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François Bayrou, Haut-commissaire au Plan, a estimé qu'avec un revenu de 4000 euros, on appartient à la "classe moyenne".

François Bayrou et la question-piège à 4 000 euros

5 min
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Qu'est-ce qu'un "riche" ? Question hautement inflammable, avec laquelle le président du Modem vient de se brûler...

François Bayrou, Haut-commissaire au Plan, a estimé qu'avec un revenu de 4000 euros, on appartient à la "classe moyenne".
François Bayrou, Haut-commissaire au Plan, a estimé qu'avec un revenu de 4000 euros, on appartient à la "classe moyenne". Crédits : Eric Feferberg - AFP

Peut-être avez-vous écouté François Bayrou hier midi sur LCI. Pour le cas - extrêmement improbable - où vous l'auriez raté, voici un petit rattrapage. 

François Bayrou, donc, le Haut-commissaire au Plan, est interrogé sur la sortie de crise sanitaire.  

Et en particulier sur ce thème : pour résorber les dettes publiques, faudra-t-il taxer davantage les plus riches ?  

A cette question, le président du Modem répond à juste titre qu'il faut d'abord s'entendre sur ce qu'est un riche.  

A partir de quand est-on fortuné ? On s'en souvient, le socialiste François Hollande, lui, en fixait le seuil à 4000 euros par mois.  

Et voici donc le piège se refermer sur François Bayrou, qui répond ceci :  

"A 4000 euros, on est dans la classe moyenne".  

Immédiatement sur les réseaux sociaux, ces propos ont valu à François Bayrou des accusations de déconnection, de coupure avec la vie réelle.

D'ailleurs, au vu des statistiques, ces contempteurs ont plutôt raison. En France, d'après l'INSEE, moins d'un salarié sur 10 gagne plus de 4000 euros nets par mois.  

Bien sûr, il faudrait ensuite affiner : selon les charges, les dépenses, le patrimoine, le nombre d'enfants, etc.

Sentier battu

Mais ce qui est étonnant, c'est que François Bayrou, homme politique expérimenté, tombe dans un piège aussi grossier.  

Qu'il trébuche sur un sentier aussi battu et rebattu.  

Car ces questions sur la définition des riches, c'est comme le prix du pain au chocolat, (estimé à 10 centimes par Jean-François Copé) c'est un classique absolu des interviews.  

"La richesse à 4000 euros" fut même en 2012 l'une des controverses majeures entre le camp de François Hollande et celui de Nicolas Sarkozy.

Le sujet s'est invité au débat de l'entre-deux tours entre les présidentiables :  

Nicolas Sarkozy : "La France est le pays d'Europe qui, avec la Suède, a les impôts les plus lourds. Est-ce que vous avez conscience que nous sommes dans un monde ouvert ? Il y a une différence entre nous. Vous voulez moins de riches, moi je veux moins de pauvres.

François Hollande : Et Il y a à la fois plus de pauvres et des riches plus riches.

Nicolas Sarkozy : Ce n'est pas exact et ce n'est pas une plaisanterie."

Piégeux

Alors à partir de quand - ou plutôt de combien - est-on considéré comme « riche » ? Si cette question est aussi abrasive, c'est pour plusieurs raisons.  

D'abord, l'étiquette de « riche » est perçue comme infamante. Résultat de la matrice égalitaire de la Révolution et d'un vieux fond catholique, où "les premiers seront les derniers".  

D'ailleurs, les discours politiques préfèrent souvent l'euphémisme. Au lieu de « riche », on parlera de « ménage aisé ».  

Autre mot difficile : la « classe moyenne ». Concept très piégeux, puisque tout le monde croit y appartenir... au prétexte qu'il y a plus pauvre et plus fortuné que soi. D'ailleurs, d'après une enquête du Credoc, 2/3 des Français se placent spontanément dans la classe moyenne.  

Pourtant, celles-ci ne représentent au maximum que 50% de la population, selon l'Observatoire des Inégalités.

Voilà donc pourquoi les discours politiques affectionnent tant cette notion, cette idée de défendre les classes moyennes. Chacun peut se sentir concerné.  

Pour les politiques, il n'est pas évident de définir ce qu'est "un riche qu'il faut taxer davantage"...

Oui, le curseur est difficile à placer. Si vous le mettez trop bas, vous vous coupez d'une partie des électeurs, tous ceux qui sont furieux d'être catégorisés parmi les riches.  

Mais si vous placez le seuil trop haut, alors il ne concerne plus grand-monde. Et vous risquez de mettre en place une mesure symbolique, qui ne rapporte plus grand-chose à l’État.  

Cette question sur la richesse n'est bien sûr pas nouvelle. En 1981, le candidat communiste Georges Marchais en faisait l'une de ses tonitruantes marques de fabrique, face aux journalistes :

Alors ces débats sur la fiscalité peuvent sembler anecdotiques.

Pourtant, ils définissent un cadre idéologique. En 2017, Emmanuel Macron avait tenté de s'extraire de cette question-piège (qu'est-ce qu'un riche ?)   

Le candidat En Marche avait reformulé la question. Il distinguait le revenu et la rente.  

Sous entendu : les revenus viennent du travail et de la prise de risque. Tandis que la rente est due au patrimoine et à l'héritage.  

C'est avec cette justification qu'il a mis en place un nouvel impôt sur la fortune (IFI), qui concerne le patrimoine immobilier mais plus la détention d'actions dans les entreprises.  

C'est une manière de botter en touche, tout en assumant une politique plus favorable au capital que pendant le quinquennat précédent.  

On a entendu que le clivage "gauche-droite" était mort et dépassé.  

Mais peut-être, grâce à ces débats sur la richesse et la fiscalité, le voit-on subrepticement ressusciter ?  

Frédéric Says

Chroniques

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