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A Nouméa, les partisans de l'indépendance manifestent leur satisfaction, après le score plus serré qu'attendu lors du référendum.

Nouvelle-Calédonie : l'inaccessible indépendance

4 min
À retrouver dans l'émission

La Nouvelle-Calédonie a décidé de rester au sein de la République Française. Et ce n'est pas une surprise.

A Nouméa, les partisans de l'indépendance manifestent leur satisfaction, après le score plus serré qu'attendu lors du référendum.
A Nouméa, les partisans de l'indépendance manifestent leur satisfaction, après le score plus serré qu'attendu lors du référendum. Crédits : Theo Rouby - AFP

D'abord parce que les sondages avaient mesuré cette avance à de nombreuses reprises. Et c'est ce qui a permis à ceux qu'on appelle les "loyalistes" (c'est-à-dire les "anti-indépendatistes") de revendiquer une nette victoire. A l'image de Sonia Backès, cheffe de file du parti "Les Républicains Calédoniens" : 

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Nouvelle Calédonie - Sonia Backès

Il n'y avait pour autant pas de triomphalisme hier soir. Car il y a quand même quelque chose d'assez surprenant dans ce résultat. C'est l'écart entre le "oui" et le "non" : 43,6% en faveur du oui, contre 56,4 % en faveur du non. Ça, ce n'est pas du tout ce qui était prévu. Deux enquêtes réalisées dans le courant de l'été et à l'automne donnaient un écart beaucoup plus important. 70/30 pour l'une, 65/35 pour l'autre.

Il y a donc eu un sursaut de mobilisation en faveur du "oui" à l'indépendance. Ce qui a permis au camp indépendantiste - représenté notamment par Charles Washetine et Rock Wamytan - de revendiquer, également, une forme de  victoire hier soir :

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Nouvelle-Calédonie - Charles Washetine/ Roch Wamytan

La jeunesse kanake, qu'on pensait indécise, pas forcément favorable à l'indépendance, qui disait, d'ailleurs, ne pas bien comprendre le combat de ses aînés, s'est finalement réveillée et a semble-t-il voté "oui" à l'indépendance dans une forme de sursaut identitaire, pour revendiquer son appartenance communautaire.

Et ce résultat ouvre la porte à l'organisation d'une nouvelle consultation prévue par les accords de Nouméa signé en 1998. Deux nouvelles consultations sont d'ailleurs prévues dans les quatre ans qui viennent si le congrès de la Nouvelle-Calédonie le décide)

Si le résultat avait été 70/30, il n'y aurait pas eu de discussions. La perspective d'une nouvelle consultation aurait été écartée d'emblée. Là, c'est différent. 56 / 44, le résultat semble en mesure de donner quelque espoir aux indépendantistes.

Pour autant, il est fort peu probable que la tendance s'inverse dans les années à venir...

C'est même impossible. Et ça, pour plusieurs raisons. D'abord parce que les Kanaks ne sont pas majoritaire. Ils représentent 40% seulement de la population calédonienne. 45% du corps électoral spécial constitué pour ce référendum. Ensuite, parce que la revendication indépendantiste n'a jusqu'ici été présentée que comme une revanche sur la colonisation. Il n'y a pas de projet indépendantiste pour la Nouvelle-Calédonie.

Au cours de la campagne électorale, personne n'a dit : "voilà ce qu'on va faire si on devient indépendant : développer les relations avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande, constituer un corps d'armée pour pouvoir se défendre". Rien de tout ça. Aucun message qui offrait une perspective à l'indépendance. Dès lors, comment voter pour un projet qui n'existe pas ?

Le message porté par les indépendantistes reste, encore aujourd'hui, un message de revanche sur les colons et sur le pays colonisateur. Et il ne pourra pas être majoritaire dès lors que la population susceptible de le porter ne l'est pas.

La difficulté est qu'on arrive au terme du processus enclenché par Michel Rocard en 1988. Car les accords de Matignon-Oudinot, s'ils ont permis permis de calmer les  choses, d'apaiser la situation il y a trente ans, n'ont rien réglé pour autant.

Ils ont simplement offert du temps aux différentes communautés pour pouvoir se parler... Et c'est ce qui s'est passé. Les deux camps, indépendantistes et loyalistes, se sont mis à se parler, à travers notamment les  institutions. Il y a un congrès en Nouvelle-Calédonie (sorte d'Assemblée Nationale), un gouvernement qui regroupe les différents partis politiques.

Pour autant, ça n'a rien réglé sur le fonds puisque tout ça s'est construit  dans la perspective de la consultation qui vient de se dérouler, dans la perspective du jour où l'on peut se compter, ceux en faveur du "oui", ceux en faveur du "non". Et on en est là ! A la fin d'un processus qui n'a pas prévu d'autre perspective, qui n'a pas prévu la suite. 

Et la suite, c'est quoi ? Eh bien la suite, il va falloir l'inventer. Il va falloir dépasser cette  confrontation entre le "oui" et le "non", entre indépendantistes et loyalistes.

Le défi qui est proposé aux Calédoniens n'est pas de savoir s'il faut organiser un deuxième ou un troisième référendum mais de savoir ce qu'ils veulent faire ensuite de ce petit bout de terre au milieu du Pacifique. Et surtout de savoir s'ils réussissent à dépasser ce qui reste, aujourd'hui encore, une confrontation entre colons et colonisés.

Stéphane Robert

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