flamboyer puis d’abandonner en rase campagne. En un mot, Emmanuel Macron parle doux mais agit dur. 

C’est en quelque sorte l’inverse de Nicolas Sarkozy. Par exemple, en 2008 avec la réforme des régimes spéciaux de retraite. Le président de l'époque, tout à sa volonté d’obtenir ce scalp politique à montrer à son électorat, avait multiplié les déclarations martiales... Mais en sous-main il avait négocié avec la CGT, pour que la réforme soit particulièrement avantageuse à court terme pour les concernés. A tel point que cette réforme a même coûté de l’argent à l’État dans un premier temps. 

Pour l’instant, tout glisse sur le gouvernement, pour deux autres raisons, selon vous… 

D'abord parce que plus personne ne sait où donner de la tête. Rien n'accroche, parce que rien n'a le temps de se fixer vraiment. L’opposition au Parlement est submergée de textes de loi : loi sur l’alimentation, loi sur le littoral, loi sur le logement... pour ne parler que des dernières semaines. Ce qui a valu ce coup de gueule de Jean-Luc Mélenchon en fin de semaine dernière à l'Assemblée :

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Ce n’est pas très différent avec les partenaires sociaux, sollicités en permanence sur des sujets très différents. Ordonnances sur la loi travail, égalité hommes-femmes, SNCF, formation professionnelle, retraites... 

Ou comment l'exécutif applique la stratégie du tournis. 

Quelle alternance ?

Enfin, outre l’habileté et la suractivité, il y a un dernier phénomène plus global. Il tient à l’éclatement des oppositions politiques, et à leur faiblesse. Quelle est l’alternative, face à Emmanuel Macron ? Le Parti socialiste est en convalescence, Les Républicains sont embarrassés, Jean-Luc Mélenchon peine à mobiliser la rue... et le Front national tente de repeindre sa devanture d’une nouvelle appellation. 

Comme le relève le politologue Jérôme Fourquet dans son livre « Le nouveau clivage », le rapport de force oppose désormais des partis centristes et libéraux à des partis souverainistes, parfois populistes. Ce constat vaut pour la plupart des démocraties occidentales, l'exemple le plus récent se trouvant en Italie. 

Autrement dit, dans la configuration qui se dessine, l’alternance ne signifie plus de passer gentiment du centre-droit au centre-gauche et vice-versa. Cela n'induit plus un changement de degré mais un changement de nature. L'alternance se veut radicale, frontale, et ce sera l’une des meilleures armes d’Emmanuel Macron dans les années à venir - à commencer par les européennes de l’an prochain : "c’est moi ou le chaos".

Frédéric Says

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