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Sibeth Ndiaye est porte-parole du gouvernement depuis le 31 mars dernier.

Porte-parole du gouvernement : mission impossible

4 min
À retrouver dans l'émission

C'est l'une des fonctions politiques les plus difficiles - et peut-être les plus ingrates.

Sibeth Ndiaye est porte-parole du gouvernement depuis le 31 mars dernier.
Sibeth Ndiaye est porte-parole du gouvernement depuis le 31 mars dernier. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Mission (presque impossible) ! Chaque mercredi, face à la presse, vous devez rendre compte du conseil des ministres. Et il convient de répondre aux questions sur les sujets les plus variés. Economie et écologie, culture et agriculture, affaires étrangères et affaires intérieures. 

Peut-on être spécialiste de tout ? Non, et aux interrogations les plus précises, le ou la porte-parole ripostera avec la langue du bois le plus pur. Ou bottera en touche, comme l'on dirait à la coupe du monde de rugby qui vient de s'achever.

Autre difficulté : il faut jongler entre les questions les plus pointues et les interpellations les moins sérieuses, comme l'avait relevé Benoît Hamon ; nous l'avions interrogé il y a quelques années, il était alors porte-parole du Parti socialiste :

"On fait de la langue de bois pour ne pas avoir à répondre à la question, ça c'est extrêmement désagréable. Le plus difficile, dans un point presse, c'est qu'il y a vingt micros qui se tendent. Il y a le micro de "zozo.com" [sic] qui cohabite avec celui de Canal ou de France Inter... pour lesquels les demandes sont pas les mêmes. Et parfois, celui qui pose la question le plus fort, c'est "zozo.com" !"

Torrent

Le porte-parole est confronté à un nouveau défi : celui de la dilution de son message. Il n'y a jamais eu autant de parole politique : des émissions par dizaines, des débats par centaines d'heures, sans oublier les vidéos postées sur facebook, twitter et instagram. 

Comment éviter que les mots du gouvernement soient engloutis dans ce torrent ? Certains porte-paroles tentent de surnager grâce aux "petites phrases", aux punchlines : des formule-choc pour atteindre un adversaire. 

Benjamin Griveaux, l'actuel candidat En Marche pour la mairie de Paris, estime que son image arrogante et cassante est due pour beaucoup à son passage par le porte-parolat du gouvernement. 

Par sa fonction, le porte-parole est à l'impopularité ce que le buvard est à l'encre : il absorbe la défiance. Il la personnifie même. C'est le mauvais rôle, est en première ligne face aux polémiques. Obligé d'affronter la mitraille quand les autres ministres restent dans la tranchée. Il doit défendre l'indéfendable. Pensez au porte-parole pendant l'affaire Benalla. Là encore, mission impossible. 

En revanche, l'annonce des bonnes nouvelles sont réservées au président et au chef du gouvernement, trop heureux de jouer les "père Noël". Ce sont eux qui dévoilent les baisses d'impôts, la diminution du chômage.

Le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin avait d'ailleurs réparti les rôles ainsi avec son porte-parole Jean-François Copé : "les bonnes nouvelles c'est pour moi, les mauvaises c'est pour toi". 

Temps plein

Cela dit, la fonction peut se révéler un tremplin efficace pour une carrière politique. Vos prédécesseurs, Sibeth Ndiaye, s'appellent Nicolas Sarkozy, Jack Lang, Alain Juppé et François Baroin. 

Presque tous ont d'ailleurs cumulé le porte-parolat avec un ministère. Sarkozy était en même temps chargé du Budget, Lang de la Culture. Pas vous, Sibeth Ndiaye. Votre portefeuille est uniquement celui de porte-parole. 

Signe que la communication est devenue un job à part entière, et qu'il faut (au moins) un plein-temps pour expliquer la politique d'Emmanuel macron. 

Comment ne pas se laisser enfermer dans la fonction ? Comment éviter d'être seulement l'écho du conseil des ministres, le perroquet des éléments de langage présidentiels, le "Jacques a dit" de la République ? 

Pas simple de se décoller cette étiquette. Laurent Wauquiez, 32 ans à l'époque, avait mis en place des "réunions tupperware" pour expliquer la politique du gouvernement Fillon : 

"Toutes les semaines, on fait une réunion de travail avec une cinquantaine de [citoyens]. Je les ai fait réagir sur l'ensemble de l'actualité du gouvernement. Moi ma crainte, c'est de ne pas me faire enfermer dans les plafonds dorés [sic]" (sur France 3 Auvergne en 2007). 

Mais le plus complexe, c'est de porter une parole collective... avec laquelle on peut être en désaccord. Gare au couac, ce néologisme honni des ministres. 

Alors, quand vous avez émis une nuance avec le ministre de l'Education sur la question du voile, Sibeth Ndiaye, vous avez pris soin de préciser que c'était "à titre personnel". Formule magique qui évite bien des tracas. 

Lors de votre nomination, en mars dernier, une autre de vos formules a été exhumée : "j'assume de mentir pour protéger le président" ; phrase rapportée par l'Express, que vous n'avez pas démentie - en précisant toutefois qu'elle était sortie du contexte. 

"Porte-parole : mission impossible", disions-nous. Sauf que dans "Mission impossible", les messages s'autodétruisent automatiquement. Les vôtres restent et pourront être retenus contre vous.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
42 min
L'Invité(e) des Matins
Présidence Macron, bilan à mi-mandat : Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement est l’invitée des Matins
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