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Léonore Moncond'huy a été élue en juin dernier.

Peut-on encore rêver d'avion ?

4 min
À retrouver dans l'émission

La maire EELV de Poitiers a suscité un tollé après avoir déclaré que l'"aérien ne doit plus faire partie des rêves des enfants".

Léonore Moncond'huy a été élue en juin dernier.
Léonore Moncond'huy a été élue en juin dernier. Crédits : Joël Saget - AFP

Vous avez peut-être passé votre dimanche les yeux vers le sol, à traquer des œufs de Pâques ; mais c'est vers le ciel qu'il fallait tourner le regard pour discerner la dernière polémique en cours.

Voici l'histoire : à Poitiers, deux aéroclubs vont être privés de subvention par la municipalité écologiste.

La maire de Poitiers, Léonore Moncond'huy, assume cette décision. Selon elle, au nom de l'impact climatique, les loisirs motorisés ne doivent plus recevoir d'aides publiques.

Autrement dit : pour les passe-temps célestes, pas de prébendes terrestres.

Le plus étonnant, à vrai dire, c'est qu'on s'en étonne.

Cette politique reflète parfaitement la doctrine des Verts : l'avion est un moyen de transport polluant, son usage doit être limité pour le voyage... et encore plus limité quand il s'agit d'un simple loisir.  

C'est plutôt la décision inverse qui eut été insolite. Qui imagine les écolos augmenter les subventions à l'aérien... Et pourquoi pas élargir les routes ou bétonner les parcs ?  

Bien sûr, ce raisonnement d'hostilité à l'aviation fait l'impasse sur les transformations technologiques à venir, qui vont souvent plus vite qu'on ne l'imagine.  

Néanmoins, l'avion à hydrogène n'est pas pour demain : sa conception pose encore d'énormes problèmes de sécurité et de stockage.

En attendant, il n'est donc pas absurde qu'une municipalité applique sa doctrine, sa vision du monde, fasse ce pour quoi elle a été élue. Après tout, elle l'a emporté en juin dernier, cela s'appelle même la démocratie.  

Mais cette controverse laisse une curieuse impression de déjà-vu...

Depuis les dernières élections municipales, et la petite vague verte dans les grandes villes, les maires écologistes sont régulièrement impliqués dans ce type de polémiques.

Rappelons les rapidement : dénigrement du Tour de France, refus d'installer un arbre de Noël sur la place de la mairie, imposition de menus sans viande...

Alors qu'est-ce que cela révèle ? 

D'abord, les maires écologistes élus en juin dernier veulent appliquer à plein leur prérogatives. Cela s'entend : dans certaines villes, ils moisissaient depuis des années dans l'opposition (ou, au mieux, comme force d'appoint dans la majorité).

Une fois portés au pouvoir, pas question de mettre de l'eau dans leur vin (naturel).  

Et puis une partie de ces polémiques s'explique aussi par le déphasage des nouveaux maires. Ils n'ont pas toujours les codes ; ils n'ont pas forcément admis que militant et élu, ce sont deux activités distinctes.  

Car la forme compte aussi. D'ailleurs, nous n'aurions jamais entendu parler de cette subvention à l'aéroclub de Poitiers si la maire de la ville ne l'avait pas justifié avec ce type de mots, écoutez, c'est un extrait du conseil municipal du 29 mars :  

« Vous ne vous rendez pas compte des rêves dont on doit préserver les enfants. L'aérien - c'est triste - ne doit plus faire partie des rêves des enfants, aujourd'hui » (Léonore Moncondhuy, maire de Poitiers, en réponse à une question de l'opposition).

Indignation immédiate. Le ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari riposte en citant Saint-Exupéry :

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Son collègue Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, dénonce "l'écologie radicale dangereuse" qui montre son vrai visage.  

A gauche, aussi, l'injonction à ne plus rêver du ciel suscite des critiques.  

Jean-Luc Mélenchon a tweeté ceci : « les rêves des enfants restent toujours libres. Signé Icare ». Icare, incarnation mythologique de la fascination pour l'envol.  

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De l'autre côté, les cadres d'Europe-Ecologie Les Verts soutiennent leur camarade poitevine. 

De manière plus ou moins habile d'ailleurs... David Belliard, élu écologiste parisien, assimile les commentaires indignés à... "l'extrême-droite". Figure rhétorique hélas devenue courante, pour qui ne veut pas se donner la peine d'argumenter.

Résumons-nous : ces deux derniers jours, on a donc appris que Jean-Luc Mélenchon et le gouvernement étaient "d'extrême-droite"... Mais aussi qu'une subvention de 4000 euros à un aéroclub pouvait occuper la classe politique tout un week-end.  

Je ne sais pas s'il faut continuer de rêver d'aérien, mais on peut rêver de débats qui volent un peu plus haut...  

Frédéric Says

Chroniques

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