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"Le déconfinement, ce n'est pas pour demain matin", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe. Pour autant, le gouvernement travaille déjà sur plusieurs scenarii.

Comment sortira-t-on du confinement ?

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Quand, comment, et surtout dans quel état allons-nous être "déconfinés" ?

"Le déconfinement, ce n'est pas pour demain matin", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe. Pour autant, le gouvernement travaille déjà sur plusieurs scenarii.
"Le déconfinement, ce n'est pas pour demain matin", a prévenu le Premier ministre Edouard Philippe. Pour autant, le gouvernement travaille déjà sur plusieurs scenarii. Crédits : Alain Jocard - AFP

"Dé-confinement". Voici l'un des mots, saugrenus au premier abord, qui vont devenir banals avec cette crise, hélas, tout comme "intuber", "co-morbidité", ou "asymptomatique".

Mais ce déconfinement n'est pas seulement un défi sanitaire pour le gouvernement. Il est aussi un défi politique.  

Comment l'organiser en bon ordre ? Comment éviter que la reprise des circulations, des contacts, des interactions sociales, se double d'une résurgence du Covid-19 ?  

Faut-il dé-confiner certaines régions d'abord, là où le pic est passé, comme l'a envisagé le Premier ministre ?  

Oui, mais alors comment éviter une migration intérieure, une ruée vers les régions "déconfinées" ?  

Par exemple, si le Grand-Est - le territoire qui a subi le premier la vague d'épidémie -, est aussi le premier à sortir du confinement, comment empêcher l'habitant de Château-Thierry (région Hauts-de-France) de passer ses week-ends à Épernay (Grand-Est) à 50 kilomètres de là ?  

Faudra-t-il rétablir des sortes de frontières intérieures pour prévenir les transhumances prohibées ?  

Dans cette énigme à plusieurs inconnues, il faut ajouter les incertitudes autour de la découverte d'un traitement, et les difficultés à procurer des tests sérologiques en très grand nombre.  

Pressé de questions par l'opposition quant à ce déconfinement, le Premier ministre a indiqué qu'il n'était pas encore à l'ordre du jour. « Ce n'est pas pour demain matin », a glissé Édouard Philippe, tout en litote.

Mais, signe que la question est épineuse, il a désigné un haut-fonctionnaire réputé, Jean Castex, pour anticiper et coordonner les initiatives de la puissance publique sur ce sujet.  

Les questions que pose ce « dé-confinement », aux allures aussi inédites que le confinement lui-même, sont bien plus vastes.  

Oui, au-delà des questions sanitaires et politiques, les questions sociétales...  

Dans quel état sortirons-nous collectivement de cette période ?  

Certes, les premiers jours de liberté feront la fortune des coiffeurs, des psychologues, peut-être des avocats spécialisés en divorce...  

Mais au-delà ? Vivra-t-on une période d'euphorie collective ? Une sorte d'après-guerre au virus, comme il y eut l'après-guerre avec son babyboom, sa frénésie de consommation et son rock'n'roll ?  

Ou bien... les haines recuites, recluses, confinées à domicile, vont-elles écouler leur bile dans l'espace public ?  

A cet égard, il est frappant de constater l'envie de trouver des boucs-émissaires. Selon les affinités politiques, l'on accusera soit les villes cossues soit les quartiers populaires de ne pas assez bien appliquer les règles du confinement.  

"C'est la faute aux centre-villes ; avec ces groupes de joggeurs !" ou "C'est la faute aux banlieues ; avec ces grappes de jeunes !"

Dans les deux cas, sur les réseaux sociaux, les photos des présumés coupables circulent, accompagnées d'un commentaire acide, et charrient leur torrent d'indignation.  

Voilà l'exemple du match absurde et vain : villes aisées contre banlieue défavorisées.

Match nul, dans tous les sens du terme. Ce serait soit l'une, soit l'autre la responsable.  

Comme s'il n'existait pas, au sein de ces deux entités, quelques franges d'irresponsables qui font écran au plus grand nombre : ceux qui sont restés chez eux, par respect des règles et des autres.  

Il est vrai que cette réalité-là est moins spectaculaire : sur les réseaux sociaux, personne ne partage les photos de familles confinées dans la grisaille de quatre murs.  

Au contraire, l'indigno-mètre sera dopé par quelques clampins dilettantes - irritants, il est vrai, pour qui respecte le cloisonnement malgré l'invitation permanente du soleil et du bon air.  

Cela laissera-t-il des traces, au moment de recouvrer la liberté d'aller et venir ?  

L'on parlait de vocabulaire innovant, de mots nouveaux : il faudra peut-être en inventer un pour décrire ce mélange de mauvaise humeur, de mauvaise foi et d'aigreur causées par le confinement.  

Aux États-Unis, le gouverneur de l’État de New York, le très populaire Andrew Cuomo, a choisi le terme « Cabin fever » (en gros, la fièvre de l'isolement et de l'enfermement).  

Et il propose un remède : « si vous vous sentez confiné, pensez aux deux guerres mondiales et au Vietnam ».  

Il est vrai que vu sous cet angle, le déconfinement peut bien attendre encore quelque temps. 

Frédéric Says

Chroniques

8H20
38 min

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