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Manifestation contre les retraites à Paris le 24 janvier 2020

La réforme des retraites, coûte que coûte

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Emmanuel Macron veut en rediscuter dès cet été avec les partenaires sociaux alors que tout le monde, y compris au sein de la majorité présidentielle, pensait que cette réforme resterait confinée jusqu'à la fin du quinquennat.

Manifestation contre les retraites à Paris le 24 janvier 2020
Manifestation contre les retraites à Paris le 24 janvier 2020 Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Jusqu’à il y a peu, encore, on pensait le projet enterré. 

On pensait que la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 avait eu raison de ce que les grèves à répétition n’avaient pas permis de faire vaciller et que la réforme des retraites avait été remisée, dans des cartons, au fond d’une armoire, et qu’elle y resterait confiner au moins jusqu’à la fin du quinquennat. 

Et pour cause, c’est ce que répétaient, au fil des semaines, les responsables les plus éminents de la majorité : 

"Vous savez, nous disait-on, après la crise sanitaire, il faudra qu’on s’occupe de la crise économique et elle s’annonce particulièrement éprouvante. Alors on ne va pas remettre en chantier une réforme qui génère des crispations et qui divise la société." 

Il sera de toute manière "très compliqué" de la relancer expliquait en avril dernier la députée La République En Marche, Cendra Mottin, l’une des rapporteure de cette réforme. François Bayrou estimait, quant à lui, le 19 avril qu’il était nécessaire "d’écarter pour un moment les sujets les plus polémiques". 

Le président de la République prend tout le monde à contre-pied

Emmanuel Macron estime qu’il est, certes, nécessaire de faire face à la crise économique qui s'annonce historiquement dévastatrice. Mais il considère aussi qu’il faut relancer le chantier de la réforme des retraites. 

C’est ce qu’il a fait savoir, jeudi dernier, à une dizaine de journalistes de la Presse Quotidienne Régionale invités à l’Elysée. Il n’y aura "pas d’abandon" leur a-t-il expliqué, se disant toutefois ouvert à ce qu’elle soit "transformée". C’est la raison pour laquelle il leur a annoncé vouloir lancer des concertations "en profondeur avec les partenaires sociaux dès cet été".

Dès vendredi matin, sur France Inter, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, s’est emporté : 

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18 sec
Laurent Berger : "on ne va pas se remettre à se foutre sur la gueule sur la question des retraites dans cette période"

Il a été rejoint le lendemain par le président du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, depuis les Rencontres Economiques d’Aix-En-Provence :

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13 sec
Geoffroy Roux de Bézieux :"C'est vrai que là, il faut appuyer sur pause"

On entend à peu près les mêmes récriminations dans le discours des autres responsables syndicaux, que ce soit Force Ouvrière, l’UNSA, la CFE-CGC et bien sûr la CGT. "Est-ce bien le moment ?" disent-ils, laissant augurer une rare unanimité face au projet présidentiel. 

Le problème d’Emmanuel Macron est d’abord un problème d’équilibre financier. Le déficit du système se creuse de façon abyssale avec la crise sanitaire. 

Des centaines de milliers de personnes se retrouvent et vont se retrouver au chômage, ce qui génère une importante diminution des recettes. Ce à quoi il faut ajouter les exonérations de cotisations accordées aux entreprises pour les aider à faire face à la crise.  

Le résultat, selon une estimation réalisée par le Conseil d’Orientation des Retraites, est un déficit de près de 30 milliards d’euros pour l’année 2020. On en était à seulement 4 milliards avant le confinement. 

Il lui faut donc trouver de l’argent pour ne pas laisser filer la dette de façon inconsidérée. Et comme il ne veut ni augmenter les impôts, ni baisser les pensions, il entend jouer sur la durée de cotisation. "La question du nombre d’années pendant lesquelles nous cotisons demeure posée" a-t-il lancé, jeudi dernier, comme base de discussion. 

Emmanuel veut sans doute également relancer la réforme des retraites pour des raisons politiques

Il reste peu de temps à Emmanuel Macron. De septembre prochain à décembre 2021, date à laquelle nous entrerons en campagne pour la présidentielle, il reste environ 15 mois.  On peut augurer que les effets de la crise économique et de la récession ne seront pas dissipés. Le chômage sera sans doute encore très haut, la dette sera très élevée. 

Emmanuel Macron ne pourra donc se prévaloir d’aucun des résultats qu’il aurait pu attendre des réformes engagées en début de mandat. Il pourra tout au plus rappeler qu’avant la crise sanitaire, avant le confinement, la situation économique du pays avait commencé à s’améliorer.  

Dès lors, lui restera, en guise de bilan, à mettre en avant et faire valoir uniquement la réalisation du programme qu’il avait annoncé, le fait qu’il aura fait ce qu’il avait dit qu’il ferait. Ce qui, au passage, était un mantra en début de mandat. 

Et parmi son programme de candidat, il y avait la réforme des retraites qu'au sein de l’exécutif on qualifiait de « mère de toutes les réformes ».  C’est donc peut-être aussi pour ça qu’Emmanuel Macron tient à tout prix à la relancer. 

Il sait sans doute aussi qu’il y a un risque à remettre en chantier une réforme qui, aux yeux des français, pourrait ne pas apparaître comme une priorité. Un risque, également, à éveiller à nouveau de l’inquiétude et de la crainte au sein d'une partie de la population. Mais ça, c'est aussi un autre mantra du chef de l'Etat, il aime à répéter qu'il faut "prendre son risque" si l'on veut être récompenser.

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