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Emmanuel Macron face au Premier Ministre, Edouard Philippe, et au ministre de l'intérieur, Christophe Castaner

Avec Emmanuel Macron, l'opposition s'organise au sein même de la majorité

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Pour "En Marche !", il n'est pas nécessaire d'aller chercher la contradiction dans un autre parti ou dans une autre famille politique, on a tout ce qu'il faut à la maison.

Emmanuel Macron face au Premier Ministre, Edouard Philippe, et au ministre de l'intérieur, Christophe Castaner
Emmanuel Macron face au Premier Ministre, Edouard Philippe, et au ministre de l'intérieur, Christophe Castaner Crédits : Ludovic MARIN - AFP

Prenez le débat sur l'âge de départ en retraite qui a resurgi ces derniers jours dans l'espace médiatique. 

Faut-il repousser l'âge légal du départ en retraite de 62 ans à 65 ans ? La question a été posée, hier midi, par Francis Letellier dans "Dimanche En Politique" sur France 3, au tout jeune secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education Nationale, Gabriel Attal :  

-Si vous me demandez si, moi, j'aurais ouvert cette porte ? la réponse est non... - C'est 62 ans - Moi, je pense que... je suis attaché à ce qu'on donne des libertés aux français. Et 62 ans, c'est une liberté qui leur est donnée de partir, s'ils le souhaitent... - Et c'était l'engagement du président de la République. - Et c'était l'engagement..."

Si la question lui a été posée, c'est parce que d'autres ministres ont récemment exprimé une opinion inverse. 

La ministre de la santé, Agnès Buzyn. 

Ou encore le ministre de l'action et des comptes publics, Gérald Darmanin, en début de semaine dernière notamment sur France Inter : 

Moi j'ai dit à quel point je pensais que ça pouvait être une bonne idée. Il n'y a pas cinquante solutions vu les comptes publics. Soit vous dîtes aux gens "on ne vous indexe plus vos retraites". Soit vous dîtes aux gens "on va augmenter vos cotisations pour payer votre système de retraites". Soit vous dîtes aux gens "vous travaillez un peu plus".

Le débat au sein de La République En Marche est monté à un tel niveau que le "Monsieur retraites" d'Emmanuel Macron, l'actuel haut commissaire à la réforme des retraites, Jean Paul Delevoye, a fait savoir que cette proposition d'allonger l'âge de départ en retraites était en train de nuire aux discussions qu'il mène actuellement avec les partenaires sociaux. Que c'était un sujet sensible. Et que si ça continuait comme ça, la réforme allait se faire "sans (lui)" !  

Ce n'est pas la première fois que s'expriment des avis divergents au sein du pouvoir en place

Il y avait eu, au printemps 2018, l'exemple de la loi Asile et Immigration. 

Avec des députés "En Marche" qui, comme l'alsacienne Martine Wonner, avaient bien du mal à accepter le renforcement des procédures qui permettent l'expulsion des déboutés du droit d'asile :  

Les délais sont à la fois courts, par moment,, quand la personne a une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), ça ira beaucoup trop vite. Imaginez qu'en moins de quinze jours, il faut trouver un interprète, il faut trouver un avocat. Et quand on retient les personnes, ça va passer à quatre-vingt-dix jours. C'est indigne de la France. 

En face, le ministre de l'intérieur de l'époque, Gérard Collomb, essayait tant bien que mal de convaincre les récalcitrants :  

Est-ce qu'on accueille tout le monde ? Non, on ne peut pas accueillir tout le monde parce que sinon, c'est des villes comme Lyon qu'il faudrait construire. Donc, c'est tout simplement la raison qui nous guide. Et nous allons le faire de façon très humaine.

Le résultat, lors du vote à l'Assemblée Nationale, est qu'on avait eu quatorze abstentions du côté des marcheurs et un vote "contre".  Le député en question, menacé d'expulsion, avait très rapidement quitté de lui-même la majorité.  

Le même phénomène s'est produit beaucoup plus récemment avec la loi anti-casseurs contre les violences dans les manifestations organisées par les Gilets Jaunes. Cette loi, empruntée à la droite, prévoyait notamment la possibilité pour un préfet de prononcer une interdiction de manifester. 

Au moment du vote, à l'Assemblée Nationale, une cinquantaine de députés de la majorité se sont abstenus.  

Et au Sénat, les "marcheurs" comme André Gattolin se posaient beaucoup de questions :  

Moi, personnellement, je dois dire que j'ai des doutes sur la question de confier au préfet, donc encore à une puissance administrative, le choix de décider si une personne peut participer ou pas à une manifestation.

Au bout du compte, anticipant à la fois un problème de constitutionnalité et l'action des partis politiques d'opposition, le président lui même, Emmanuel Macron, avait saisi le Conseil Constitutionnel. Lequel a invalidé cette disposition (la décision est tombée la semaine dernière). La loi devrait donc être prochainement promulguée sans cet "article 3" qui faisait polémique. 

Il est assez surprenant de constater que ces avis divergents qui s'expriment en interne ne posent finalement aucun problème de fonctionnement à cette majorité. 

On n'est pas d'accord. On le dit. Mais ça n'empêche pas de continuer à gouverner ensemble. Parce qu'au dessus de tout ça, il y a un homme qui tranche et qui met tout le monde d'accord : le président, Emmanuel macron.  

On a donc, là, un pouvoir exécutif qui organise en son sein sa propre opposition. 

Ce qui a pour effet de reléguer les oppositions politiques traditionnelles soit dans un rôle de figurants qui n'ont pas voix au chapitre (c'est le cas du Parti Socialiste, de Les Républicains...), ou bien dans une situation où elles ne peuvent s'exprimer que dans l'outrance et la caricature (l’extrême gauche et l’extrême droite...).  

Certains pourraient voir là une action volontaire et pernicieuse du pouvoir exécutif, et en particulier du président de la République. 

Il n'en est rien si l'on en croit les deux ex-conseillers élyséens, David Amiel et Ismaël Emelien, qui essaient de théoriser le "Macronisme" dans un livre qui vient de paraître et qui s'intitule "Le progrès ne tombe pas du ciel" (édition Fayard). 

Le clivage droite-gauche est un clivage du vingtième siècle et il est bel et bien en train de disparaître, affirment-ils. 

La droite, selon eux, "a trahi la (notion de) liberté et la gauche a trahi l(a notion d)'égalité. 

Dès lors, c'est En Marche qui a tout récupéré.

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