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La campagne de Nathalie Loiseau est-elle trop "juppéiste" ?

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La tête de liste "En marche" pour les européennes peine à s'imposer dans la campagne des européennes.

En général, les candidats dénigrent les sondages quand ils sont mauvais, et les commentent quand ils sont favorables. Ces temps-ci, on entend bien peu de commentaires du côté de la République en Marche. 

C'est vrai, les dernières études d'opinion décèlent un écart qui se réduit avec le Rassemblement national. Certains instituts voient même la liste soutenue par Marine Le Pen en première position. 

Alors comment expliquer ce trou d'air ? Nathalie Loiseau, la candidate En Marche, paye-t-elle le fait d'avoir été ministre d'Emmanuel Macron, dans un contexte d'impopularité de l'Exécutif ? Après tout, ce scrutin européen est la première élection intermédiaire du quinquennat. Et le désamour national engendre rarement une passion européenne. Mais il n'y a pas que cela. 

Nathalie Loiseau mène sans doute une campagne trop « juppéiste ». 

Elle est d'ailleurs une fidèle de l'ancien maire de Bordeaux. C'est à son cabinet en 1993 - il est alors ministre des affaires étrangères - qu'elle fait ses armes. 

Une campagne trop juppéiste, qu'est-ce que cela veut dire ? 

- C'est d'abord se présenter aux électeurs avec un excellent CV, des diplômes à la pelle, une compétence affichée, et penser que cela suffira. En un mot, croire que le premier de la classe devient forcément le premier de la place... électorale, que le bulletin de notes entraîne le bulletin de vote. Le syndrome « Meilleur d'entre nous », qui avait touché Alain Juppé. 

- Faire une campagne trop juppéiste, c'est aussi ne pas savoir réagir aux polémiques. Ou plus exactement, sous-réagir au début, sur-réagir ensuite. 

Souvenez-vous la campagne des primaires à droite, en 2016. Alain Juppé est est la cible d'accusation sur les réseaux sociaux : il serait "acoquiné aux islamistes". Le candidat choisit de traiter par le mépris et le silence ces rumeurs... avant de les désigner comme la cause quasi-unique de son échec, ce qui était dans les deux cas excessif. 

Pour Nathalie Loiseau, ce fut une polémique provenant cette fois d'informations de presse, recoupées et étayées : sa figuration sur une liste étudiante nationaliste en 1984. L'équipe de la candidate a d'abord prétendu qu'il s'agissait d'un faux document, puis d'une anecdote digne d'oubli ; avant de devoir faire la tournée des médias pour éteindre l'incendie. Le trop succède au trop peu. 

Petites phrases

Sur le fond des propositions, le juppéisme joue sur une forme de modération, qui contraint au perpétuel entre-deux. Souvenez-vous, c'était chez Alain Juppé le slogan de l' « identité heureuse ». Chez Nathalie Loiseau, c'est la "renaissance européenne". 

Tous deux partagent aussi une défiance instinctive pour la mise en scène et les petites phrases. 

Alain Juppé avait déclaré sa candidature de quelques phrases sur son blog : pas d'images, pas de déclarations, impact médiatique limité.   Pour Nathalie Loiseau, ce fut un premier meeting sans éclat. Et quand la candidate tente face à Marine Le Pen de créer le buzz, la sensation médiatique, le résultat n'est pas des plus concluants : 

On peut en regretter l'aspect superficiel et instantané de ces considérations, mais ces premiers instants de campagne donnent le ton, et doivent être soignés. 

Certes, les petites phrases sont au débat d'idées politiques ce que les taupinières sont au Machu-Picchu, ridicules et dérisoires... Il n'empêche : elles synthétisent une conviction, croquent un adversaire, démolissent une contradiction. 

Revenons à la campagne de la primaire à droite. François Fillon entre dans les radars le jour où il déclare ceci :

"Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?"

Pendant ce temps, Alain Juppé, sûr de sa victoire, s'en tient aux raisonnements balisés et aux développements aseptisés. Ce qui aide à conquérir l'estime intellectuelle des électeurs ? Mais pas toujours leurs suffrages. C'est l'un des malheurs de la politique telle qu'elle va : la nuance est prise pour de l'indécision, le refus du spectacle pour de l'arrogance, et la réserve pour de la faiblesse. 

Alors la campagne va désormais prendre un tour plus politique. Tiens, ce soir Nathalie Loiseau reçoit un renfort de poids, en meeting à Caen : le Premier ministre Edouard Philippe. Lui-même Juppéiste croyant et pratiquant. Saura-t-il lui dire de parfois renier l'idole pour gagner des fidèles ?

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L'Invité(e) des Matins

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