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Photo prise à l'occasion d'un discours du secrétaire national, Pierre Laurent, à Malo-Les-Bains, en 2010

Les communistes en mille morceaux

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Il est arrivé, ce week-end, ce qui n'était jamais arrivé en presque un siècle d'histoire du Parti communiste français. En préparation du 38e Congrès du PCF qui doit se tenir, fin novembre, à Ivry-sur-Seine, le texte porté par la direction sortante a été mis en minorité.

Photo prise à l'occasion d'un discours du secrétaire national, Pierre Laurent, à Malo-Les-Bains, en 2010
Photo prise à l'occasion d'un discours du secrétaire national, Pierre Laurent, à Malo-Les-Bains, en 2010 Crédits : Philippe Huguen - AFP

Le texte de la direction centrale, porté par l'actuel Secrétaire National Pierre Laurent, est arrivé en deuxième position derrière un autre texte qu'avait rédigé des communistes dissidents : le député du Puy de Dôme et président du groupe communiste à l'Assemblée nationale, André Chassaigne et un autre député, Fabien Roussel, patron, lui, de la puissante fédération du Nord de la France.  

Ils reprochent à Pierre Laurent sa stratégie ambigüe vis à vis de Jean Luc Mélenchon. Pierre Laurent, d'un côté, passe des accords, fait des alliances. Et d'un autre côté critique le charismatique leader de la France Insoumise, comme le mois dernier quand Mélenchon n'est pas venu à la fête de l'Humanité.  

Pierre Laurent : "Il a beaucoup parlé de la force du peuple, ce candidat que nous avons soutenu à la présidentielle. Lui n'est pas là, mais le peuple est là..."

Mélenchon, à ce moment là, était en déplacement sur l’île de la Réunion. Et il n'a pas manqué de dire le peu de considération qu'il a pour Pierre Laurent.

Jean-Luc Mélenchon : "J'étais invité ou convoqué, là ? qu'est-ce que c'est que cette affaire ?..."

Les relations entre les deux hommes sont exécrables, ce n'est pas une nouveauté. Mais les critiques de Pierre Laurent vis-à-vis de Mélenchon s'expliquent avant tout par le fait qu'il a senti monter la contestation au sein des troupes communistes. Contestation contre le fait d'avoir soutenu Mélenchon à la présidentielle de 2017. Le texte défendu par les contestataires, et qui est arrivé en tête ce week-end, prône précisément un retour aux fondamentaux et propose de désigner, au plus vite, un candidat communiste pour la présidentielle de 2022.  

La dernière fois qu'on a vu un candidat communiste à la présidentielle, c'était en 2007, avec Marie Georges Buffet. Elle avait fait moins de 2% des voix. Mais le plus grave pour les communistes est ce qui s'était passé 5 ans plus tôt : Robert Hue, en 2002, avait recueilli 3,37% des suffrages exprimés, c'est à dire moins de 5%.  

Robert Hue : "Tristesse et colère en raison du très faible score qui m'est annoncé. J'en suis profondément affecté..."

Le Parti communiste n'avait pas été remboursé de ses frais de campagne et il avait fallu licencier plusieurs dizaines de personnes au siège de la Place du Colonel Fabien à Paris. Ce plan social, chez les communistes, avait été vécu comme un véritable traumatisme.  

En réalité, ce lent déclin du Parti communiste a démarré il y a plus de 40 ans quand Georges Marchais accepte de toper là avec François Mitterrand et de constituer le programme commun de la gauche. 

Georges Marchais : "...Nous avons conclu un programme, nous y sommes fidèles..."

Pourtant, il n'est pas dupe, Georges Marchais, de l'instrumentalisation qu'entend faire François Mitterrand de cette alliance. C'est ce qu'il explique à Jean Pierre Elkabach et Alain Duhamel en 1980  :

Nous avons signé le programme commun vers deux heures du matin. Qu'est-ce que fait François Mitterrand ? Il prend l'avion, il se rend à Vienne devant l'Internationale Socialiste. L'internationale Socialiste le critique. Il leur dit "mais rassurez-vous mes amis. J'ai signé le programme commun pour prendre trois millions de voix au Parti communiste...      
Georges Marchais

Cela n'empêchera pas, en 1981, que des communistes entrent au gouvernement, qu'ils en sortent trois ans plus tard et que les communistes entament un déclin continu qui les amènent à la situation d'aujourd'hui qui consiste tout simplement à se demander : "comment continuer à exister alors qu'on est en soins palliatifs ?"  

Ce qui s'est passé est que cette stratégie qui consiste à passer des alliances plutôt que de faire la révolution a, concomitamment à l'effondrement du communisme en URSS, décrédibiliser le discours des communistes auprès de leurs électeurs.  

Et puis parallèlement, le Parti communiste français s'est petit à petit détaché de sa base électorale ouvrière.  Toutes ses conquêtes aux élections municipales, aux élections cantonales, en ont fait, au fil des années, de plus en plus un parti d'élus. La sociologie du parti a changé et il s'est mis à reculer, de scrutin en scrutin. On constate cette lente érosion avec la perte de son implantation locale.  Aux dernières municipales, sont encore tombés des bastions comme Bobigny, Saint Ouen, Villejuif.  Auparavant, ce furent Amiens, Nîmes, Calais...   

Pour autant, la structure a continué a exister et il faut de l'argent pour la faire fonctionner (les élus communistes sont ceux qui reversent le plus à la structure centrale). C'est la raison pour laquelle vous avez aujourd'hui cette stratégie très contestée de Pierre Laurent : d'un côté, il soutient Jean-Luc Mélenchon qui veut renverser la table à la présidentielle. Et de l'autre, il passe des alliances avec les socialistes, au niveau local, pour essayer de sauver ce qui peut encore l'être.  

Et donc, le Parti communiste s'apprête aujourd'hui à changer d'optique et changer de tactique : "retour aux fondamentaux" dit le texte d'André Chassaigne et de Fabien Roussel arrivé en tête. Seulement, est-ce que ça peut permettre au PCF de rebondir ? C'est peu probable. Ceux qui prônent une alliance avec Mélenchon devraient prochainement partir. Et ne resteront, au bout du compte, que les purs et durs, c'est à dire pas grand monde. 

Petit à petit, au fil des années, le Parti communiste, comme d'autres partis d'ailleurs, est devenu une machine à sélectionner des candidats en vue des élections et il s'est dévitalisé. Dès lors, ne restera bientôt plus que la structure. Les forces vives sont parties vers d'autres horizons...

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