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Anne Hidalgo et son allié écologiste, David Belliard, à Paris le 2 juin 2020

Municipales à Paris : Anne Hidalgo a-t-elle déjà gagné ?

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La nature très particulière du scrutin parisien place la maire sortante en position de favorite. Même ses adversaires ne croient plus en leurs chances d'inverser la tendance.

Anne Hidalgo et son allié écologiste, David Belliard, à Paris le 2 juin 2020
Anne Hidalgo et son allié écologiste, David Belliard, à Paris le 2 juin 2020 Crédits : François Guillot - AFP

A moins de trois semaines du second tour de scrutin, un sondage publié par le Journal Du Dimanche semble confirmer ce qu’indiquaient les résultats du premier tour, le quinze mars dernier : Anne Hidalgo fait figure de favorite pour les élections municipales à Paris.

Les candidats et les listes qui la soutiennent recueillent 44% d’intentions de vote indique cette enquête réalisée par l’institut IFOP, contre 33% en faveur des listes de sa principale rivale de droite, Rachida Dati, et tout juste 20% pour celles de la candidate de La République En Marche, l’ex-ministre de la santé, Agnès Buzyn.

Ce n’est pas vraiment une surprise pour les adversaires d’Anne Hidalgo, c’est une confirmation.

La secrétaire d’Etat à l’égalité entre hommes et femmes, Marlène Schiappa, également candidate pour En Marche dans le XIVème arrondissement, avait acté la défaite de sa candidate deux jours plus tôt.

Vendredi 4 juin dernier, dans un message envoyé en interne et publié par le magazine Le Point, elle écrivait ceci : 

Plus personne ne pense qu’Agnès Buzyn sera élue maire de Paris.

Le camp de Rachida Dati n’est pas vraiment plus optimiste : 

On n’y va pas pour gagner, expliquait il y a quelques semaines un proche de la candidate, on y va pour sauver ce qui peut l’être, à savoir les arrondissements de l’Ouest parisien.

La singularité du scrutin parisien place Anne Hidalgo en position de grande favorite

Avec 44% d’intentions de vote, Anne Hidalgo est ultra favorite parce que l’élection municipale à Paris, comme à Lyon et à Marseille, est un scrutin par arrondissement. A Paris, il y en a 17.

On a regroupé les 4 arrondissements du centre (Ier, IIème, IIIème, IVème) en un seul. Et puis il y a les 16 autres arrondissements qui représentent tous une circonscription et dans lesquels on élit un maire d’arrondissement.

Dans chacun de ces arrondissements, on élit des conseillers municipaux mais aussi, parmi eux, des élus qui siègent au conseil de Paris et qui élisent le maire de la ville. 

Leur nombre est prédéterminé en fonction de la taille et du nombre d’habitants de chaque arrondissement. Par exemple le XVème arrondissement envoie dix-huit élus au Conseil de Paris, le VIème arrondissement en envoie trois, le IXème en envoie quatre, le XVIIIème en envoie quinze. 

Et ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est la manière dont sont désignés ces conseillers de Paris en fonction des résultats obtenus par les candidats.

La liste qui obtient 50%, ou bien qui arrive en tête, se voit attribuée automatiquement la moitié des conseillers, l’autre moitié étant répartie à la proportionnelle entre toutes les listes.

Pour reprendre l’exemple du XVème arrondissement qui envoie dix-huit élus au Conseil de Paris et où il y aura une triangulaire, la liste qui arrivera en tête décrochera neuf élus plus au moins trois élus au titre de la répartition à la proportionnelle, ce qui fait au minimum douze élus sur dix-huit. 

Il y a donc une très forte prime à la liste qui arrive en tête. Ce à quoi il faut ajouter que dans la plupart des arrondissements, on assistera à des triangulaires voire à des quadrangulaires.

Et si l’on regarde les résultats du premier tour, Anne Hidalgo et les écologistes avec qui elle vient de faire alliance arrivent très largement en tête dans neuf arrondissements sur dix-sept. 

Dans ces neuf arrondissements, toujours si l’on se réfère au premier tour, les listes estampillées Hidalgo sont susceptibles d’y recueillir des scores compris entre 45 et 55%. Elle pourrait même ravir à la droite le Vème arrondissement, ce qui en ferait dix dans son escarcelle.

Tandis que la droite et Rachida Dati n’apparaissent en mesure de s’imposer que dans six arrondissements sur dix-sept, Agnès Buzyn, quant à elle, ne peut nourrir quelque espoir que dans un seul arrondissement, le IXème.

Et si on fait les comptes en termes de conseillers de Paris, qui éliront donc le maire de Paris lors de ce qu’on appelle le troisième tour, Anne Hidalgo peut en espérer au minimum quatre-vingt-cinq mais plus vraisemblablement quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze sur un total de cent soixante trois.

Rachida Dati, elle, peut en espérer une cinquantaine, peut-être un peu plus, et Agnès Buzyn, le reste, c’est-à-dire pas grand-chose.

A Paris, les clivages sont très marqués entre arrondissements de droite et arrondissements de gauche

Au Nord, à l’Est, au Sud et en grand partie au centre, on vote très majoritairement à gauche. La droite y fait des scores très faibles.

Dans les arrondissements de l’Ouest parisien, on vote très majoritairement à droite. La gauche y obtient des résultats peu reluisants.

Et donc, pratiquement partout, quelques % de plus ou de moins ne changent pas grand-chose. Il y a très peu d’arrondissements où l’issue du vote est incertaine.

Et cette carte de la répartition de la prédominance entre droite et gauche n’a quasiment pas bougé depuis 2001, depuis l’élection de Bertrand Delanoë.

La République En Marche, au vu des résultats de la présidentielle en 2017 et des européennes en 2019, avait bon espoir de bouleverser ces équilibres en chipant des arrondissements à droite comme à gauche.

Mais il eût fallu pour ça trouver un candidat consensuel. Ça n’a pas été le cas.

Et puis l’autre erreur d’En Marche a sans doute été d’oublier qu’une élection municipale est un scrutin local, pas national.

Les électeurs prennent en compte le bilan des maires sortants. Et à Paris, ça concerne la ville mais aussi chaque arrondissement.

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