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Dans la course à l'Elysée, qui est le mieux placé ? Si les sondages réalisés plus de 500 jours avant une élection n'ont pas grand sens, ils ne peuvent être pour autant ignorés.

Un sondage 18 mois avant une élection : est-ce bien raisonnable ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Le Journal du dimanche a publié hier une étude d'opinion pour mesurer les forces en présence.

Dans la course à l'Elysée, qui est le mieux placé ? Si les sondages réalisés plus de 500 jours avant une élection n'ont pas grand sens, ils ne peuvent être pour autant ignorés.
Dans la course à l'Elysée, qui est le mieux placé ? Si les sondages réalisés plus de 500 jours avant une élection n'ont pas grand sens, ils ne peuvent être pour autant ignorés. Crédits : Patrick Kovarik - AFP

« Sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » Eh bien si : contrairement à l'héroïne de Charles Perrault, l'institut IFOP aperçoit déjà 2022 à l'horizon. 

Outre le soleil qui poudroie et l'herbe qui verdoie, voici déjà les sondages qui sondoient.

Disons-le d'entrée : ce type d'enquête d'opinion, 18 mois avant le scrutin, met assez mal à l'aise l'analyste politique. 

D'abord, bien sûr, parce qu'il repose sur des hypothèses parfaitement virtuelles : les Français sont interrogés sur une ligne de départ où se trouveraient forcément Emmanuel Macron et Marine Le Pen (tous deux arrivent d'ailleurs largement en tête, quelle que soit la configuration, autour de 25% chacun). 

L'institut IFOP teste aussi, à droite, les noms de Xavier Bertrand, François Baroin, Rachida Dati, Valérie Pécresse. 

Chez les Verts, Yannick Jadot mais pas Eric Piolle, le maire de Grenoble. Au RN, Marine Le Pen, mais pas Marion Maréchal. 

Sont également testées plusieurs hypothèses d'union de la gauche, emmenées au choix par Anne Hidalgo ou Jean-Luc Mélenchon. Dans aucun cas, cet attelage n'approche le deuxième tour. 

Retour d'expérience

Le plus probable est que ce sondage nous fasse bien rire en 2022 - ou soupirer, c'est selon. Si l'on regarde en arrière, les études d'opinion menées deux ans avant les scrutins tombent presque toujours tragiquement à côté. 

Ainsi, un sondage de septembre 2015 sur la présidentielle 2017 donnait un trio de tête composé de Nicolas Sarkozy, Marine Le Pen et François Hollande... 

Avec cet exemple, on mesure combien les hypothèses présentées ici sont précaires, hypothèses que la vie politique actuelle, toute en plasticité, rend encore plus fragiles. 

Alors tout serait à jeter, dans ce sondage ?

Eh bien non. Même s'il repose sur des paris contestables, même si les électeurs n'ont pas la tête à la présidentielle, même si aucun programme présidentiel n'est prêt et ne peut donc être jugé... Malgré tout cela, on ne peut pas faire comme si ce sondage n'existait pas. 

D'abord, parce qu'il recèle tout de même des informations pas anodines. 

On peut constater par exemple qu'Emmanuel Macron, président sortant, se maintient à 25%, soit son score de premier tour de 2017. Cela laisse à penser qu'il a réussi, en dépit de l'opposition féroce qu'il nourrit et des échecs du quinquennat, à cimenter un socle non négligeable. Mais là encore prudence, les socles dans les sondages sont parfois aussi solides que les bulles boursières. 

Autre enseignement : malgré la diversité de l'offre de candidats, la gauche dépasse au mieux les 30% d'intentions de vote, tout compris. Dans une période qui consacre pourtant le retour de l'intervention de l’État, il y a là matière à réflexion.

Enfin, la dernière raison pour laquelle on ne peut complètement se désintéresser de ces sondages, c'est parce qu'ils deviennent aussi des faits politiques en eux-mêmes. 

Car les candidats s'en emparent et les utilisent. 

Dès hier, les proches de Jean-Luc Mélenchon ont largement diffusé cette enquête d'opinion ; sur le mode : "Jean-Luc est le mieux placé à gauche". 

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Ironie de l'histoire : La France insoumise, jadis critiques sur les sondages (des « horoscopes », tranchait Mélenchon), utilise donc cette étude de l'IFOP pour Sud Radio. Cela afin de peser dans les futures négociations avec les autres candidats putatifs. 

Xavier Bertrand aura tout intérêt à en faire de même. Il apparaît comme le prétendant de la droite républicaine le plus compétitif. 

Autrement dit : « c'est moi qui ait la plus grosse cote ». Cet argument-là, dans notre démocratie médiatico-sondagière, n'est pas à sous-estimer, le passé en atteste. 

En 2006, Ségolène Royal avait gagné haut la main la primaire du PS, notamment parce que les sondages faisaient d'elle la meilleure adversaire face à Nicolas Sarkozy. 

Cela s'appelle une prophétie auto-réalisatrice (qui montre d'ailleurs ensuite ses limites). 

Car avec toute cette précipitation, on en oublierait presque un fait, certes mineur : l'élection présidentielle, c'est en théorie dans 566 jours. Et aujourd'hui, ni les candidats ni les programmes ne sont connus. 

Alors d'ici là, laissons le soleil poudroyer et l'herbe verdoyer.

Frédéric Says

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