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Faut-il une police municipale armée ?

Les municipales, la gauche et la sécurité

4 min
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Le thème de la sécurité est investi par une partie de la gauche, malgré des réticences stratégiques.

Faut-il une police municipale armée ?
Faut-il une police municipale armée ? Crédits : Fred Tanneau - AFP

Qui a dit : « la sécurité est devenue un enjeu essentiel » ? Qui a affirmé que son parti ne reviendrait pas sur l'armement des polices municipales ? 

Surprise : il faut regarder du côté des écologistes pour trouver l'auteur de cette phrase. C'est Yannick Jadot, le chef de file d’EELV lors des élections européennes (13% des voix), qui parle ainsi. 

Cette phrase une double révolution. D'abord parce que le thème de la sécurité n'était jusqu'ici pas en "haut de la pile" chez les Verts ; il est donc « essentiel », répond Jadot. 

Ensuite, parce que l'ex-candidat à la présidentielle entérine une solution jusqu'ici défendue par la droite, l'armement des polices municipales. 

Attention, il l'entérine mais il ne la propose pas. Son parti, s'il gagne des villes où la police municipale est armée, ne la désarmera pas. Jadot cite ainsi Perpignan et Villeurbanne. En revanche, ce n'est pas une option proposée par les Verts dans les autres communes. 

Est-ce une position isolée, ou la traduction d'une certaine mise à jour du logiciel à gauche sur les questions de sécurité ? 

Il est intéressant d'écouter sur ce sujet Adrien Quatennens, député La France Insoumise, élu à Lille. Il conteste que son parti soit, je cite, "anti-flic". C'était hier midi sur LCI : 

"La France insoumise [...] veut recruter 15 000 policiers de plus. Elle a été la première à l'Assemblée nationale, par la voix d'Ugo Bernalicis et d'Alexis Corbière, a demander que les commissariats soient remis en état et que les millions d'heures supplémentaires soient payées". 

Plus de policiers et mieux payés, propose le coordinateur de la France insoumise. Ce n'est pas tout à fait anodin. 

Sur la sécurité, ces deux dirigeants, Quatennens et Jadot, et bien d'autres veulent démonter la caricature selon laquelle la gauche est sourde à ces questions, aveugle à cette réalité. 

Une caricature qui voudrait que la sécurité soit un sujet de droite et de centre-ville. Comme si les citoyens de gauche et les habitants des quartiers populaires étaient immunisés, on ne sait par quel miracle, contre les violences. 

Lesquelles progressent de manière continue, en particulier les agressions non crapuleuses – c'est à dire sans motif de vol - et cela depuis plus d'une décennie. 

D'ailleurs, la marche féministe de samedi soir dans les rues de Paris concentrait nombre de revendications, de colères, dont celle-ci : celle de ne pas pouvoir marcher seule tranquillement le soir dans la rue. Autrement dit, d'être privées de l'espace public, par la menace, la violence ou l'intimidation. « La rue est à nous », entendait-on parmi les slogans. 

C'est évidemment loin d'être le seul sujet, mais c'en est un. Et les responsables politiques ne peuvent plus l'ignorer. 

Ces évolutions sémantiques à gauche ne sont d'ailleurs pas nouvelles...

Oui, il y a déjà plusieurs années, à Marseille, l’élue socialiste Samia Ghali réclamait même le déploiement de l'armée pour lutter contre les trafics ! 

Pour ces municipales, de nombreuses listes de gauche dans les quartiers relégués mettent en avant les questions de sécurité. Même à Paris, Anne Hidalgo a changé d'avis sur la création d'une police municipale. Elle y est désormais favorable. A Lille, Martine Aubry veut augmenter la présence de la vidéosurveillance. 

Les déclarations d'hier, chez Europe Ecologie Les Verts, à la France insoumise, prouve que cette évolution traverse les partis, sans bien sûr en contenter tous les membres. 

Car derrière ce débat, il y a aussi un dilemme stratégique : faut-il investir les thèmes privilégiés par l'adversaire ? N'est-ce pas le risque de se laisser enfermer dans cette thématique ? Autrement dit, parler de sécurité avec la droite, ce serait lui faire la courte échelle. 

Certes. Mais d'un autre côté, ces partis veulent éviter le "syndrome Jospin". L'ancien Premier ministre a cru que la délinquance baisserait quand la situation économique s'améliorerait. Que le million d'emploi créé ferait diminuer les crimes et délits. « J'ai été naïf », confessera-t-il plus tard. Ça n'a pas fonctionné. 

Ce fut un choc et une leçon : sur la scène politique, qui se risquerait encore à parler d'un simple « sentiment d'insécurité » ? 

Bien sûr, en 2002, une forme de psychose avait aussi joué. Mais si le débat public était obnubilé par cette question à l'époque, peut-être la délaisse-t-il trop aujourd'hui. 

Reste ensuite à doser, à structurer, à affiner les réponses : celles de gauche ne sont pas celles de droite. 

Mais pour trouver le bon remède, encore faut-il établir le diagnostic, et non pas considérer qu'il s'agit d'une maladie imaginaire.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
43 min

L'Invité des Matins

Matinale spéciale avec France Bleu : Tour de France des municipales
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