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Jean-Pierre Pernaut à l'Elysée le 12 juin 2008 (Archives)

Quand les classes populaires et moyennes défient Emmanuel Macron

5 min
À retrouver dans l'émission

La polarisation électorale de 2017 demeure un an plus tard, entre urbains favorisés et Français issus des classes les plus populaires dans les zones rurbaines et rurales. Dans un climat social exacerbé, qui peut donc bien jouer le rôle de médiateur pour réconcilier ces deux mondes ?

Jean-Pierre Pernaut à l'Elysée le 12 juin 2008 (Archives)
Jean-Pierre Pernaut à l'Elysée le 12 juin 2008 (Archives) Crédits : Remi Ochlik/IP3 - Maxppp

Comment sort-on d'un dialogue de sourds ?  Vous lisez et entendez cette expression partout, la "concertation" avec les syndicats de cheminots tourne au "dialogue de sourds". Dans cette phrase, un autre mot que l'on entend beaucoup. Celui de "concertation" et non de "négociation", c'est plus doux ! Contrairement à une négociation, la concertation ne se termine pas nécessairement par une décision qui pourrait être perçue comme brutale. Dans une concertation, on essaie plutôt de faire converger des points de vue pour préparer un projet qui ensuite donnera peut-être lieu à une négociation puis à une décision.  Mais dans le cas d'espèce, c'est une évidence, on est déjà dans une situation beaucoup plus avancée du point de vue du projet de réforme et beaucoup plus tendue du point de vue de la qualité des échanges que s'il s'agissait d'une concertation. En fin de compte, c'est un élément de langage que le gouvernement a continué à utiliser alors que le mouvement de grève à la SNCF avait commencé, que les discussions entre les syndicats et la ministre des transports avaient déjà tourné à ce fameux "dialogue de sourds". Deux hypothèses alors : soit le gouvernement ne s'est pas rendu compte que le mot "concertation" ne collait pas à la réalité et ce serait lui ajouter un autre handicap, celui d'être aveugle. Soit il en avait bien conscience, mais c'était une façon pour lui d'apparaître souple et ouvert.

Désormais, changement de ton : "Nous irons jusqu'au bout".

Nouvel élément de langage gouvernemental utilisé hier par la ministre Elisabeth Borne dans une interview au journal Sud-Ouest et repris par le Premier ministre en Une du Parisien Dimanche. "L’ouverture des chemins de fer à la concurrence et la fin du recrutement au statut actuel des cheminots sont des sujets qui ne sont « pas négociables »"  dit Edouard Philippe. François de Rugy, François Bayrou, Nicolas Hulot, des poids-lourds de la majorité ont aussi donné de la voix durant le weekend. Un proche du président de la République livre cette explication dans le quotidien Les Echos : "la détermination fabrique de l'adhésion". Autrement dit, si le gouvernement donnait le sentiment de lâcher du lest, l'opinion aurait pu basculer dans le soutien massif au mouvement. Et comme le gouvernement a les yeux rivés sur tous les sondages, il a vu ce taux de soutien grimper dangereusement vers les 50% donc presque une majorité ce qui explique cette contre-offensive. Ce qui explique aussi l'intervention de ce matin dans la ZAD de Notre-Dame des Landes. 

"Une multiplication des fronts pour diviser les mobilisations en cours", c'est l'analyse que formule une centaine de syndicalistes, intellectuels, militants de gauche et chercheurs dans une tribune publiée ce weekend dans Mediapart. Et ils font le pari inverse. Je les cite : 

"Le choix du gouvernement de procéder à l'opération d'évacuation en plein mouvement social - à la SNCF, dans la fonction publique ou dans les universités (sans compter les multiples autres mobilisations en cours) - ne nous surprend pas. Une opération d'évacuation renforcera bien sûr le rejet de plus en plus fort et partagé des politiques d'Emmanuel Macron."

Divergence. La surdité frappe non seulement le dialogue mais il frappe aussi l'analyse.

Qui peut donc bien jouer le rôle de médiateur ? 

Sans compter qu'à ce mouvement social, il faut ajouter la grogne toujours perceptible, là encore dans les enquêtes d'opinion que le gouvernement compulse avec assiduité, des Français issus des classes moyennes et populaires : en cause, la hausse de la CSG pour les retraités qui ne passe pas, tout comme la baisse des dotations aux collectivités locales mais plus encore le projet d'abaisser la vitesse maximale autorisée sur les routes secondaires de 90 à 80 km/h. Le chef de l'état n'est qu'à 27% d'opinions favorables parmi les classes populaires, 41% chez les classes moyennes, à 65% chez les cadres. L'écart n'a jamais été aussi important entre français aisés qui le soutiennent et classes populaires sceptiques face à la politique gouvernementale, selon l'Observatoire politique Elabe pour « Les Echos ».

Dans ces conditions, l'Elysée n'a trouvé qu'un seul médiateur capable d'intervenir parce qu'il est aimé des retraités, parce que lui est majoritairement acquise la France rurale qu'il défend au quotidien, parce qu'il a proposé au chef de l'Etat un petit village normand de l'Orne dont les habitants n'avaient été que 20% à choisir Emmanuel Macron au 1er tour de la Présidentielle, préférant Marine Le Pen 30% ou François Fillon 22%, c'est donc jeudi qu'Emmanuel Macron répondra aux questions de Jean-Pierre Pernaut, aux commandes du journal de 13h de TF1 depuis 30 ans (5 millions et demi de téléspectateurs, 41% de parts de marché à cette heure, auditoire dominé par les retraités et les inactifs).  C'est donc peut-être une des figures de l'ancien monde qui réconciliera les couches populaires avec le nouveau monde du chef de l'Etat.

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