LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Marine Le Pen au congrès du Rassemblement National à Perpignan le 4 juillet 2021

Le "en même temps" de Marine Le Pen

4 min
À retrouver dans l'émission

Le discours de Marine Le Pen évolue à l'approche de l'élection présidentielle. Elle continue à délivrer un message radical, anti-migrants et antisystème tout en essayant de rassurer sur ses intentions qui, selon ses dires, ne seraient pas de tout renverser.

Marine Le Pen au congrès du Rassemblement National à Perpignan le 4 juillet 2021
Marine Le Pen au congrès du Rassemblement National à Perpignan le 4 juillet 2021 Crédits : Valentine Chapuis - AFP

C’est à un numéro d’équilibriste que s’est livré Marine Le Pen, ce week-end, lors du congrès du Rassemblement national à Perpignan.

Sans surprise, elle été réélue triomphalement à la tête de sa formation politique avec un score de plus de 98%. Au Rassemblement national, il n’y a qu’un chef et elle n’a pas de rival. Et c’est elle qui décide de tout. Elle a nommé son jeune protégé, Jordan Bardella, vice-président pour qu’il dirige le parti quand elle en démissionnera au mois de septembre, moment où elle lancera sa campagne en vue de la présidentielle.

Et puis au sein du bureau exécutif, l’instance dirigeante, elle a fait entrer, aux côtés de ses fidèles, les deux transfuges de la droite républicaine, Jean-Paul Garraud et Thierry Mariani. Le premier en tant que titulaire parce qu’il a pris sa carte au RN. Le second, Mariani, en tant qu’invité permanent parce que lui a choisi de ne pas s’encarter.

Ensuite lors du discours de clôture, Marine Le Pen a fixé la ligne, dressé une esquisse de son projet de gouvernement et elle s’est employée à remobiliser les troupes.

Une possible victoire en 2022

Elle a beaucoup insisté sur le fait qu’une victoire est possible, selon elle, en 2022. Elle a d’abord rappelé que la victoire doit se conquérir "contre tout un système coalisé", mais elle a promis d' "aller la chercher". Elle a ensuite présenté son parti comme le parti de l’alternance qui doit se préparer à accéder aux responsabilités. Et puis elle a évoqué la première chose qu’elle ferait après son “élection” : une grande réforme de l’immigration.

Pour Marine Le Pen, il est important que ses partisans pensent qu’elle peut gagner parce que c’est ça qui, en partie, va conditionner le degré de mobilisation de son électorat. Et on a vu, à l’occasion des départementales et des régionales, que moins il y a d’enjeu, moins il est enclin à se déplacer pour aller voter. D’ailleurs, le principal préjudice pour Marine Le Pen des deux récents scrutins est qu’ils laissent penser qu’il n’y a pas de dynamique en faveur du Rassemblement national. Et ils font resurgir les doutes sur sa capacité à l’emporter. Doutes qui s’étaient déjà exprimés après le débat raté de l’entre-deux tours en 2017. C’est la raison pour laquelle elle a autant insisté sur sa potentielle victoire. Parce qu’il faut que ses partisans y croient pour qu’ils aillent voter.

Elle a aussi beaucoup insisté sur les fondamentaux que sont la menace islamiste et l’immigration. Ces thématiques ont constitué le fil rouge de son discours. L’Europe, affirme-t-elle, concocterait un plan de "submersion migratoire". Elle a réaffirmé la nécessité de fermer les frontières. Et puis la première chose qu’elle ferait si elle était élue, on l'évoquait plus haut, serait une grande réforme de l’immigration. 

Là encore, c’est une manière de galvaniser ses troupes et de mobiliser son électorat. C’est d’ailleurs ce que font tous les candidats à l’élection présidentielle, de quelque bord qu’ils soient. Ils s’emploient d’abord à mobiliser leur socle électoral en vue du premier touret afin d’espérer accéder au second tour. Seulement, le problème de Marine Le Pen n’est, à priori, pas le premier tour. Ce serait plutôt de remporter le second tour.

Et pour ça, il faut qu’elle élargisse son socle électoral, qu’elle séduise d’autres électeurs, même si c’est par défaut. Et puis surtout, il faut qu’elle évite de provoquer une surmobilisation de l’électorat d’en face, celui qui ne veut pas d’elle. Il lui faut éviter que s’exprime massivement un vote “tout sauf Marine Le Pen”, ce qui s‘était passé en 2017 en faveur d’Emmanuel Macron. C’est sans doute pour répondre à cette contrainte qu’elle s’est livrée à un certain nombre d’inflexions notables dans le discours qu’elle a prononcé hier.

Rassurer cette frange de la droite républicaine susceptible de voter pour elle

La présidente du Rassemblement national a d’abord répondu à son père, Jean-Marie Le Pen. Celui-ci s’était exprimé en fin de semaine dernière, invitant sa fille à revenir à plus de "virilité" et aux "vocations" premières du Front National. Il n’est "pas question de revenir en arrière", a-t-elle répondu, "pas question de revenir au Front National". Mais ce n’est pas seulement à son père qu’elle répondait. Elle s’adressait avant tout à cette frange de la droite républicaine susceptible de voter pour elle au second tour. Elle essaie, en disant cela, de rassurer cet électorat. 

Marine Le Pen a également annoncé son intention de "nommer un gouvernement d’union nationale autour d’un projet de paix civile". Un projet de paix civile "qui rassemblerait tous les citoyens, a-t-elle ajouté, d’où qu’ils viennent et quelle que soit leur origine". On a là une déclaration qui parait en dissonance avec tout son discours sur l’immigration. Là encore, il s’agit d’essayer de rassurer, notamment cette partie de l’électorat d’origine immigrée qui pourrait être heurtée par ses propos par ailleurs très fermes sur l’immigration. 

Enfin, elle a rappelé, une nouvelle fois, la nécessité pour la France de "rembourser sa dette" et appelé à la "prospérité économique" du pays. Là encore, elle essaie de rassurer. Rassurer les marchés financiers, les petits épargnants, les retraités. C’est une manière de dire qu’avec elle, le système ne va pas s’écrouler. 

On a donc une forme de double discours de Marine Le Pen. Un discours à la fois antisystème à travers lequel elle dit : on ne veut pas de nous mais on va gagner et on va tout changer. Et puis parallèlement, un discours qui vise à rassurer à travers lequel elle dit : ne vous inquiétez pas, on ne va pas tout casser. Elle fait du "en même temps" en quelque sorte, à la fois dans la rupture et dans la continuité. Et ce faisant, elle prend le risque de perdre en cohérence ce qu’elle espère gagner en normalité. 

L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......